‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 39 sur 159 · TRIBU · texte numérisé non relu

TRIBU

que par refFiision du sang. Tuer son ennemi sera comme une obligation, si l'occasion se présente. Et non seulement le chef concevra cette idée, mais tous les membres de la tribu agiront de cette manière. Le cheikh en effet a fait connaître à chacun les graves dangers à craindre de la part de l'ennemi et le devoir de venger l'honneur lésé et le sang déjà versé. Chaque individu est responsable pour toute la tribu, comme il est persuadé d'en porter en sa personne tout le droit et toutes les obligations. Il peut succomber sous un coup fâcheux; il peut aussi, sans encourir aucun blâme, supprimer un adversaire. Cet état d'hostilité ou de guerre proprement dite peut avoir différents motifs.

Un meurtre a été commis; sous le feu de la première excitation, les représailles ont dépassé les bornes d'une juste vengeance. Au lieu de s'entendre sur des bases acceptables, les deux clans s'irritent, et se déclarent une guerre qui fera couler beaucoup de sang et ne s'apaisera qu'après de longues années d'une lutte stérile.

Un autre cas peut se présenter : à la suite d'un meurtre, la tribu lésée demande justice par l'intermédiaire de son cheikh. Il peut exiger réparation et demander la \itiva, arrhes avancées en attendant l'entente définitive. C'est ce qui est arrivé l'année dernière à Mâdabâ. Un Sahary a tué un chrétien ; tous les habitants ont pris les armes pour venger leur sang ; mais les Béni Saher ont immédiatement donné la 'atwa, en attendant qu'une entente cordiale et le payement du prLx du sang ramènent la concorde. La paix n'a pas été rompue. Si au contraire les Béni Saher, et spécialement les auteurs du crime, avaient refusé de donner les garanties réclamées, les gens de Mâdabâ avaient devant eux une double ligne de conduite. Ils pouvaient faire une démarche officielle auprès du cheikh, pour obliger ce dernier à se prononcer. Dans le cas où le cheikh aurait penché vers la paix, il aurait, en donnant des garanties de bienveillance personnelle, empêché que les vengeurs englobassent la tribu tout entière dans la vengeance du sang. Si au contraire le cheikh avait mal accueilli les propositions pacifiques, refusant tout accommodement, la partie lésée lui aurait déclaré la guerre '. Comme le cheikh prenait la protection du meurtrier, il engageait toute la tribu dans la querelle. Par conséquent les hostilités éclataient entre les deux clans qui auraient cherché à se causer le plus de mal possible.

Il y avait un autre procédé; les habitants de Mâdabâ, au lieu de s'adresser au cheikh, auraient seulement demandé le prix du sang

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