‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 54 sur 159 · RB., 1903, p · texte numérisé non relu

RB., 1903, p

2. Hammourabi, § 209 : « Si un homme a frappé une fille d'homme libre et a fait tomber osn intérieur il payera pour son fruit dix sicles d'argent. » Cf. Ex. 21, 22.

« Dans ma tribu ou dans ma parenlé? — Dans ta tribu — Je ne puis jurer que pour mon innocence et celle de ma hamsaty ^ ; oblige les autres à faire de même. » Connaîtrait-il par hasard le nom de l'assassin, il se garderait bien de le trahir; d'ailleurs le cheikh ne se porte garant que de sa parenté, non de toute sa tribu. Le chef qui est venu réclamer devra poursuivre lui-même son enquête.

L'unité du sang dans la tribu rend la vengeance acerbe ; la tribu tout entière se lève, s'agite, et regarde comme sa propre affaire l'action d'un de ses membres. Cependant il se présente un cas au moins où un individu peut agir personnellement sans engager la responsabilité de sa ti'ibu ni même celle de sa parenté ; c'est le cas où un Arabe veut se venger tout seul. Il arbore au sommet d'une lance ou d'un bâton un drapeau blanc, parcourt ainsi les campements voisins et crie à haute voix : « Ceci est le drapeau d'un tel; sa tribu ne sera point inquiétée, ni sa parenté ne sera point exilée ; moi seul suis responsable ; soyez-en tous témoins, ô Arabes. » Après avoir ainsi fait connaître sa décision, il attend le moment propice à son projet et accomplit sa vengeance.

Sâlem el-Qeseirah, des 'Azeizât, se prit de dispute avec un Arabe des Demour à propos de la possession d'un mulet. Le Demour, irrité, tua le mulet et frappa Sâlem d'un coup de matraq. Le pauvre blessé attendit quelques jours sous sa tente; puis il saisit le drapeau blanc, et fit le tour des campements arabes, en protestant que lui seul serait responsable de sa conduite et de l'acte qu'il accomplirait. Il vint ensuite à Kérak, et attendit l'occasion favorable de se venger de son ennemi. L'ayant rencontré un jour, il le tua d'un coup de fusil et s'enfuit à Naplouse, où il se maria. Sa famille ne fut pas inquiétée par la parenté de sa victime.

On reconnaît donc à un individu le droit de séparer ses intérêts de ceux de son clan; je dirais presque le droit de s'isoler de son clan, de se retrancher lui-même du corps entier de la tribu. Il ne paraîtra pas étrange de rencontrer dans la tribu elle-même le pouvoir analogue de rejeter de son sein un membre néfaste et dangereux. Si un homme ne cesse de faire le mal, en se livrant toujours au brigandage, en commettant des assassinats, et devient par cette conduite une source d'ennuis et de troubles pour la tribu entière, le cheikh lui adresse d'abord des admonestations, et l'invite à sortir de la voie mauvaise dans laquelle il s'est engagé. S'il ne tient aucun compte de ces avertissements, le cheikh et les principaux de la tribu se décident à le chasser de la so-

Page 1