Déshonoré, celui dont l'honneur a été coupé
23 i COUTUMES DES ARABES.
nemi, couvert do confusion. Il rogagiic les rangs des combattants, se précipite comme un furieux sur les adversaires et ne s'arrête que sous les balles qui lui ont criblé le corps.
On m'a rapporté un autre fait qui date de huit ans seulement.
Les Zcben firent une razzia contre les Arabes de l'est ; ils furent repoussés et laissèrent plusieurs morts sur le champ de bataille. Parmi ces derniers, se trouva le frère de Met ab, qui tomba frappé d'une balle en pleine poitrine. A quelques jours de là le café circulait au campement des Zeben. On parlait des derniers événements; on racontait les exploits des braves qui avaient succombé : si on n'avait pas remporté la victoire, c'est Allah qui ne l'avait pas voulu; la revanche serait plus heureuse. Au plus fort de l'entretien survient le cheikh Dereïbeh; il aperçoit le jeune Met'ab,son cousin, assis tranquillement parmi les autres guerriers. Tous se lèvent à son approche; on lui cède la première place; chacun lui adresse le salut traditionnel; et il le rend à chacun, mais quand il arrive à Met'ab, il le regarde d'un œil indigné : « Jette ton épée à terre, lui dit-il brusquement, et sors d'ici; ton frère est tombé sous tes yeux, et tu as eu l'impudence de rentrer sans lui? Hors d'ici! » Tout tremblant, le jeune Met'ab quitte son épée, et se retire sous sa tente. Deux mois plus tard, une razzia était organisée par les Zeben contre les Arabes Mo'agel. L'expédition fut encore malheureuse; mais cette fois, Met'ab refusa de lâcher pied et de pourvoira sa sécurité; jusqu'au dernier moment, il combattit, et ne se retira que peu à peu, luttant toujours contre les ennemis. Sur sa route, il trouve un de ses compagnons harassé de fatigue, qui allait tomber entre les mains des adversaires, lorsque Met'ab le prend en croupe avec lui. Un peu plus loin, il rencontre un autre combattant dans les mêmes conditions; il le saisit encore et l'emporte. Au campement, tous les guerriers étaient rentrés; on parlait déjà de la vaillance chevaleresque de Met'ab; on le croyait mort lorsque soudain il fait son apparition avec ses deux compagnons qu'il avait sauvés. C'est alors qu'au milieu des acclamations, une des femmes de Geben, pleine d'enthousiasme, s'écria : « Désormais je n'aurai pas d'autre mari que Met'ab. » Son désir fut exaucé; elle épousa le jeune héros qui avait reconquis son honneur en se couvrant de gloire.