‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 60 sur 159 · Cf · texte numérisé non relu

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5. En mars 1902 la caravane biblique réussissait à forcer le passage entre 'Aqabah et Ma'ân ; elle remontait l'ouâdy letem, la plaine de Hismeh, le naqb Estâret arrÏTait à Ma'ân par les hauts plateaux du Sera. Elle suivait la grande voie naturelle pour monter du golfe élanilique aux plateaux de Moab, route suivie par les vieilles caravanes, par les armées romaines, par les Arabes et les Croisés. Le gouvernement ottoman utilise maintenant cette voie pour envoyer ses troupes au lemen et pour les rapatrier; de Damas elles descendent à Ma'ân par le chemin de fer de l'HecIjaz, et de Ma'ân, en quatre jours de marche, atteignent 'Aqabah où elles s'embarquent. Lorsque la voie ferrée sera terminée jusqu'à la Mecque, le port d"Aqabah perdra peut-être de son importance. Pour l'Itinéraire d"Aqabah à Ma'ân voir Revue Biblique, 1903, pag. 100 ss. ; pour l'Itinéraire de Saladin, l'article de M. Clermont-Gannevu, RB., 1906, p. 464 ss.

traient des champs ensemencés que (( chacun venait cultiver avec son âne et sa charrue ». Au Négeb, sur les confins du désert, le bédouin laboure son lopin de terre avec son chameau, lorsque le murabba'y n'entre pas en société avec lui.

A Kérak nous trouvons aussi la possession par indivis.

Chaque tribu possède telle quantité de terrain labourable ; aux Hegâzïn, tribu chrétienne, par exemple, appartient la terre cultivable aux environs de Scmakïeli. Chaque année le cheikh, aidé du conseil des anciens, partage le terrain en trois parties égales, correspondant aux trois principales divisions de la tribu. C'est le sort qui détermine la répartition. Chacune de ces trois parties est subdivisée ensuite en autant de portions égales qu'il y a de familles, de façon à ce que chaque famille, nombreuse ou non, obtient une égale quantité de terrain à cultiver. Chaque année, la même répartition aura lieu. « De cette manière, me disait un de ces Arabes, la pauvreté ne peut s'implanter chez nous, car personne ne peut accaparer le terrain, mais chacun peut vivre, s'il travaille. » C'est le collectivisme du désert. Pour ce travail, à chacun de fournir ce qui est requis : instruments de labour, charrues, bœufs, semences et main-d'œuvre. La récolte appartiendra à celui qui a ensemencé. Souvent plusieurs Arabes s'associent pour tout le travail, et partagent ensuite sur l'aire le produit; de la récolte; la répartition de la terre se fait avant le /dràb.

Chez les 'Azeizât, à Mâdabâ, cet usage de posséder la terre par indivis existait autrefois, comme chez les Hegâzïn de Kérak; il est remplacé aujourd'hui par la propriété individuelle ; on évite ainsi de nombreuses querelles tout en excitant le zèle de chaque propriétaire.

La propriété des pâturages est plus indéterminée. « L'herbe est, de sa nature, essentiellement communautaire : elle résiste obstinément à l'appropriation. — L'herbe est un produit spontané ; elle se reproduit sans le secours de l'homme. Aussi le pasteur n'a pas les mêmes motifs que le cultivateur pour revendiquer l'appropriation du sol herbu; il n'a pas sur ce sol le droit que crée le travail personnel et intense; il n'a pas labouré, fumé, semé; il ne songe donc pas à réclamer le droit de récolter exclusivement à tout autre. Il lui suffit de pouvoir faire pâturer ses troupeaux librement et collectivement; il s'en tient au droit de libre parcours, qui lui donne les satisfactions essentielles de la propriété *. » Plus qu'à tous autres ces paroles peuvent s'appliquer aux nomades fixés aux confins du désert. Ils sont répartis en

1. E. Demolins, Les Français d'aujourd'hui — les types sociaux du midi et du centre, page 6.

multiples tribus^, ayant chacune un chef déterminé et des intérêts spéciaux. Bien plus, elles possèdent des territoires distincts, parfois nettement limités. Cependant on rencontre, défait, leurs troupeaux un peu partout dans le désert. Aux environs du gébel Sïhân, j'ai vu, dans mes différents voyages, les moutons et les chameaux de plusieurs tribus qui n'avaient aucune prétention à la possession du terrain et qui cependant n'étaient pas inquiétées pour la libre pâture; à Môteh j'ai fait connaissance avec les 'Atâwneh et les Faqîr dont l'habitat ordinaire est vers Tebouk et Ileger. Les Béni Saher ont parfois conduit leurs troupeaux dans le Gôr: c'est pendant une de ces stations que mourut Fendy, dont le tombeau est aujourd'hui l'objet d'un culte. Il semble vrai de dire que le droit de pâturage est concédé à tout Arabe, indistinctement. AppHquée à certaines régions, comme le Négeb, cette conclusion est rigoureuse. Les Tïâhâ, les 'Azâzraeh, les Terâbîn et les autres tribus se compénètrent pour le pâturage et, suivant la belle remarque d'un Tertïbïn, « conduisent leurs troupeaux dans les vallées arrosées et fécondées par la pluie d'Allah ». Si une restriction existe à cette liberté, elle provient d'un autre motif : les Heïwât, par exemple, lixés entre Nahel et Aqabah, ne se hasardent pas aujourd'hui vers le MaqiTi ou 'Ageroud; ils redoutent une attaque subite des az-Zullâm avec lesquels ils sont en guerre. D'un autre côté, les Qedeirât, fixés aux environs de 'Ain Qedeïs et de la source à laquelle ils ont donné leur nom, viennent avec leurs troupeaux jusqu'à Zuheïrah où je les ai rencontrés en février 1905. On peut même élargir le cadre et admettre qu'une tribu de l'est peut, en cas de nécessité, conduire au Négeb ses troupeaux; le fait est attesté par les icasem des Sarârât, des Béni Saher et des Béni 'Oqabah, mélangés à ceux des Azâzmeh et des Qedeirât sur un rocher, dans une des branches du ouâdy 'Umm Hasïm, entre 'Aïn el-Mufger et 'Aïn Qedeïs. Le wasem indique le passage d'une tribu, sinon son droit de possession; il est donc établi que plusieurs tribus orientales ont amené leurs troupeaux à l'ouest du iMaqrâ. Et de nos jours, les Terâbîn ne verraient aucun inconvénient à rencontrer les chameaux des Béni Saher sur leurs terres, n'était l'état d'hostilité qui règne parmi eux. Il est cependant probable que, dans ce cas, ils exigeraient un droit de voisinage ou de tanlb. Le fait s'est passé, il y a peu de temps, pour les Wuld Soleïmân, qui pour bénéficier des pâturages des Béni Saher ont dû leur payer une sorte d'impôt. Cet incident montre que cette liberté de pâturage, tout en étant réelle, est soumise cependant à certaines restrictions pour les tribus très éloignées.

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