Le mot fellah signifie proprement cuUivateiir
tion des missionnaires, commence à comprendre l'utilité et les avantages du travail personnel et les jeunes hommes tiennent la charrue ; heaucoup cependant subissent l'influence des idées anciennes, et prétendent ne point passer pour fellahs. Chez les Béni Saher, aucun membre de la tribu ne voudrait s'humilier dans ce travail manuel; les Béni Sa'alân et les Haweïtât n'ont jamais touché la charrue, toujours en vertu du même principe : le travail de la terre n'est pas honorable. Au contraire, les tribus du Belqâ, les Hamâ'îdehdans la Kourah, les tribus de Kérak^ et les habitants du Gebâl, en un mot tous les Arabes demi-sédentaires, comme ceux de Kérak, ou nomades comme les Belqâwîeh, mais cantonnés dans un certain rayon et vivant sur des terrains cultivables qui leur appartiennent, conçoivent un dédain moins prononcé pour le labourage, quoiqu'un grand nombre parmi eux se comportent à cet égard en vrais bédouins.
En route, sur les hauts plateaux de l'est, j'exposais un jour cette conception du travail propre aux bédouins à un membre de la caravane biblicpie; mon interlocuteur m'arrêta soudain et, me montrant la grande plaine ondoyante sous les épis bien garnis et pressés, il me dit : « Alors, qui a labouré et cultivé cette immensité? » Je dus lui expliquer que les paysans de la montagne d'Hébron 'les Qe'is'ieh., ceux de la montagne de Jérusalem (gébel el-Quds et ceux de la montagne de Naplouse (gébel Xcâbulus) ne possèdent pas assez de terrains cultivables, sur ces sommets arides, et surtout n'ont pas assez de revenus pour entretenir leur maigre existence; ils viennent en Moab offrir la force de leurs bras et leur savoir-faire au bédouin indolent. Ce dernier accepte des services qui répondent si bien à ses inclinations, et traite avec le felhâh. Deux systèmes sont en vigueur actuellement; on peut les caractériser par ces mots : contrat au quart et contrat au cinquième ; il faut noter cependant, avec le plus grand soin, une différence qui n'est pas seulement dans le taux.
Dans le premier cas, le fellah contractant est appelé murabbay ( -*J^}, c'est-à-dire qui a tr£iit au quart ou touche le quart. Le paysan se présente avec ses seules forces et son bon vouloir. Le maître du champ lui remet entre les mains les instruments de travail : les bœufs, la charrue, la semence; le fellah s'empare de ce matériel, confie la semence à une terre qui a subi préalablement le kirâb-, laboure cette terre et se retire. Lorsque arrive le temps de la moisson, le paysan revient, moissonne, bat le blé sur l'aire, et le mesure
1. Il faudrait faire une exception pour les nombreuses familles des cheiklis.