Voir ci-après, p. 247, l'explication de ce terme
COITCMES DES ARABES. 16
2t2 COUTUMES DES ARABES.
cil présence du maître ; les trois premières mesures sont pour le propriétaire, la quatrième est pour le murabba'y, qui prend ainsi le quart de la récolte totale. An lieu du quart, la stipulation se fait parfois sur le tiers, d'autres fois sur le cinquième; mais toujours aux conditions mentionnées : l'industrie et la fatigue sont la part du paysan, et le propriétaire fournit la matière première. De plus, il donne la nourriture au fellah pendant son travail et lui fait cadeau d'un manteau ('abâ). J'ai rencontré le murabba'y à Mâdabâ, à Kérak, chez les llamâïdeh; il va aussi travailler au sud de la Palestine, dans les plaines de Bïr es-Seba' et de Gaza.
Parfois les paysans viennent avec leurs attelages; le propriétaire ne fournit plus que la semence et le terrain. Bien souvent la récolte est alors partagée *.
Le second contrat mérite aussi une explication. Les paysans de la Palestine se voient réduits de nos jours à la dernière misère. Les exactions dont ils sont l'objet leur permettent à peine de manger un peu de pain, et tous les ménages n'en ont pas à satiété. Une foule de localités palestiniennes se glorifient d'avoir pour fondateurs des Arabes venus de l'est. Citons un exemple. Les deux villages de Sâris et de Beit Masïr doivent, d'après la tradition actuelle, leur origine à deux frères venus du pays d'Orient, de la tribu des 'Abbcâdât (C->b'^). Ensemble, ils traversèrent le Jourdain, trouvèrent deux ruines, et fondèrent deux villages qu'ils appelèrent Sâris et Beit Masïr. Leur origine commune explique comment les deux villages ont toujours été d'accord pour repousser les attaques d'Abou Gôs.
Quoi qu'il en soit de la véracité de ces légendes , les paysans de nos jours quittent la Palestine et vont chez les Arabes demander les moyens de vivre à un travail plus rémunérateur et plus tolérable^. Le fellah prend avec lui son petit avoir, son àne et son bœuf, emmène sa femme et ses enfants et se présente à un cheikh bédouin, le suppliant de lui permettre d'habiter sur ses terres, de se construire une cabane ou de demeurer dans une grotte et de cultiver un terrain pour vivre. Au début, les chefs arabes firent mauvais accueil à ces propositions; à leurs yeux, ces fellahs étaient des maraudeurs, dont ils ne tireraient aucune utilité, qui seraient même un péril pour leur indépendance. Cependant, comme ils ne refusent jamais l'hospitalité, ils autorisèrent ces nouveaux venus à se fixer au milieu
1. A Môleh, le imirabba' ij reçoit le quart de la récolte, un habit ('abâ), la nourriture et en plus dix megidys lorsqu'il fait le kirâb.
1. Un proverbe usité en Moab dit : « La lumière et le bonheur ont traversé le Jourdain et ne reviennent plus »; la moitié du proverbe reçoit aujourd'hui un démenti.
des ruines d'une ancienne localité, leur assignèrent un terrain cultivable, et les laissèrent travailler en paix. Lorsque arriva le moment de la moisson, le cheikh réclama le cinquième de la récolte ( v.*.^!). En retour, il promit sa protection aux fellahs et les considéra bientôt comme ses serfs, obligés envers lui, et pouvant compter sur sa protection. Les paysans de Palestine s'estimèrent heureux de cette situation nouvelle qui leur donne un maître capricieux peut-être, auquel il faudra un mouton de temps en temps, mais moins despote que celui à la tyrannie duquel ils se soustraient. Le cheikh arabe, en effet, protège ses serfs, même contre le Gouvernement, auquel ils ne paient plus d'impôts^. Cette situation privilégiée attire de nombreux adhérents.
D'un autre côté, l'établissement du Gouvernement à Mâdabâ, à Kérak et à Ma an a imposé une paix relative aux tribus remuantes de la région. La construction du chemin de fer de la Mecque achèvera peut-être la pacification du pays.
De plus, les bédouins avaient sous les yeux la colonie chrétienne de Mâdabâ qui prospérait et se développait grâce au travail, et à la richesse qu'elle savait tirer du sol par la culture. Toutes ces causes ont contribué au développement de l'agriculture. Au moment où j'écris ces notes, je puis compter, aux environs de Mâdabâ, une vingtaine de localités, désertes et muettes il y a dix ans, relevées de leurs ruines aujourd'hui, et abritant des cultivateurs qui par le travail ont ramené la vie et la fertilité. Elles appartiennent, en grande partie, aux Béni Saher. Il ne sera pas inutile d'en donner l'énumération, ne serait-ce que pour mentionner des noms de lieux encore peu connus ; j'ajoute le nom du cheikh qui en est propriétaire,
El-Mereïgmeh (^^sr^^M), possession de Qoftân eben Hâmed, aune heure au sud de Mâdabâ ;
El-Mereïgmeh es-Sahânbeh, possession des Hamâ'ideh;
Satihâ (Is-rr^), à Test de Mereïgmeh, possession de eben Hâmed;
Soufah ('^j^), possession des Dahawseh;
Ed-Deleileh es-Sarqïeh (^W-^^'j, possession des Eben er-Redeiny, des Sehour ;
1. Le cas est assez inléressaut pour mériter quelques développements. Se conformant à la tendance que nous venons d'indiquer, Fâïz accueillit quinze familles de villageois chassés par la misère, peut-être aussi par la crainte de quelque vengeance, de trois localités àe Palestine : Deïr Uiwân, Sour Baher, Abou Dis. Ces fellahs furent installés au milieu d'une ruine, fâlz leur dit : « Bâtissez des maisons, et cultivez la terre aux alentours», et il leur fixa des limites. Les paysans administrent, cultivent, sèment, moissonnent, battent le blé; alors Fâïz arrive, et prend le cinquième de la récolte. En retour, il paie les impôts au Gouvernement qui traite directement avec lui, sans inquiéter les fellahs ; en second lieu il protège son village de toute exaction ou incursion des tribus ennemies.
Ed-Deleileli el-Garbîeh, aux Hamâ 'îdeh ;
Netel (J^O' '1 Qama'ân, desZeben;
'Umm Qeseir [j^ ^!), à Met'ab, dcsZeben;
Ilawârah {^j\y^), à Felâh eben Zeben;
Galoul (Jj-V), à Menawer eben Zeben;
Mendjâ ('-F^), A Qcneïan eben Fâïz;
'Umm Ruramûneh (^^^j A\ à Talâl;
Ez-Zebâyr (^.^j^'), à Qoftân eben Salâm;
Qasdal (JjJ^!)^ aux enfants de Sattâm;
'Umm el-'Araed et Barezein, appartenant l'un à Sattâm, l'autre à Fendy, ont été reconstruits avant Mâdabâ;
Et-Teneib (■.---^1) et Lubbcân {J^), à Romeiheh, des Fâïz;
Qarïat Sâlem (J'— hy), aux Fâïz;
Gedoudeh, reconstruit avant Mâdabâ. Ce dernier point est plus communément désigné sous le nom d'Abou-Gâber. Un certain Sâleh, originaire de Nazareth, vint, il y a 37 ans, s'établir au Belqâ, comme marchand auprès des Arabes; il se fixa à Gedoudeh, acheta du terrain, s'associa avec Sattâm, « se fit un nom et Allah lui bâtit une maison ». Son fils aine s'appela Gâber, de là le nom d'Abou-Gâber, qui du propriétaire du terrain a passé au terrain lui-même. Gâber se montra g-énéreux envers les Arabes, qui ne manquèrent pas de profiter de son hospitalité ; maintenant Abou Gâber, la maison et la localité ainsi désignées, reçoivent plus de trente hôtes par jour, quelquefois plus de cent. Le titulaire est un petit monarque dans la contrée. Au moment où je quittais Mâdabâ il essayait de renverser le moudir de cette dernière localité et de se faire nommer à sa place. On peut voir, en lui, un exemple de rapide prospérité.
Dans la Kourah, l'agriculture a toujours été en honneur chez les Hamâ'ïdeh qui n'ont point voulu laisser incultes les champs de Mésa. Mais, depuis peu, la culture a été grandement améliorée. On a bâti des magasins à 'Arâ'er, et les fellahs commencent à s'établir en différentes localités. Au sud du Mogib, les mêmes causes ont produit des effets analogues; l'agriculture a pris une extension considérable. Sur le penchant oriental du gébel Sïliân, on rencontre d'abord Qar'ah (is,ji, prononcé Gar'ah). Les ruines, les grottes et tout le territoire environnant ont été donnés par le Gouvernement à une pauvre tribu de douze à quinze familles; on les appelle les Mesârweh ; ils habitaient Minieh en Egypte. Lors de l'invasion d'Ibrahim Pacha en Arabie, ils
1. Écrit aussi qastal, mais les bédouins prononcent Qasdal et Qusdul.
suivirent le conquérant, et restèrent dans le pays de Moab lorsque les troupes égyptiennes se retirèrent. Moyennant un impôt de cent cinquante megïdys par an, ils ont la jouissance de ce terrain et le cultivent en paix. Un chrétien de Kérak y a établi un magasin fréquenté par les Mesârweh et par des Arabes voisins. Lors de mon passage, j'y rencontrai une quinzaine de Béni Saher qui venaient y faire leur provision de blé.
En se dirigeant vers Kérak, on rencontre des localités relevées par des fellahs qui s'adonnent à l'agriculture. Ce sont généralement les Mogally qui président à ces reconstructions; sur la route on peut citer Rabbah et el-Qasr; à droite du chemin, j'ai visité Faqou' où plusieurs maisons sont déjà bâties, sous la surveillance de Matrouk, cheikh des Hamâ'ïdeh de Beseïreh^
Plus au sud, sur les bords escarpés de Touâdy Béni Hammâd, quelques-unes des nombreuses bourgades, jadis très florissantes, reviennent à la vie sous l'influence de l'agriculture qui demande des magasins pour conserver les grains et des fellahs fixés au sol pour le cultiver, A Sarfâ, quelques paysans s'installent; Megedleïn et Beït Legâ restent encore ruines inertes, mais Tedoun, larout et même Dimnehreprennent vie. A Betâîr, au sud de Megeisel, les Arabes de la tribu des Ma'aytah ont déjà bâti six maisons dont quelques-unes sur d'anciennes grottes taillées dans le roc.
A gauche de la route qui va du Môgib à Kérak , les ruines se relèvent aussi, à Hemoud, à Rakïn, à el-Garab ; bientôt sans doute aussi à Samakïeh, où les chrétiens de Kérak voudraient s'établir^. Au sud de Kérak, l'agriculture fleurit à Môteh et à Gaïar. Les Sunnâ' de Kérak ont récemment construit des magasins à Dat Râs. Par ce simple exposé, on peut juger du développement actuel qui se produit sur tout le pays que nous étudions. Cependant, ce n'est pas une création nouvelle ni môme une transformation radicale d'un terrain vierge; la désolation qui pesait sur la contrée est le résultat des invasions et des guerres; mais une civilisation antérieure, très intense, avait précédé; on peut encore en admirer les beaux vestiges, à Rabbah par exemple. Les tribus nomades y trouvaient ce qu'elles y viennent chercher aujourd'hui, et apportaient en même temps les maigres résultats de leur industrie. Kérak a dû être de tout temps la mère nourricière