Cf. RB., juillet
verncment turc soutint les montagnards qui descendirent avec leurs charrues. Mais les cavaliers arabes, toujours prêts, arrivent et engagent la mêlée. Plusieurs Qeïsieh restent sur le champ de bataille. Furieux, les montagnards se réunissent; — « ils étaient plus de quinze cents cavaliers », dit le narrateur avec l'exagéiation habituelle, car je ne sais si on trouverait trois cents chevaux dans la montagne, au sud d'Hébron. Les Arabes arrivent de leur coté, et cette fois, les soldats turcs font cause commune avec les bédouins. Les Qeïsïeh sont repoussés avec perte. Mais la guerre n'est pas terminée. Les passions surexcitées portent les adversaires aux plus inhumaines cruautés. Quatre cavaliers bédouins surprennent quelques bergers de la montagne; avec leurs fusils ils les abattent, puis leur coupent la gorge avec leurs poignards. En revanche deux Qeïsïeh se saisissent d'un Zullcâray, l' égorgent, séparent la tête du tronc et brûlent le cadavre avec une joie féroce. Traversant Kseïfeh, en février 190i, nous avons aperçu dans la plaine deux cavaliers bédouins qui se dirigeaient vers nous, bride abattue, nous prenant pour des Qeïsïeh, C'était le fils du cheikh avec un compagnon à la recherche de quelque ennemi. Le bédouin me reconnut pour être l'ami de son père et, au lieu de la bataille, ce furent les courtoisies orientales qui commencèrent. Mais lorsqu'il nous fallut monter de la plaine, les Qeïsïeh nous regardèrent comme des ennemis; c'était leur droit, nous venions de chez leurs adversaires; ils se disposaient donc à nous traiter comme tels. Du reste le caractère farouche et fanatique de ces montagnards les rend plus dangereux que les Arabes, dont ils ne possèdent ni la souplesse ni la courtoisie.
Sauf de trop rares exceptions, les bédouins ne répandent aucun engrais sur leurs terres, et pourtant plusieurs villages sont entourés de monceaux de fumier comme d'un rempart ; ils ont l'habitude invétérée de laisser les champs se reposer une année après la moisson. Cependant, dès le mois de mars, le murabba'y avec ses bœufs et sa charrue ^ sort du village pour se diriger vers le champ qui devra recevoir la semence au mois de septembre. Il opère un premier labourage, appelé
kirùb [, .'^v^S qui consiste à labourer un champ dans un sens d'abord
et à reprendre le même travail en sens opposé, de manière à ce que les sillons se coupent à angle droit, afin de mieux soulever la terre. Bien souvent on se contente d'un premier sillon peu profond; à peiné les mauvaises herbes sont-elles ébranlées, bien loin d'être déracinées. L'été, avec son brûlant soleil, passe sur cette terre ainsi remuée, des-
1. Il n'est pas rare, surlout en Palesline, de voir altelés ensemble le bœuf et l'âne, contrairement à la défense du Deut. 22, 10.
sèche les herbes et, lorsque arrive Je mois de septembre, on se dispose à jeter la semence sans nouvelle préparation. La pluie n'est pas encore venue, mais une rosée abondante humecte déjà le sol assoiffé. L'humus des hauts plateaux est riche et fort; il conserve suffisamment d'humidité pour recevoir le prain avant la tombée des pluies. Dans la Palestine proprement dite, le fcllâli n'ensemence son champ qu'après les premières ondées de novembre; il croirait s'exposer à un désastre s'il agissait autrement, et parfois les semailles n'ont lieu qu'en décembre ou en janvier. Chez les nomades de l'est, à partir de la fête de la Croix, c'est-à-dire vers le quinze ou vingt septembre, on confie i\ la terre le blé et l'orge.
Avant de commencer les semailles, on fait le repas de IJatil^, sans immoler de victime. La nourriture se compose de riz et de beurre; la viande ne doit pas paraître. Ensuite on allume une lampe en l'honneur de IJalïl.
Avant le travail du labourage proprement dit, un usage veut qu'on disperse quelques poignées de semence et qu'on récite la prière suivante qui est répétée chaque matin par le laboureur à la reprise de son travail :
« O Xotre-Seigneur, tu nous nourris, et tu nourris par nous;
Toi le nourricier du faible et du fort, le nourricier de l'oiseau dans l'obscurité
de la nuit; 0 Seigneur des bonnes semences et juge de l'esprit; O Allah! Tu dois nourrir les troupeaux et faire vivre les familles: O Allah! voici, nous t'avons placé devant nos yeux; nous nous sommes confiés
en toi ; O Seigneur, viens à notre secours-. »
1. En se mettant à manger on dit : « Ceci est pour Ilalll », et encore : « Ceci est le don de Halîl « (JJ^' ^y.j=s.\).
SJ\ £sè. JbUJ! ^ b JUt ij,±^. J^^l j-^ ^,U ^U! b
^eU ^yi^j^^ ,^bk& b! AM b .bj.*^ ^ b
On notera ,^;s.UJ' := y-^^, le pauvre; „o.U! = Jaiù*' , le fort; , \^\ labonne se-
Le premier jour, les femmes pauvres portent parfois à déjeuner au laboureur qui leur donne une mesure de blé.
On attelle à la charrue des mulets, des bœufs, des ânes; le chameau n'est pas utilisé pour ce service comme dans le Négeb. En cette dernière région, la semence est à peine recouverte de terre ; le sillon est moins profond qu'aux environs de Kérak, tout en offrant plus de garanties que celui des 'Atâwneh. Ceux-ci cultivent simplement quelques champs moitié terre, moitié sable. Pour couvrir la semence, ils se contentent de faire passer une branche de za'rour {j3j^j)- La pluie et le froid trouvent le grain confié à la terre qui le garde ainsi tout l'hiver. En février, il a déjà germé, mais il ne prend son élan qu'en avril. On ne fait aucun travail pour améliorer la moisson ou pour arracher les mauvaises herbes. La récolte n'est cependant pas assurée : avant d'arriver à la pleine maturité, elle a de nombreux ennemis à vaincre; je dois les énumérer.
Un des plus à craindre c'est la sécheresse ; pour avoir une bonne récolte, il est indispensable d'avoir une pluie régulière : j en parle dans un chapitre spécial'.
A coté de la sécheresse, se dresse un autre ennemi aussi redoutable : les sauterelles ; on les appelle d'un nom commun geràd ('^=^) ; plus à Test, elles portent nom quiq [,^, prononcé geïg).
On distingue deux sortes de sauterelles-, aboii zibleh (ïmj y})e.i geràd mfar [f-^^ ^^f^)- Les premières, ahou zibleh, sont toutes noires quand elles sont petites ; en grandissant, elles deviennent grises. Elles montent de l'orient, poussées par le vent d'est, et s'abattent comme un nuage épais sur la campagne. Avant le lever du soleil, elles ne peuvent voler, surtout quand elles sont encore petites, le froid de la nuit et la rosée du matin les tiennent engourdies : il est alors facile d'en tuer des quantités prodigieuses ; mais lorsque la chaleur a desséché leurs ailes, elles prennent un élan vigoureux et cherchent une nouvelle pâture. Elles font des ravages incalculables, dévorent tout sur leur passage ; dans un champ de blé, elles ne laissent rien ; même la tige du blé est parfois attaquée par ces mâchoires acérées auxquelles ne résiste aucune écorce d'arbre. — Le fait suivant, quelque incroyable qu'il puisse paraître, s'est passé dans la plaine de Mâdabâ il y a cinq ans à peine. Une femme Sarcârïeh avait déposé son petit enfant par terre pour glaner plus facilement. Le petit être poussa bientôt des cris perçants.