‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 66 sur 159 · Cf. l · texte numérisé non relu

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2. A Môleh, les grandes sauterelles me sont désignées sous le nom de nivcâ {^^\ • à Ma 'an,

les petites s'appellent dobbâbeh (^H-^).

Sa mère, habituée à reateiidreplcurei', n'en prit cure et continua son travail. Les cris cessèrent bientôt. Au bout d'une heure, la femme voulut prendre son enfant. Imi s'.ipprochant elle l'aperçut couvert de sauterelles, et remarqua bientôt qu'il était mort, à moitié dévoré par cette foule de rongeuses.

La sauterelle jaune {j^^^} est beaucoup plus grosse, mais moins nuisible. Elle fait son apparition en tout temps, en été comme au printemps. Elle monte de l'orient, et profite toujours d'un coup de vent violent pour voyager; du reste sa lourdeur est un obstacle aux longues émigrations; souvent elle va se perdre dans la mer Morte. Les Arabes la mangent, après lui avoir enlevé la tête, les ailes et la partie postérieure; ils la mélangent avec des dattes et du sameh, broient le tout ensemble, en font une pâte délicieuse à leur goût. Ils la font aussi griller sur le feu et la mangent comme un morceau de viande. Les Sehour ne la trouvent pas désagréable; mais les Sarârât surtout et les Sammâr en font une véritable consommation; ils la ramassent le matin sous la rosée, et en font des provisions ^. On m'a affirmé que certains Arabes en nourrissaient leurs juments.

Les Arabes sont incapables de se débarrasser des sauterelles; parfois le Gouvernement envoie les soldats contre elles; on les accule dans des fosses sur lesquelles on répand du pétrole auquel on met ensuite le feu.

Les oiseaux leur font une guerre impitoyable. Abou Sa'ad, la cigogne, arrive en troupes serrées qui font un grand carnage. Aussi les Arabes ont-ils cet oiseau en grande vénération et s'abstiennent-ils de le chasser.

L'oiseau appelé zarzour (. ^ ; ,j) fait aux sauterelles une guerre implacable, ainsi qu'un autre oiseau blanc nommé zur\j [ ^,;). Aux bords du Jourdain, j'ai constaté un fait assez amusant : le moineau s'attaque à la grosse sauterelle jaune, mais se contente de lui prendre la cervelle en une becquée.

On me parle d'un ennemi plus redoutable encore que la sauterelle pour le blé; c'est la legâh (ïIs^î). Voici la description des Arabes. C'est une mouche^, plus grosse qu'une abeille; elle arrive comme un

1. « Les sauterelles étaient alors dans tous les marchés vendues à très vil prix. Mais je ne les ai jamais vues en si grande quantité que dans la plaine aride entre le mont Sumâra et Jérim ; car il y a là des endroits où l'on i)Out les saisir à la main. Nous vîmes un Arabe qui en avait ramassé un plein sac, afin de les faire sécher et de les conserver pour .«a provision d'hiver. » C. Niebuhr, Voyage en Arabie, t. I, p. 320 (traduction française).

2. A Mosoiil on connaît aussi le gundtib {, j--^) et le soun (^.1^-*-), deux mouches nuisibles à la moisson.

LA VIE ÉCONOMIQUE. 2a 1

nuage noirâtre qui obscurcit l'air; elle s'abat sur les moissous, pique la tige du blé et suce toute la sève ; la plante meurt. Son odeur est désagréable ; la paille touchée par elle n'est plus mangée par les animaux. La leyâh vient surtout au sud de Kérak; pourtant, l'année dernière, elle a fait son apparition à l'est de 'Amman.

Il existe un petit ver, portant le nom générique de doudeh (s-ij-i), qui cause aussi du ravage parmi le blé. Il est tout petit ; il est d'abord rouge, puis devient noir; il attaque la feuille du blé qui sous cette piqûre se flétrit rapidement.

Un autre ver rouge, 'aqoiirah (^j^^), ronge l'épi au-dessous du grain et l'épi se dessèche avant d'arriver à maturité.

Le rat {far) est redouté dans la plaine de Mâdabâ; il coupe le blé à fleur de terre avec ses dents comme avec une faucille, et l'emporte ensuite dans ses magasins souterrains; en 1905, les rats ont été un vrai fléau pour les moissons.

Le vent du nord, appelé ge?nâd {-^It^), souffle parfois au printemps ; la rosée devient alors une vraie gelée blanche; comme l'épi se forme à ce moment-là, le grain est détruit par l'intensité du froid ; on dit alors que tout le blé est brûlé.

Le vent de l'est, sùnowi es-Serqy \ ^^j^^ .i>"^)> ^^^ ^^^i aussi mauvais pour les moissons ; il est pourtant moins redoutable que le gemâd ^

Un cavalier qui traverse des champs ensemencés et qui s'arrête pour laisser manger sa jument, ou qui lui lâche la bride sur le cou en marchant, ne passe point pour commettre un acte indélicat; c'est l'usage reçu de tous. Si au contraire un Arabe trouve dans sa moisson un âne ou un chameau, il peut leur couper les oreilles, et quelquefois les pattes, ou bien il fait payer le blé dévoré. Du reste il y a toujours un gardien pour protéger les champs ensemencés. Au Négeb, où les vallées sont très nombreuses, on a soin d'élever, sur les hauteurs, des signaux destinés à attirer l'attention des bergers pour qu'ils éloignent leurs troupeaux.

Lorsque arrive le temps de la moisson, les chrétiens de Mâdabâ sont dans des transes continuelles par la crainte d'un incendie allumé par leurs ennemis. Heureusement, de pareilles vengeances sont rares. On me cite un simple accident survenu, il y a très peu de temps. Une jeune fille surveillait le dîner des moissonneurs; elle mit le feu au blé déjà sec et périt elle-même victime de son imprudence.

L'ouverture de la moisson, el-hasideJi (5->--^s- !) ^ arrive généralement

I. Un autre vent qui est appelé hallt (■^^) par les bédouins, (lafour {\^) par les fellahs, a dessécbé les moissons par sa rigueur en 1904.

en juin; les orges sont prêtes au commencement du mois, le froment vers la fin. Dans les vallées de Palestine, dans la plaine du Jourdain surtout, la moisson a lieu un mois plus tôt ; mais la chaleur est moins intense sur les plateaux de Moab. Chaque propriétaire réunit ses moissonneurs et fait un repas à Halïl ; puis on dit : « La faucille est ouverte ' . »

Les moissonneurs, faucille en main, commencent le travail, placés sur une seule ligne ; ils coupent le blé et font des gerbes, ^rmâl (j^-) '-. La réunion de quatre ou cinq semàl forme un ensemble appelé gomer

(v^)3 et celui qui les rassemble porte le nom de gammar[\c. ;) cest aussi le gammàr qui les place sur le chameau et les dépose dans le ï\\ei,sabkeh (Ï-V^); celui qui charge le chameau et fixe le fardeau sur

l'animal s'appelle sadddd (-!3jL), et celui qui transporte ensuite les

gerbes porte nom raggôd (-ï'^j). Tous ces travaux se font à la fois. Pendant le travail, pour s'exciter, on chante des refrains qui n'ont aucune signification : « 0 jour de bonheur, toujours, toujours; à la moisson dans la vallée, pas d'eau, pas de provisions. » Lorsque les moissonneurs arrivent à l'extrémité du champ et sont sur le point d'achever leur besogne , le propriétaire ordonne de laisser le blé sur quelques mètres carrés pour les pauvres et les glaneurs ; ce qui est ainsi abandonné s'appelle g or' ah (Ï^V)- L'usage de fixer la g or' ah se trouve à Mâdabâ, à Kérak, au Gebâl et à Maân. Aussitôt la moisson terminée, le propriétaire immole quelquefois un mouton pour tous les travailleurs ; mais la coutume n'est pas universelle. Ce qui mérite vraiment une attention spéciale, c'est la pratique religieuse fort en honneur chez différentes tribus à Kérak, à 'Iraq, dans la Kourah et à Mâdabâ '\ Au moment de déterminer la gor'ah, le maître saisit la dernière semàl qui vient d'être coupée et fait creuser une fosse, en forme de tombe, dans le champ lui-même. Lorsque la tombe est jugée suffisante, on y

2. Gorzal (ï, t^-) se dit des gerbes réunies par les glaneurs.

3. Le mot actuel j.*i = -|î2Ï (Lév. 23, 10-12; Deut. 24, 19; Ezéch. 24, 20; Rufb 2, 7, 15;.

Ce n'est pas une simple première gerbe, disons plutôt une poignée de blé, xemâl, mais une réunion de plusieurs petites gerbes, rassemblées en un faisceau pour être emportées au baydar. C'est la signilication de l'hébreu TM'yï. 'T'*^". (Mich. 4,12), la gerbe qu'on emporte sur l'aire

De l'usage actuel, on pourrait aussi conclure au sens de réunir, rassembler, pour la racine

4. A Ma'Sn la gerbe dernière n'est pas enterrée mais la gor'ah est pratiquée. A 'Irâcf, au contraire, on fait à l'ensevelissement du vieux les mêmes cérémonies qu'aux enterrements ordinaires, et ensuite on offre un sacrifice à llal'tl.

couche la semâl et tous les assistants disent : « Nous enterrons le vieux )) (^^^UJî L^^); d'autres fois ils disent en couchant la gerbe dans la fosse : « Le vieux est mort ■» (,,^lùJ] ,jiX')- On recouvre la fosse de terre ; une pierre est dressée à la tête et une autre aux pieds, comme sur les tombes ordinaires et ensuite on dit : « Qu'Allah nous ramène (du blé) du mort ^ ! »

Quand la moisson est terminée, on dit la prière suivante :

« 0 Seigneur, ramène-nous vers elle en paix, nous et les amis d'Allah ensemble^. »

Tout endroit un peu élevé, exposé au vent de l'ouest qui souffle pendant tout l'été, peut devenir une aire [haydar). On choisit, à cet effet, une roche bien plate, sur une petite éminence, non loin du village. En Palestine la plupart des aires sont tout auprès des localités ; la surveillance en est plus facile. En Moab, si nous considérons Mâdabâ, nous verrons qu'au moment du battage, tous les environs du village ne forment qu'une aire immense ; on aperçoit des aires partout, dans la plaine, du côté du Nébâ, vers Ma'ïn et auprès de Geloul. Aux environs de Kérak, elles se sont multipliées à l'infini à côté des anciennes villes ruinées. Ce choix a sa raison d'être. Les Arabes cachent dans les grottes, souvent creusées sous les rochers, la paille conservée pour la nourriture des animaux pendant l'hiver ; ils trouvent ainsi près de l'aire des magasins tout prêts et les utilisent. Dans leurs maisons ou sous leurs lentes ils n'ont point la place suffisante pour la recueillir; il faudrait la laisser se perdre, comme à Ga'far ou à Môteh. Les grottes anciennes servent parfaitement à la mettre à l'abri de la pluie et du vent.

Lorsque les gerbes ont été amoncelées, on fait le sacrifice de l'aire [qatiéet el-baydar) ; j'en parlerai plus loin.

Le battage du blé (^^,^) commence; les chevaux, les mulets, les ânes, les vaches, sont amenés sur le blé étendu et piétinent la journée entière (v. fig. 12) ; le soir, la paille est broyée et le grain est sorti de l'épi.

Pour battre, on se sert aussi de la planche (~^J) garnie de pierres de silex, de basalte ou de clous de fer; un cheval traîne cette planche sur le blé. Pour remuer la paille pendant le battage, on se sert de fourches en bois à deux ou à quatre dents 3.

1. Voir dans le Golden Bough de Frazer, t. Il, p. 17i et p. 261, une foule d'usages analogues dans le folklore européen.

3. Sa'oxih [-^j»^, i\x\g. i^^) nommée aussi dnqrCin {^j^^)\ ^^ 'ayqal (JJl)'.) n'a que deux dents.

234 COCrr.MES DES ARABES.

Lorsque le blé est suffisamnient dc'piqué, il est amoncelé daus un coin de l'aire et on procède au vannage. L'instrument à vanner est fort simple : avec une fourche, armée de six ou sept dents, appelée niidrâh (s',-^*) les mumbbiï )j ]oiiQ\\i en l'air, en plein vent, la paille et le grain; celui-ci, plus lourd, tombe aussitôt, tandis que la paille légère est emportée à quelque distance. Il suffit de recommencer le même travail deux ou trois fois, pour obtenir un grain pur de tout élément étranger. Pendant que le blé est trituré sous les pieds des animaux il est appelé kck'ir {j^)\, un peu plus tard, lorsqu'il est battu davantage, il est appelé qor^ {^/)- On se sert du mot tmjyâb (s^jllls) pour indiquer le blé battu, muis mélangé encore avec la paille, avant d'être vanné ; enfin le blé mondé est désigné sous le nom de sobbeh (j-^). Pour avoir du grain très pur, on le passe au kirbal (Jj,<); ensuite on le mesure.

La première mesure {&a) est pour IJalïl; elle est donnée à un pauvre ou à un derwis. Le compte du murabbay se fait à l'aire; chaque quatre mesures, il en prend une. Le blé est ensuite porté à la maison et versé dans la ràwieh (hjj), appelée aussi qata [^^) et

Avec le froment (^-^) et l'orge [j-;^] les Arabes cultivent encore : le semsem appelé aussi qostâny (^Ua^), le namâneh (^UxJ) pour les chameaux et les vaches, le kersenneh (i-^-^), le durah (s,^), les

lentilles ((^--^), les fèves ij^), les pois (^^^).

Aux environs de Mâdabâ et jusqu'à Kérak, la vigne pousserait admirablement •. On la cultive à Gedeïd et on a commencé à la planter à louest de Mâdabâ. Les habitants de cette dernière localité essayèrent une année. Mais les sauterelles dévastèrent et rongèrent tout. On a semé aussi des pastèques, des concombres et des tomates : la rosée de la nuit est assez forte pour permettre à ces différentes plantes de croître et de produire des fruits. Mais les Arabes sont encore trop pillards pour permettre cette culture aux demi-sédentaires. Ce sol fertile pourrait donner beaucoup plus que ce qu'il fournit aujourd'hui, sans même recourir à une culture intense. Un propriétaire diligent, jouissant de par ailleurs d'une sécurité absolue, obligerait la terre à livrer de très beaux revenus, puisque avec le maigre labourage actuel on a constaté le résultat suivant : un tabbeh - de semence produit quarante et cinquante tabbeh de récolte; Tannée

1. Les vignes de Sibmah(Is. 16, 8, 9; Jér, 48, 32), que j'identiQe avec Souânïeh, étaient célèbres.

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