Pour celte mesure, voir
LA VIE ÉCONOMIQUE. 2o5
dernière, un rotol en fit vingt; chez un autre propriétaire, vingt mesures en produisirent deux cent seize.
Le livre de Kuth nous porte à croire que le glanage était chose habituelle en Palestine. Je ne sais s'il était plus en honneur que dans notre pays de Moab ; voici les faits actuels. On pourrait presque aflirmer que tous les Sarârât sont des glaneurs (^Js'ij] ainsi que les autres Arabes pauvres des Fuqarâ et des 'Atawneh. Le terme arabe est le même que le mot hébreu C"^3pS). A ces nomades indigents s'adjoignent une foule de fellahs et de fellâhât qui, au moment de la moisson, arrivent en troupes compactes; ils se tiennent derrière les moissonneurs, et tout épi qui tombe par terre est aussitôt ramassé. Ils s'approchent tellement, que parfois ils paraissent moissonner euxmêmes. Pour les contenir dans leur avide rapacité, un homme, armé d'un fouet, est souvent obligé de ne les laisser avancer que peu à peu. Lorsque le champ est trop vaste, c'est un cavalier qui prend la peine de surveiller les laqqâtïn, en se transportant rapidement d'un bout du terrain à l'autre. Quand 'Abdallah moissonna sa récolte, il y avait cent trente-sept glaneurs derrière les moissonneurs. Tous réunis, ils ramassèrent au moins vingt tabbeh de froment.
Au moment du battage, les pauvres passent aux aires pour mendier le blé; j'ai rencontré à Mâdabâ un derwîs de Neby Mousa parcourant le pays pour recevoir la mesure de blé donnée au grand prophète par chaque propriétaire.
§ 29. Le commerce.
Le pays de Moab jouit d'une certaine importance commerciale, grâce à sa position géographique ; il est donc juste de consacrer quelques lignes à son commerce.
La grande plaine de Mâdabâ, la Kourah, les plaines de Kérak jusqu'au ouâdy el-Hesâ, produisent du blé en abondance ; la population sédentaire ne parvient pas à le consommer; le surplus est donc destiné à la vente. En revanche, les tribus de l'est et du sud-est ne possèdent point de cultures ou en ont très peu; par suite elles sont obligées de s'approvisionner aux fertiles champs de Moab. Chaque année, pendant l'été, on voit sur les hauts plateaux les 'Alawîn (qui se réunissent de préférence à Tafïleh et dans tout le Gebâl), les 'Atâwneh, les Bely, les Fuqarâ, les Sarârât et certains clans des Béni Saher se transporter à Kérak, à Môteh ou à Ga'far pour acheter du blé ; quelques tribus pauvres de la 'Arabah montent aussi à Kérak pour chercher leur nourriture.
Telle est la situalioii da pays par rapport à un seul article de commerce, le blé. Par ce mot je n'entends pas uniquement le froment, mais encore l'orge et on pourrait ajouter aussi les lentilles dont il se fait une grande consommation '. J'ai voulu me rendre compte des achats faits par une des tribus de l'est sus-mentionnées. Pour cela, j'ai demandé l'hospitalité au jeune cheikh Harb, des 'Atâwneh. Sous sa tente, dressée à (ia'far, j'ai recueilli les renseignements suivants. Ce jeune chef devait emmener avec lui plus de douze mille sacs de blé; ses hommes les achetaient à MOteh, à Kérak, à 'Iraq, à Taybeh, partout où s'étale une aire; ils les rapportaient ensuite au quartier général, fixé auprès de la tente du cheikh. On peut voir, en mainte occasion, comment tous ces vrais nomades réunissent, auprès d'une méchante « maison de poil » , les sacs bien pleins qu'ils emporteront vers Tcbouk et la plaine de Hismeh. Ils partiront en caravane serrée et très nombreuse afin d'être en état de résister en route à un coup de main de la part d'un adversaire, des Sebour, par exemple, toujours prêts à recueillir un butin facile. Je demandais à Harb si le blé qu'il avait entassé lui suffisait pour lui et pour toute sa tribu : « Assurément non, dit-il; rares sont les 'AtO-wneh qui ont toujours du pain » ; même parmi ceux qui étaient sous mes yeux, très peu emportaient du grain pour toute l'année. Du reste, plusieurs d'entre eux en faisaient d'amples provisions afin de le revendre ensuite aux pèlerins de la Mecque lorsqu'ils passeraient pour se rendre à la ville sainte.
Pendant leur séjour à Kérak ou à Ma'ân, les 'Atâwneh se procurent les autres objets dont ils croient avoir besoin pour leur pauvre existence : des étoffes pour les vêtements, des chaussures, de la poudre. Ils reçoivent le riz par le port de el-Wegeh, ainsi que le sucre. Le café leur vient du sud 2.
Le commerce du blé a lieu encore avec Jérusalem et Naplouse. Il est difficile d'estimer, ne fût-ce que d'une manière approximative, la quantité de grains transportée en ces deux villes. Des caravanes de Ta'âmreh ne cessent de faire le commerce toute l'année, transportant l'orge et le froment de Kérak à Jérusalem. L'établissement du chemin de fer de l'Hedjriz, qui borde la frontière du désert, attirera sans doute à lui la plus grande partie de ce commerce, bien
1. A Gaza, l'orge est l'objet d'une exportation assez considérable.
2. Tous ces détails conviennent aussi aux Fuqarâ campés à Ga'far, près des 'Atâwneh; ils étaient conduits par Moullaq. Le jeune cheikh m'explique comment la pluie ayant manqué à l'est, ils ont dû venir chercher du côté de Moab les pâturages nécessaires à leurs troupeaux.
que la ligne passe à six heures, à l'est de Kérak. On parle déjà d'une route carrossable entre cette ville et la station de Qatrâneh, ce qui modifierait certainement les relations commerciales.
La mesure dont on se sert pour le blé, c'est le m (?-'--=); il vaut deux rotols et le rotol équivaut à peu près à trois kilos. Chaque sa se vend quatre piastres à Mâdabcâ, c'est-à-dire soixante-douze centimes.
Voici les différentes mesures usitées, y compris les expressions courantes pour indiquer une évaluation :
le sa'
(c-Lc) z= 2 rotols (j,-) = 2 sa'
le medd
le 'olbeh
(Lis) m 6 sa'
le kll
(Jl/) = 12 sa'
le fard eh
(ïv^ji) = 24 sa'
le hamel
(J^) = 48 sa'
l'agrârah
(ij^y^) = 144 sa'.
A côté du blé, Moab fait un commerce de bétail assez considérable. Chaque année, un troupeau de chameaux, après avoir fourni la Palestine, se dirige vers les bords du Nil, par la route de Jérusalem, Gaza et el-Qantarah, ou bien par 'Aqabah, le Sinaï et Suez K
Le petit bétail, moutons et chèvres, est en grande partie immolé sur place. Cependant le commerce est actif entre Jérusalem et les hauts plateaux. Bien plus, depuis l'accroissement de la population en Egypte, des marchands parcourent toutes ces régions pour acheter en gros le bétail et le diriger ensuite vers le pays des Pharaons. Le prix a augmenté du double en l'espace de quelques années. Pour cinq ou six francs on avait un agneau qui est payé maintenant dix et parfois quinze francs.
Le commerce des chevaux n'est pas considérable; les razzias et les marches forcées détruisent beaucoup de montures qui doivent être remplacées.
Kérak et le Gebrd fournissent d'excellents mulets, utilisés pour le transport des fardeaux et le labourage.
Les vaches se trouvent surtout au Belqâ. Les demi-nomades commencent à les élever pour le labourage.
Les brebis, les chèvres, les vaches fournissent le lait. Les indigènes savent préparer le beurre, et en font un commerce actif. Des marchands de Damas se rendent chaque année au Belqâ et en Moab pour le lever sous les tentes et dans les campements, et fournissent ensuite