‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 72 sur 159 · Voir Jacob, Alt-Ar. Beduinenleben, p · texte numérisé non relu

Voir Jacob, Alt-Ar. Beduinenleben, p

2. On dit d'une jeune lille qu'elle est belle comme une chamelle blanche.

3. Evagatorium Fr. F. Fabri in Terrœ Sanctœ Peregrinationem, v. II, p. 382.

Dans ces conditions, on ne pent s'étonner de l'amour du nomade pour son chameau. A sa naissance, il le prend dans ses bras lorsqu'il est encore incapable dose tenir sur ses longues et trop faibles jambes, et il suit sa croissance d'un œil attentif; il a un nom spécial pour le désiiiner à chaque période nouvelle : à l'âge d'un <in, le petit chameau s'appelle /jetcâ)- (y^j-^); il tète encore. A deux ans, il s'appelle safroud {^if-^)\ il est alors éloigné de sa mère et sevré. A trois ans, il est désigné sous le nom de he'iy {^)\ à quatre, sous celui de gad'ah

(isJo^); à cinq, sous celui de [eny {.^'^)\ à six, sous celui de rebà' (çi'-jj); à sept, sous celui de awtcal fatcr [^ Jl!); à huit ans, il est dénommé f/amal ras (^)-^ l>*9^)- D'autres dénominations sont d'un usage quotidien. lôcl (J-j!) désigne un petit chameau, et tout un troupeau de chameaux, ou des chameaux en général; tars iij^j^) signifie un troupeau au pâturage ou en caravane; on dit fréquemment : le fars a été enlevé par la razzia. Be'îr {j^:»-^.) désigne le chameau qui est spécialement destiné à porter les fardeaux; on se sert aussi du mot qe'oiid [^^) pour un chameau monté par un Arabe. Dans ce dernier cas, un terme spécial est usité pour le chameau de race afi'ecté uniquement au voyage de longue haleine, comme razzia, guerre et expédition lointaine; c'est le mot deloul {,uy^)-, apjDlicable au mâle et à la femelle. La chamelle est nommée nàgah (islij.Elle doit avoir quatre ans, être yad'aJi, pour être en état de porter et de produire de robustes petits chameaux. La chamelle ne peut être fécondée que tous les deux ans : elle porte douze mois et garde son lait quinze ou dixhuit mois. L'élevage ne demande pas de soins spéciaux.

Les chameaux paissent en pleine liberté comme les moutons et les chèvres 1 (fig. 13). La reproduction se fait donc aussi naturellement que pour le petit bétail. Le steppe fournit la nourriture suffisante et, sauf les cas d'une fatigue extraordinaire, le chameau, même le deloul, ne reçoit de son maître aucune pitance particulière. On en saisit aisément la raison; la journée entière il peut brouter et chercher sa. pâture. Dans la razzia au contraire, et dans les marches de caravane, le propriétaire est obligé de réparer ses forces en lui distribuant de la paille, ou même de l'orge. Les Arabes du Sinaï achètent à ce dessein des fèves à Suez, car la région est fort pauvre et beaucoup moins plantureuse que les hauts plateaux de l'est.

1. Un berger — quelquefois plusieurs — garde les chameaux dans le steppe; chez les Seljour, pour sa peine, il prend un chameau tous les neuf mois, et il est nourri et vêtu aux frais du propriétaire. Le berger des brebis travaille douze mois, mais sur chaque dizaine de brebis de son troupeau, il garde un agneau pour lui.

Le prix d'un chameau est aussi variable que celui d'un cheval ou d'une jument. En moyenne, pour la somme de deux cent vingt à deux cent soixante francs, il est possible d'acquérir un bon chameau de charge, et pour le même prix on peut se procurer un deloul. Mais le chameau de selle, le « deloul fils de deloul », de bonne marque et de bonne race, coûtera le double. On tient compte de son agilité et de sa rapidité, deux qualités fort appréciables pour la razzia et dans les longs voyages ^. On me cite l'exemple d'un Sahary qui, monté sur un bon deloul, parcourut en une journée la distance qui sépare 'Amman de Ma an, soit cinq stations pour le Hag. Mais c'est une marche forcée, bien que des soldats du Gouvernement, montés à chameau, se transportent aisément de Jérusalem à Gaza en une journée, ou qu'ils fassent en deux journées la course de Bersabée à JafiFa, avec retour, et dévorent parfois en deux heures et demie le chemin de Bersabée à Gaza. Dans les razzias, la marche est souvent rapide et foudroyante; tout le succès de l'expédition en dépend. Quand les nomades, montés à deloul, sont surpris par des ennemis montés à cheval, ils ont rarement l'avantage; les juments sont plus alertes, plus souples, plus promptes. Si un fort détachement de deloul poursuit des cavaliers, ces derniers se déroberont le premier jour, mais le deuxième au soir ils seront rattrapés et battus : car, à une grande agilité, le chameau joint l'endurance contre la fatigue; et c'est une qualité inappréciable. Même dans la razzia le deloul peut rester sans boire pendant quatre à cinq jours, sans éprouver un excès de fatigue. En cas de nécessité, il peut résister six à sept jours aux labeurs de la marche ou plutôt de la course. Il ne pourrait cependant les supporter plus longtemps; la soif deviendrait alors intolérable, à moins qu'on ne se trouve en hiver et en des pâturages où l'herbe fraîche abonde; cette nourriture, en effet, remplace l'eau pendant quelque temps. Si le chameau est laissé en liberté, en semblable pâture , il n'éprouve aucun désir de l'eau; pendant l'été, au contraire, il est dirigé vers l'abreuvoir tous les trois ou quatre jours.

Le chameau altéré ne saurait étancher sa soif en une seule fois ; après avoir avalé quelques litres (c'est le nahil\ il s'arrête et se repose, avant de retourner à l'eau (c'est le 'illeh). Lorsque la razzia est pressée,

1. On distingue trois sortes de marche : la marche proprement dite mu^a (^^•^*); '^ petit trot, dûmel {j-'3^) et le galop, (jûrah [^j^)- Dumel se divise en deux : le habb (^2^a>.") et le tehuzal l \- ojj). Les chamelles au galop sont nommées : aj mesihût, les chamelles qui viennent de loin; b) mag'trût et muhlumlâl, les chamelles qui s'échauffent à la course; c) ma'zamâC, et memargât, celles qui marchent à l'allure rapide.

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on ne laisse boire les cliameauv qn'une première fois. Pour les razzias une parliciilarité est à noter : parfois chaque deloul porte deux cavaliers, combattant l'un en avant, l'autre en arrière; ce dernier s'appelle rédlf (>-i>->,). Un vrai (jeloul, comme une jument de race, ne peut jamais être applique à transporter des fardeaux; l'avilir par ce travail serait un déshonneur pour son maître, et lui imposer une charge froisserait le poli de sou poil et ternirait l'éclat de sa couleur. Aux yeux des Arabes, la plus belle teinte pour le chameau — disons plutôt la chamelle, qui est le (Jeloul préféré — c'est la couleur hamrd (^!,,s^\ rouge clair tournant vers l'or; vient ensuite la couleur mqho f.Ur^), rouge tendre, « tenant le milieu entre le rouge et le blanc », disent les nomades ; la troisième place est réservée à la rnadhà (='-s^^j) le blanc; le quatrième rang est occupé par la mfrà (-[/'^), la couleur jaune : « entre le rouge et le noir », expliquent les bédouins; enfin au cinquième degré arrive la couleur noire, malhà (-^^''), sawdà

(J:>lw), ou samrâ [^J^^)\ les chameaux noirs sont appelés aussi magcilûm (*:^W''\), dénomination appliquée à tout un troupeau. Les meilleurs chameaux viennent de l'est; les Beser et les 'Amarât en élèvent d'excellents.

Le nomade est fier de sa belle monture, de son deloid impeccable et pourtant doux comme une brebis; il se réjouit aussi d'avoir un chameau fort et vigoureux pour transporter son matériel de campement : tente, mobilier, provisions, femmes et enfants; il ne faut pas oublier que le nomade change souvent de place; il est par suite contraint d'avoir sous la main quelques robustes chameaux de charge.

On se sert également des chameaux dans les expéditions pour transporter les bagages et les provisions d'eau, de farine et d'orge. Avant d'engager l'action, on renvoie tous ces ijnpedimenta au campement, ou on fixe un rendez-vous, pour se retrouver après la bataille.

J'ai vu des Arabes se tenir à chameau, sans selle ni tapis; ils se cramponnaient à la bosse, assis sur la croupe. En cette posture, j'en ai rencontré un qui descendait les pentes du Môgib plus rapidement qu'avec une jument. Ordinairement cependant, ils mettent sur le chameau une selle, ^edàd (-!--i), en bois, dont les différents morceaux sont fortement attachés entre eux avec des lanières de cuir; le bois repose sur des coussins de laine ou de crin. Par devant, la selle porte un petit coussin, meïrekah [j^'^'^), sur lequel le cavalier appuie le jarret et le mollet de la jambe droite ou de la jambe gauche suivant qu'il change de position. Deux cordes retiennent solidement le éedàd sur la bosse de l'animal : la corde de derrière, heqab

{^^-^ ; la corde de devant, betûn (^/^)- Au flanc du sedâd on suspend la rdwieh ou l'outre pleine d'eau pour la route.

Certains Arabes mettent un anneau, hezûm {^^y=^)-, au nez du chameau; une corde passée dans cet anneau le dirige ainsi fort aisément, car il n'obéit pas toujours au resen, licou servant à le conduire. Il est plus docile au mihgàn ( .,'>-sr:^^)7 appelé aussi mu an (j'-*^^), bâton recourbé, qui sert à le diriger et à rattraper le resen lorsqu'il échappe aux mains du cavalier

L'estime du nomade pour le chameau fait apprécier sa générosité lorsqu'il l'immole ou le donne à quelqu'un. On connaît le sacrifice du dahieh, consistant en une chamelle, qui ne peut, en principe, être remplacée que par sept brebis. Pour nourrir de nombreux hôtes, le propriétaire de la tente immole aussi un chameau. Lorsqu'un cheikh des Béni Sa'alân ou des Arabes du Néged vient au campement des Sehour ou des Haweïtât, la coutume demande l'immolation d'un chameau en son honneur; il doit au moins avoir un an. Le semât n'existe pas pour les petits chameaux i.

Le chef trouve encore dans ses chameaux le moyen de pratiquer la générosité en les donnant ou en les prêtant.

Si le chameau d'un pauvre bédouin a été pris à la razzia, le chef en donne un autre pour le remplacer; c'est une 'atleh (J^.-^-j, ou mahnah (^^^)-

Lorsqu'une famille pauvre a besoin d'un chameau pour se transporter en quelque endroit éloigné, elle s'adresse au cheikh qui le lui prête pour ce travail; de même, lorsqu'une famille est dans la gêne, trouvant à peine une nourriture suffisante, elle demande un secours au cheikh, qui met à sa disposition une chamelle pour deux, trois ou

cinq ans; c'est une zamûleh (^^\) ou une hallâbeh (à^^^) si on peut la traire et la charger en même temps. La chamelle manûheh (^y^) est prêtée dans les mêmes conditions que la zamîdeh; l'individu qui la reçoit en dépôt la fait paitre, en a soin, et utilise son lait. On me cite un Sarâry, nommé 'Aswadeh, qui garde chez lui une manûheli depuis cinq ans.

La nahûleh (^j^), appelée aussi nekût (-^-^) chez beaucoup d'Arabes, est une chamelle, quelquefois aussi une jument et même une brebis, donnée en une circonstance particulière. Quand un enfant vient au monde, ce n'est pas le père qui détermine le nom du nouveau-né, mais un parent ou un voisin ; en même temps il fait un cadeau à l'enfant en lui présentant la nahûleh. D'après l'explication d'un

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