‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 77 sur 159 · Allai), sous-entendu · texte numérisé non relu

Allai), sous-entendu

280 COUTUMES DES AHAIJES.

ainsi (|iie Toiiâl saluait une pauvre Ijédouinc pliant sous le faix « UuWllali fortifie ta barbe, » répondit la vieille. On emploie aussi, comme équivalent de sah'nn, surtout dans la réponse, le mot (ify, 'awûfij. En prononçant ces paroles, on ne fait aucun geste ni de la tète, ni de la main; chacun continue tranquillement sa route.

La seconde manière de se saluer est usitée surtout dans les rencontres entre amis, ou lorsqu'un bédouin, arrivant du désert, se présente au milieu d'un groupe de sa tribu ou de la tribu voisine. Après les paroles de paix, on tend la main aux personnes présentes et on la ramène sur son cœur, en répétant les questions : « Keïf ente, comment vas-tu? » Après celte première manifestation du contentement réciproque de se revoir, chacun prend place sur le tapis, et le nouvel arrivé reçoit à nouveau la paix de tous les assistants, lui envoyant chacun à leur tour un salàm cordial, auquel il répond : a Allah iusallimah', Allah te conserve en paix. » Au Négeb, les bédouins ont une tendance à répéter ces formules. Depuis un quart d'heure, quelquefois depuis une heure, le nouvel arrivé est en pleine conversation lorsque une voix l'interpelle en ces termes : « A un tel, beaucoup de paix » [salamàt], et l'autre de répondre : Salâmdt.

Lorsque ce sont des amis ou des bédouins estimés qui se rencontrent, ils emploient des salutations plus solennelles; ils s'embrassent trois fois, se mettant front contre front et faisant vibrer leurs lèvres en signe d'afiection.

Le salut donné à quelqu'un peut être une banalité dans une rue de nos cités modernes ; il a une importance plus grande au désert où le voyag-eur est toujours sur le qui- vive. Un Arabe qui ne donne pas la paix est un ennemi, et sera traité comme tel. S'il passe auprès d'un campement sans donner le moindre signe d'amitié, il tombera aussitôt en suspicion et parfois sera contraint par la force de donner des explications sur sa conduite. Le fait nous est arrivé. La caravane biblique était campée au Hammam ez-Zerqâ, lorsque trois Arabes de la tribu des Ta'âmreh descendirent les pentes escarpées de la gorge, passèrent devant nos tentes sans rien dire, prirent un bain dans l'eau sulfureuse de la source et disparurent. Un de nos g-uides, Ibrahim at-Touâl, les avait suivis du reg-ard; soupçonnant un mauvais dessein de la part de ces maraudeurs, il prend avec lui un des soldats qui nous accompagnaient et, montant à cheval, il les atteint, les oblige à s'arrêter et à parlementer; cette précaution n'était pas inutile dans un endroit si escarpé et si mal famé.

Dans les voyages, une des premières questions posées parles Arabes à eux qu'ils rencontrent, est la suivante : « Qui es-tu? » et le voya-

geur doit se faire connaître, à moins qu'il n'ait devant lui un ennemi ou ne médite lui-même un mauvais coup'. Ordinairement, il dit le nom de sa tribu : il est un Haweïty, un Béni Saher ou Sahary, ou un Eben Gâd. Les nomades ont une pénétration surprenante pour se reconnaître les uns les autres; mais comme, en voyage, ils ont le visage couvert par le kefleh-, ils ne peuvent être connus et sont par suite contraints de s'expliquer; parfois ils auraient grand tort de le refuser. Quand un seul Arabe, en route, rencontre un groupe important, il se découvre généralement le visage ; on le découvre aussi quand on pénètre dans un campement, à plus forte raison lorsqu'on se dispose à recevoir l'hospitalité dans une tente. A Mâdabâ, on a vu des Sehour entrer chez le moudlr le visage recouvert du kefieh; c'est un manque de respect qu'ils ne se seraient pas permis avec le. cheikh d'une autre tribu.

Le nomade est grand voyageur ; les changements continuels de campement en sont une cause, mais la nécessité de connaître les chemins et de fréquenter les tribus voisines est un motif bien plus puissant. La connaissance du pays est indispensable à qui veut exercer une influence dans sa tribu; elle lui est nécessaire pour fixer un campement, diriger une razzia, organiser une expédition, porter secours à un ami en détresse. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer en plein désert, dans les gorges sauvages des bords de la mer Morte ou de la 'Arabah, des jeunes bédouins au nombre de trois ou quatre, faisant leur première tournée. Près de Sebbeh, j'ai trouvé un jour un cavalier de dix -huit ans qui explorait tout seul le pays et à Kornoub, une autre fois, trois Ilaweïtât à pied examinant les routes qui de la Arabah conduisent au Négeb.

A la connaissance du pays, le nomade intelligent doit joindre la pratique des hommes notables des tribus voisines. Il lui est indispensable de démêler leur caractère pour la sécurité de la tribu et le maintien des alliances. A cet effet, le jeune bédouin entreprend une visite aux différents campements voisins, se met en rapport avec les chefs, assiste aux réunions toujours publiques sous la tente, et pose ainsi les bases de son éducation. Il fréquente des tribus plus ou moins éloignées selon sa hardiesse modérée souvent par ses ressources. S'il est contraint de voyager à pied, les difficultés de la route l'arrêteront, bien que les Arabes soient en général d'excellents marcheurs. Mais s'il s'agit d'un bédouin riche, jouant un rôle dans sa tribu, il possède

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