‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 83 sur 159 · Cf · texte numérisé non relu

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COUTUMES DES .\n.\r.ES, 19

percevaient. Le soir, ils attendaient patiemment que le soleil eût complètement disparu derrière l'horizon avant de goûter leur pain et leur maigre pitance, et le malin, longtemps avant l'aurore, ils avaient fini leur dernier repas, .liii vu un Arabe refuser un remède urgent sous prétexte qu'il ne devait pas rompre le jeûne. Môme un cerlain Mohammed, (jui m'avoua n'avoir jamais prie, gardait fidèlement le jeûne du ramadan. Mais tous les bédouins delà région ne l'observent pas avec cette rigueur. A plus forte raison constaterons-nous le rel<\chement sur les plateaux de Moab, parmi les tribus indépendantes. Sans doute, la coutume du jeûne refleurit maintenant sous l'influence du qà(Ji/Q:[ des autres employés du Gouvernement à Kérak et à Ma 'an, mais lorsque les Arabes étaient laissés à eux-mêmes la ferveur était bien moindre. Dans ces localités, il y avait cependant un plus grand nombre de fidèles musulmans à observer le jeûne, que dans les campements des Hamâ'ïdeh, des Haweïtât, des Sarârât ou des Béni Saher, où il n'était nullement en honneur. Beaucoup de ces derniers n'en tiennent aucun compte, même après les récentes prédications des missionnaires musulmans. Les Sarârât ne s'en soucient nullement, ainsi que les llagâïâ. Chez les Béni Saher, Mohammed ed-Diâb, frère de Talâl, voulut jeûner, il y a quelques années. A peine avait-il commencé son ramadan, qu'il fit une chute et se cassa un bras : « Voilà que j'ai jeûné et je me suis cassé le bras, dit-il en colère; au diable la prière et le jeûne! « Depuis lors il ne jeûne plus.

Le jeûne est généralement accompagné d'un autre acte religieux, de la prière. Nous verrons ci-après les invocations des Arabes aux wélys et aux ancêtres; il s'agit, pour le présent, de la prière adressée à Allah. Au désert, elle est fort peu en usage. J'ai vu de très rares bédouins faire leur prière. Peut-être se croient-ils déshonorés par les nombreuses prostrations qu'elle comporte! Us laissent aux fellahs ces pratiques peu appréciées; peut-être aussi leur mésestime vient-elle de l'ignorance. Ainsi l'a cru le Gouvernement, qui depuis la conquête a envoyé dans les campements des \demas pour enseigner « la prière et les prostrations ». Les nomades les ont regardés curieusement s'incliner, frapper la terre du front, porter les mains à la tête, les croiser sur la poitrine, les aligner sur les flancs. « C'est la prière des efendys, » ont-ils dit, mais aucun ne les a imités. Chez les Béni Saher, un Arabe influent assista un jour à une de ces répétitions; lorsque la leçon fut achevée, il s'adressa au maître en ces termes : « Maintenant que tout est fini, viens manger le mouton et retourne à Damas; nous avons suffisamment vu. » Par des motifs d'intérêt, quelques chefs, 'Arâr eben Gâzy par exemple, se sont fait initier à l'art

de la prière et se soumettent à ces pratiques quand ils vont au Sérail. En dehors de la vie officielle, ils n'en font aucun cas, d'accord en cela avec les autres nomades. Au Négeb, j'ai vu quelques Arabes prier, quoique rarement. Je demandai un jour à Mahmoud, un de mes guides, s'il priait Allah : « Je ne l'ai jamais fait, » répondit-il simplement. Il crut remarquer en moi un mouvement de surprise et ajouta aussitôt : « Je ne prie pas Allah, mais je suis un homme fidèle, je ne trahis pas et je te servirai toujours '. »

Bien que les Sarârât soient les bédouins qui se livrent le moins à cette pratique de religion, j'ai pu me procurer la prière de l'un d'entre eux ; je la donne comme spécimen.

« G Allah! 0 Allah! 0 Allah! La prière est arrivée et Allah l'a établie, et il nous détermine à prier.

Louaiige à Allah! Louante des pays à cause de la pluie, louange de la femelle à cause du mâle, louango de l'œil à cause de la vue, louange de quiconque a vu une chose honteuse et l'a cachée.

0 toi qui eflaces les mauvaises actions, efface mes méfaits;

O toi qui supputes les bonnes actions, tiens compte de mes bienfaits.

Fais-moi miséricorde, et fais miséricorde à mes morts.

Je me réfugie auprès de toi contre les deux nègres qui tiennent à la main la malraque à deux fers, qui frappent l'un sur la tête et l'autre sur les deux pieds.

Je demande pardon à Allah de ce que j'ai trouve agréable; je demande pardon à Allah de ce que j'ai négligé; je demande pardon à Allah des obligations que j'ai négligées.

Et aie pitié de moi, vivant et mort '-. »

Etant donné le peu de cas fait de la prière, on peut s'étonner à bon droit de l'emploi exagéré du nom d'Allah, au cours de la conver-

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