‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 86 sur 159 · Le icély Sayyûd est plus craint qu'Allah · texte numérisé non relu

Le icély Sayyûd est plus craint qu'Allah

il faut apaiser sa colère. » Aussitôt ses parents prennent une chèvre et vont l'immoler sur le tombeau indiqué. L'iufortunr Uezeq se remit promptemont de ses meurtrissures; puis il pul)lia partout la puissance du cheikh la'qoub. Aujourd'hui personne n'oserait passer auprès de ce irchj sans lui adresser un snhim, ou lui promettre un sacritice.

Au sommet du gébel Abou Temeïs, un des pics du gébel Druse, a été fondé un sanctuaire nouveau en l'honneur d'el-Messîh. Les motifs et les circonstances de cette inauguration dépeignent d'un trait trop vigoureux les sentiments religieux' d'un peuple peu connu, pour n'être pas rapportés, quoiqu'ils sortent un peu du théâtre de nos observations. A la lin d'une longue journée de labeur, Selim, un paysan de Mif'aleh, s'endormit au pied delà montagne. Pen^lant son sommeil, un personnage lui apparut et lui dit : « Je suis el-Messïh; je veux être honoré ici sur celte montagne où j'habite : qu'on m'y bâtisse un sanctuaire; les gens viendront m'y oifrir leurs hommages, les malades seront guéris et tous seront bénis d'Allah à cause de moi. » Le matin venu, Selîm expose à ses concitoyens la mission dont il a été chargé. D'un commun accord, les Druses décident l'établissement du sanctuaire. Aujourd'hui, c'est le rendez-vous des Musulmans, des Druses et même des Chrétiens, qui demandent à el-.Messîh protection et guérison. J'interrogeai mon interlocuteur pour savoir si les visiteurs avaient été exaucés ou avaient reçu quelque grâce spéciale; il a déclaré ne connaître aucun fait particulier : « Mais, ajoute-t-il, el-Messïh ne trompe personne; il protège ceux qui lui offrent des présents. » La montagne Abou Temeïs commence à être connue sous le nom de Gébel el-Messïh.

Dans l'esprit et la vénération des Druses, el-Messïh a un frère nommé Mahdy, honoré surtout dans son célèbre sanctuaire situé près du village de Mardouk.

La guerre récente et désastreuse faite aux Druses amena la destruction radicale du mazâr; en 190i seulement, des mains pieuses commencèrent à le rétablir. Malgré une répugnance extrême, les Druses ont dû faire figurer le inihrOh, signe caractéristique de l'Islam, dans la nouvelle bâtisse ; ainsi l'a décidé la volonté du vainqueur. Le monument mesure, à peu près, cinq mètres de long sur trois et demi de large; la voûte est construite sur le tombeau qui ne recèle pas nécessairement les cendres de Mahdy; les Arabes et autres peuplades, en Orient, regardent le tombeau très souvent comme un monument élevé en l'honneur du mort, non pour abriter ses cendres, mais pour marquer le lieu où il manifeste sa puissance et peut recevoir des présents. Ainsi en est-il pour el-Messïh qui, d'après les

Druses, habite surtout à Jérusalem, mais a voulu, en ces derniers temps, se révéler au Gébel ed-Druse. Le tombeau de Mahdy est couvert d'étoffes aux couleurs étincelantes; malheur au sacrilège qui oserait y toucher; sur-le-champ, il expirerait auprès du tombeau! Tout à côté, se trouve un petit berceau [inahad) destiné à recevoir les enfants malades, voués par leurs parents à Mahdv ; « on les apporte au sanctuaire; on les dépose dans le berceau et ils sont guéris ». Le nom de Mahdy, qui signifie : guide dans la voie de Dieu, a été rapproché du mot inahad, « berceau », et cela suffit à la croyance populaire pour faire de Mahdy le protecteur du berceau, maliad, et par extension, des petits enfants, quoique, au point de vue étymologique, il n'existe aucun rapport entre mahdy, « guide » et mahad, « berceau ». — Fréquemment les Druses viennent auprès de Mahdy sacrifier un mouton; le sang de la victime est répandu sur le tombeau, et la chair est distribuée aux assistants.

L'histoire suivante m'a été racontée à Mtâdabâ et à Kérak, par plusieurs Arabes. Au Zerqâ, non loin de 'Ammcân, se trouve un ivéhj célèbre, objet d'un culte régional très étendu; il porte nom cheikh Hanz'ir (sanglier). Un fellah travaillait au Zerqâ; il aperçut un sanglier, le tua, lui coupa la tête qu'il ensevelit. Réunissant ensuite des pierres, il fit un riigiim et dit en plaisantant : « Ceci est le cheikh Hanzîr. » Un autre Arabe vint quelque temps après labourer son champ, tout à côté. Apercevant ce rugum, il crut que c'était le signe indiquant un wélij ; suivant l'usage fréquent en ces contrées, il déposa sous sa garde ses instruments aratoires; survint un autre fellah qui aperçut les instruments, s'en empara et voulut les utiliser pour le labourage. Mais à peine eut-il attelé ses bœufs que les animaux refusèrent d'avancer et l'un d'eux tomba frappé d'une pierre lancée par une force invisible. « J'ai volé le wély , » s'écria le fellah. Il s'empressa de remettre à sa place le joug dérobé; et la crainte du loély Hanzîr se répandit aux environs.

A Saq'ân, situé à mi-hauteur des montagnes qui s'élèvent du Gôr à Hesbân, se trouvait un rugum inconnu. Dans sa course errante, un chasseur passe tout auprès, et aperçoit une gazelle qui se reposait à l'ombre; aussitôt il la vise et tire; mais il la manque. Pendant que la gazelle s'enfuyait, il est saisi de stupeur en remarquant en sa personne un changement étrange; il n'a plus la nature d'un homme ; il est devenu femme : « Cette métamorphose, dit-il aussitôt, ne peut s'expliquer que par l'action d'un wély ; il a été irrité de me voir tirer sur une gazelle réfugiée auprès de lui; il m'a châtié. » Couvert de confusion, il retourne à son campement, raconte à sa parenté l'étrange acci-

dent dont il est la victime, et demande conseil pour apaiser le loéli/ et récupérer son premier état. Les anciens lui disent : « Prends une brebis et va limmoler au ivél;/. » Entouré de s;» parenté, il se rend au ru(jum, oflVe son sacrifice, et passe la nuit en ce lieu sacré, la tête appuyée sur la pierre au-dessus de laquelle se tenait la gazelle. Il dormit, et à son réveil il se trouva redevenu homme.

Parmi les Izâ'ïdeh, un clan tout entier est considéré comme méritant le titre wélt/ après la mort. C'est celui des Fasâtleh. Ils sont tous au même endroit et reçoivent un même culte.

Le cheikh Sâdely est Tinventcur du café, ou tout au moins le premier qui en enseigna l'usage aux nomades et peut-être même à l'humanité tout entière. A cause de ce service signalé, il est devenu un ti'é!// par la vie duquel on jure, on prête serment, comme par As 'ad ou Toueïm. On l'honore surtout en lui faisant hommage de sa précieuse liqueur. Chaque fois que sous une tente on prépare le café , la première tasse est lépandue à terre : « Ceci est pour le cheikh Sâdely, » dit le propriétaire ou celui qui l'a préparé, en le versant à côté du foyer. Sâdely (Schâdeli) serait le fondateur de la ville de Mokha^.

Si la cafetière est renversée par mégarde, on ne se fâche pas; c'est le cheikh Sâdely qui a « pris son droit ».

Non seulement les hommes, après leur mort, peuvent obtenir le rang de icélf/ et recevoir les hommages des mortels, mais les femmes elles-mêmes ne sont pas exclues de cette glorification. Au sud de Gedeïd, auprès du Nébâ, se trouve le tombeau de Refa'ïeh, C'est une femme qui appartint à la tribu des Bély. Elle vint chez les Izâ'îdeh; on admira ses vertus, et après sa mort on la déclara ivélieh. De nombreux prodiges illustrent son tombeau.

A Ma'ân il existe un culte spécial pour une wélleh qui porte nom : Banàt el-aïn ([^^' O''-^)? « les filles de la source ». Le pluriel indique qu'elles sont plusieurs, cependant on dit ivélieh au singulier. Il n'y a point de tombeau; on vénère un simple mur avec des niches audessus de l'eau courante. Mais la force surnaturelle des « filles de la source » y réside, et y réclame un honneur spécial de la part de la gent féminine.

'Umjn Gedefah est une wélleh fort célèbre à Ma'ân, Derrière un petit mur en terre, sur le bord de l'ouâdy rempli d'arbres fruitiers, se dresse un rocher (/ôr), dont la paroi décrit une courbe en s'élevant à deux mètres au-dessus du sol et forme une espèce de petite grotte. Quel rapport peut-il exister entre ce bloc rocheux et un sanc-

Page 1