Cf. NiEBtHR, Description de l'Arabie, t. II, p
tuaire? la tradition locale chercfie à l'expliquer. Elle raconte qu'une femme s'abrita un soir sous cette roclie pour y passer la nuit. Pendant son sommeil, elle vit un serpent sortir de la pierre et s'approcher de son oreille; en même temps, elle entendit une voix qui lui disait : « Je suis la wélleh du rocher. » Une autre fois, ce fut une femme qui apparut en songe à une personne endormie au même endroit : « C'était Tesprit du rocher qui se manifestait. » Ces phénomènes mystérieux se multiplièrent, dit-on, et accréditèrent la renommée de cette roche, nommée 'Umm Gedeï'ah qu'on pourrait traduire par « la mère de la petite mutilée, » à moins que Gcdeï'ah ne rappelle un nom de serpent ou d'un autre animaU. Quoi qu'il en soit de l'étymologie, ce lieu attire les femmes de Ma 'an qui s'y rendent en grand nombre pour obtenir une faveur ou demander la. guérison d'une maladie. L'épouse frappée de stérilité se dirige vers la roche vénérée pour se reposer à son ombre et se frotter le corps contre la pierre ou avec de la terre prise au pied du rocher; elle retourne à sa demeure avec la ferme conviction quelle sera bientôt mère. Et la mère infortunée qui voit son enfant dévoré par la fièvre ou affaibli par une autre maladie, le porte au sanctuaire de 'Umm Gedeï'ah qui le guérira, « si Allah le veut ». Dans leurs fréquentes visites, les femmes montrent leur dévotion envers la wélleh en baisant la roche, en l'oignant de henneh et en y brûlant des parfums. Elles aiment aussi à se réunir un certain nombre et à faire un repas en l'honneur de Umm Gedeï'ah, wélleh sacrée qu'on ne saurait déprécier en leur présence sans s'exposer à de vives récriminations.
A vingt minutes de Uumeileh dans la direction du S.-O., sur la hauteur, on aperçoit un monument qui produit l'impression d'être souvent visité par les bédouines. Attachés à une corde tendue devant la petite porte, des chilfons en nombre considérable forment une sorte de guirlande, sans cesse agitée par le vent. C'est le riigum et le tombeau d'el- 'Allah (i-JW!), une femme de Kérak, dont le frère fut enrôlé de force clans les troupes d'Ibrahim Pacha. Dans une rencontre qui eut lieu près de là, son frère fut tué par un cavalier des Béni Saher, et ellemême fut prise et demeura captive. Elle refusa de s'éloigner de l'endroit oii était tombé celui qu'elle avait tant aimé. A sa mort, elle fut honorée à l'égal d'une sainte et on marqua d'un petit monument l'endroit où reposaient ses cendres. Aujourd'hui, aucune bédouine — il est bien naturel que ce tombeau de femme soit honoré surtout par les femmes — ne passerait à côté sans déposer un objet quelconque, ne fût-ce qu'un pauvre morceau d'étoffe, en témoignage de vénération. Les