‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 88 sur 159 · Cf. Lisûn, ad verbum · texte numérisé non relu

Cf. Lisûn, ad verbum

hommes aussi honorent ce ntf/inn sur lequel j'ai vu des douilles de balles et deux fers à cheval au milieu d'autres pacotilles (fig-. l'r).

Interrogé sur le sens attache par les visiteurs à ces actes de dévotion, les Ka'âbneh, chez lesquels j'étais descendu dans l'ouridy el-Butum, ont répondu d'une manière évasive, prétendant que c'était simplement « occupations de femme et dévotions féminines >>.

Mon but n'étant pas de mentionner tous les wélf/ honorés au pays de Moab, je ne poursuivrai pas une énumération qui, du reste, n'ajouterait probablement aucune notion nouvelle et serait peut-être fastidieuse, surtout si je voulais m'étendre jusque vers le l.lawrân, où chaque sommet est couronné d'un tomi)eau consacré à un saint'. Plusieurs penseront peut-être que mon récit est déjà trop long- sur un sujet aussi vain que celui de l'origine de pareilles légendes; d'autres verront sans doute l'intérêt inhérent à l'étude objective de la manifestation spontanée du sentiment religieux chez ce peuple sémitique. La connaissance des phénomènes actuels paraîtra d'un grand secours, sinon d'une nécessité absolue, à quiconque voudra pénétrer les religions sémitiques anciennes; c'est la pensée qui a soutenu l'auteur de ces lignes en de telles recherches; c'est le même sentiment qui le porte à expliquer maintenant la conception des Arabes sur l'action du ivélf/.

Sur l'aire de Môteh, au milieu de nombreux Arabes faisant cercle autour de nous, un Sarriiry, interrogé sur la puissante activité du iveh/, ne craint pas d'affirmer que vaine est sa puissance et inutile son intervention si Allah ne lui accorde la permission d'agir. De son propre chef, il ne saurait apporter un secours efficace ni causer un préjudice quelconque. Mais son crédit est grand auprès d'Allah qui l'a déclaré son wélf/, son ami. C'est dans cette intimité que se trouve, d'après les Arabes, la véritable cause du pouvoir extraordinaire attribué à cet être surhumain. En fait, il est considéré par la plupart des Arabes, qui ne réfléchissent guère, comme agissant de lui-même, en une sorte d'indépendance qui lui donne presque un pouvoir discrétionnaire sur les pauvres mortels. Au serviteur fidèle qui le lui demande, il apporte un secours efficace dans une entreprise ardue, comme la guerre ou la razzia, ou un appui victorieux dans une situation désespérée, en temps d'épidémie par exemple ou dans une grave maladie qui le conduit aux portes du tombeau, ou menace l'existence d'un être cher à son cœur. En toutes ces occurrences, le ivéli/ se manifeste comme un défenseur et un libérateur. Là ne se borne pas son

1. Évidemment, chaque tribu possède plusieurs wéhjs; on m'a affirmé cependant que les Fâîz n'avaient point de mazûr et qu'ils se contentaient d'honorer Fendy, leur ancêtre, lorsqu'ils descendaient au G5r.

RELIGION. 30o

rôle, car son intervention est réputée constante dans la prospérité du nomade, dans la multiplication de la famille, aussi bien que dans Taccroissement du bétail. Dans l'intérêt de la clarté, j'insisterai sur les quelques points que je viens de signaler.

Lorsqu'une expédition guerrière se prépare, le chef n'omet jamais de faire un vœu à l'ancêtre ^ Il place par cet acte de déférence filiale toute son entreprise sous la sauvegarde puissante du père commun de la tribu. Bien souvent, cet ancêtre a été élevé au rang de R'e/y et recueille alors à double titre les hommages des fidèles. Mais il arrive aussi qu'au nom de l'ancêtre est adjoint celai d'un irély célèbre, dont l'assistance est implorée pour la bonne réussite de l'entreprise. Le puissant Ga'far est l'objet fréquent de ces supplications, lorsque les nomades installés dans la contrée prennent les armes pour une région lointaine. Au milieu du combat, dans une poursuite elfrénée contre l'ennemi, une invocation au wély monte rapidement aux lèvres du guerrier qui, par un dernier effort, va mettre la main sur sa proie. Bien plus prompt encore se produit cet appel chez celui qui est lui-même poursuivi par l'ennemi sur un champ de bataille ou dans une déroute. Sa pensée se porte aussitôt vers le protecteur qui l'arrachera au danger. D'après quelques Arabes, cependant, l'invocation, en ces circonstances, est surtout adressée à l'ancêtre, qui serait ainsi plus spécialement chargé de veiller à la conservation de son sang dans sa postérité.

En observant les pratiques des nomades et en tenant compte de leurs assertions, on peut croire que le œéhj est considéré comme un grand guérisseur des misères humaines. La maladie vient d'Allah; le icéhj, cet ami de la divinité, peut la faire disparaître; on gagne ses bonnes grâces par le vœu de lui immoler une victime ou de visiter son tombeau. Un Arabe du Belqâ voit son fils en danger de mort; il promet aussitôt de le porter au tombeau d'Aba'l-Ganâm, s'il retrouve la vigueur première. Pour se remettre d'une maladie, on va dormir auprès du tombeau d'un ivély afin d'être guéri par lui pendant le sommeil.

A Kérak on visite Nouh pour obtenir la guérison d'une maladie. Giriès, un chrétien catholique, avait son fils âgé de trois ans dangereusement malade. Pour obtenir son retour à la santé, il fait un vœu à Nouh, prend son enfant entre ses bras, le porte au tombeau, en fait le tour, le lui fait toucher et ramène son fils à la maison, persuadé du succès de la visite.

Toujours à Kérak, le wély Bedaïwy est aussi visité par les malades

Page 1