CHAPITRE PREMIER
§ 1. Famille.
Avant d'étudier la constitution de la famille bédouine, d'en signaler le commencement, d'en suivre le développement et d'en noter le caractère spécial, il ne parait pas inutile de mentionner les dénominations actuellemeut en usage. C'est un moyen d'écarter l'amphibologie et d'avancer avec une certaine sécurité dans cette étude. Si les explications ne sont pas assez claires pour procurer une lumière capable de dissiper toute obscurité, on voudra bien l'attribuer au sujet traité ainsi qu'à la méthode suivie. Cette méthode consiste à enregistrer des faits et à rapporter les conceptions et les manières de voir des nomades sur un certain nombre d'objets, sans chercher à établir une thèse subjective, sans même apporter, sur des récits plus ou moins légendaires, une appréciation quelconque laissée à l'esprit critique du lecteur.
Le terme 'ahel (J^^) est usité pour désigner la famille, non point considérée dans toute son extension, comprenant toute la parenté, mais restreinte à la descendance directe. Le père est natuiellement le chef et le principe de cette \ïhel, qui tire surtout son importance du nombre et de la capacité des enfants mâles. On ne dira pas en effet d'une famille arabe qu'elle est illustre si elle ne compte pas — ou n'a pas compté — un certain nombre de fils; car le père n'a aucun sujet de se glorifier de ses filles. S'il faut en croire quelques nomades, à peine ces dernières entrent-elles en ligne de compte dans la constitution de r 'ahel.
Il ne suffit pas à un homme d'être légitimement marié et d'avoir des enfants pour constituer une 'ahel qui portera son nom, et formera un tout sous sa direction; une autre condition est requise : cet homme ne doit plus habiter sous la tente paternelle, mais avoir son « chez soi » indépendant, sa maison à lui. Concrétisons cette notion dans un fait sur lequel nous aurons à revenir. Le cheikh Sâleh, à Mâdabâ, laissa
quatre fils : Selmân, Awdeh, lousef et Boutros. Les deux premiers se marièrent de son vivant et continuèrent ù habiter avec lui dans la même demeure, et le «< vieux » S.ïleh, comme on se plaisait à l'appeler, se réjouissait de voir ses petits-fils croître auprès de lui comme de vigoureux rejetons; ils étaient sa gloire, car aux yeux de tous, ils formaient bien sa maison, à lui, son 'ahclK Tous disaient, en parlant d'eux, qu'ils appartenaient à 1' \ihcl Sâleli. On n'avait pas le droit de diviser la famille et de dire qu'un tel faisait partie de l' 'ahel Selmân, et un autre de 1' 'ahcl 'Awdeh; tous ensemble, fils et petits-fils, ne constituaient qu'une seule 'ahcl, celle deSâleh. Supposons maintenant que Selmân et 'Awdeh, lors de leur mariage, eussent quitté la demeure de leur père, pour s'établir chacun séparément, dans des habitations distinctes; aux yeux de tous, ils auraient fondé une 'ahel nouvelle qu'on n'aurait plus appelée 'ahel Sâleh, mais 'ahel Selmân, 'ahel 'Awdeh. Le mot 'ahel signifie donc la famille prise au sens strict comprenant le père, la mère, les enfants et les petits-enfants vivant sous un mêmechef et sous un même toit. Les deux conditions paraissent également nécessaires. Si plusieurs frères, même après la mort de leur père, continuent à vivre en commun, partageant la même tente, divisant entre eux leurs revenus, le nom du père se maintiendra toujours jusqu'à ce qu'il soit remplacé par le nom du fils aine qui gardera la direction des affaires et donnera son nom à la maison. Le cas se réalise dans la famille que nous étudions. Les quatre fils de Sâleh sont tous mariés maintenant et pères de nombreux enfants; ils vivent en commun, sous la direction de l'aîné, Selmân. Les gens de la tribu non moins que les étrangers connaissent F 'ahel Selmân, bien que la pre-
1. L'emploi actuel du terme ^ahel n'est pas en désaccord avec la tradition littéraire. Dans le Lisân on dit : « ï'ahel de l'homme et ï'aliel de la maison » ( l-v J| A»!, ,\~M A*h ; on trouve aussi 'ahel el-Qor'ân, « ceux qui admettent et suivent le Qorân «, et 'ahel Allah. On dit aussi 'ahel al-lslûm, « les musulmans ». Freytag explique ce mot : « populus, homines qui ad aliquem vel hominem vel locum vel regimen, institutum aliquod pertinent». Pour W. R. Smith {Kinship..., pp. 26. 202), 'ahel désigne une famille ou un groupe apparenté par le sang. L'arabe \jt\ est comparé à l'hébreu SriN auquel il faudrait peut-être appliquer les différentes nuances du mot arabe. INôldeke (Z. D. M. G., t. XL, p. 154) a mis en doute l'équivalence de l^j z=z h~k parce que le syriaque po^ qui répond à l'arabe U.'
signifie troupe et non pas tente. Mais le mot syriaque paraît dépendre de l'arabe pour la forme et pour le sens; ""ahl ( \^\'\ signifie troupe, réunion d'hommes soumis à quelqu'un, comme le syriaque Ihal a le sens de cohorte, troupe organisée dépendant d'un chef. On ne voit donc pas comment l'intervention du syriaque 'thaï empêche l»! d'égaler Shn quoique l'hébreu garde surtout le sens de tente ou d'habit'alion et l'arabe celui de gens de la maison ou de la tente.
L'assyrien âlïc signiûelicu, localité, ville, et se rapproche plus de l'hébreu que de l'arabe.
mière dénomination d' 'ahel Sdleh soit encore usitée : « parce que, me dit-on, ils habitent toujours tous dans sa maison ».
Quand on veut distinguer ces différentes familles issues de Sâleh on se sert du terme courant 'lâl (J'^), qui désigne les enfants du même père. Dans le cas qui nous occupe on dira : 'ml 'Awdeli, 'ml Boutros ', mais on ne dira pas : 'ahel Boutros.
Il existe ce qu'on peut appeler la famille artificielle. Deux hommes mariés ou célibataires conçoivent le dessein de réunir leurs efforts dans une vie commune. Ils convoquent un certain nombre de témoins et en leur présence ils immolent une victime appelée dah'ihet er-rvag ou éât er-rûag [i^^f ^^) « victime du riiag (ou de la tente) ».
En répandant le sang, ils disent : « par la vertu de cette (JablheJi nous sommes devenus une seule famille ». Désormais tout est en commun : habitation, nourriture, travail, gain et perte. On les regarde comme membre d'une même 'ahel; le verbe employé pour désigner cet acte est ta'ahhal (Jib) c'est-à-dire devenir une seule famille.
Le terme beit [-:i^.) désigne l'habitation en tant que lieu circonscrit et déterminé; qu'il s'agisse d'une maison en pierres, ou d'une tente, on emploie indifféremment ce mot, sauf à écarter l'amphibologie par une adjonction. Fréquemment, j'ai entendu les Arabes me parler de la maison de pierres (/F^ ^^^.:^) par opposition à la maison de poil j»^ "-^~) se rapportant à la tente. A côté de cette signification littérale, presque matérielle, on rencontre le sens figuré, s'appliquant aux ancêtres. On dira : la maison d'un tel (j^ '-^) est illustre, pour affirmer sa noble origine, comme nous exprimons une idée analogue en des expressions équivalentes : « il est de telle maison, de la maison de Bourbon, etc. » -.
Les Arabes se servent encore du substantif beit en parlant de leurs parents, à supposer cependant qu'ils vivent ensemble. Il n'est point rare d'entendre des phrases comme celle-ci : « ma maison {^^.) s'accroit», ma maison prospère, pour indiquer le développement de la parenté 3.
1. D'après Sartouny (diction.) 'lâl se dit de tous ceux qui habitent avec l'homme et qu'il nourrit : femmes, enfants, domestiques.
2. W. R. Smith (op. lainl., p. 202) a noté que beit au temps de l'ignorance était synonyme de maison princière.
3. Chez les nomades, je n'ai entendu que rarement employer le mot dâr (j'^) pour signifier inoison. Le terme n'est cependant pas inconnu, non seulement dans son acception de lieu habité ou campement [doiiûr surtout en Afrique), mais dans le sens de maison privée. Pour l'usage ancien, cf. Ag., 15, p. 162, 1. 24. Dâr est aussi employé dans le sens de groupe allié; cf. W. R. Smith, op. laud., p. 277, mais je n'ai pas saisi cette façon de s'exprimer chez nos bédouins.
1 \ COUTUMES DES AHARES.
Lo paragraphe spt'cialemeut consacré au mariage, A la description (les préparatifs de la fête, de la cérémonie elle-même, des réjouissances hahiluclli's en pareille occurrence, fera connaître au lecteur les débuts de la i'amille n(»inade. Il serait superllu de rappeler ici ces détails, qui auront mieux leur place dans un autre endroit, et nous commençons tout de suite à étudier les époux dès l'aurore de leur vie nouvelle. Si le mari ne veut point quitter la maison, ou la tente paternelle, il aura à son usage la partie de Thabitation qui lui sera assignée et vivra sous l'autorité et la direction du père, comme avant son mariage. Dans le cas où l'indépendance lui sourirait davantage, il dressera une tente pour lui et son épouse, et fondera un nouveau foyer. C'est cette famille dont on va suivre le développement.
Le mari est le maître et seigneur; la femme est trop souvent considérée comme une servante, abandonnée à la disposition du maître pour l'accroissement de la famille et les travaux matériels de la maison. Ces deux motifs me furent toujours allégués chaque fois que je demandais aux nomades la raison de leurs multiples mariages. Perpétuer son nom et sa race constitue la véritable préoccupation d'un peuple qui affiche une certaine indifférence pour la lignée de ses ancêtres. Hormis le premier fondateur de la tribu ou du clan, envers lequel il professe un attachement respectueux, même un véritable culte, il s'occupe fort peu de la chaîne ininterrompue de ses ascendants; cependant il est fier d'avoir un nom illustre et son plus grand désir est de voir reposer l'honneur de sa famille sur la tête d'un être chéri, d'un fils qui sera brave et chevaleresque, intrépide et généreux. La naissance de cet enfant de bénédiction apportera la joie au foyer, enracinera l'espérance dans le cœur du père et les réjouissances éclateront, soit à ce moment, soit à l'occasion de la circoncision. L'ambition du père ne sera pas épuisée par ce premier-né; son désir est de voir auprès de lui le plus grand nombre possible de valeureux rejetons. Il prend les moyens dont il dispose pour satisfaire ses vœux, et la polygamie lui apporte un concours efficace. Aucune règle bien fixe ne régit ce point, auquel on ne prête pas une attention exagérée. On en parle cependant, au campement; car un nouveau mariage, surtout de la part d'un cheikh, ou d'un personnage influent, entraine avec lui des réjouissances communes à tout le clan; mais lA s'arrêtent les observations qu'il pourrait susciter. Il importe peu en effet, au père de famille actuel et à toute la parenté, que ses enfants proviennent de la 'première, de la deuxième ou de la troisième femme. Ils sont toujours « sa propriété, sa construction »! la femme, aux yeux de tous, n'est qu'un instrument soumis à la volonté
VIE DE FAMILLE. lî;
du mari, dépendant de ses caprices, qu'il gardera auprès de lui ou qu'il renverra presque à volonté moyeimaut quelque indemnité, comme il sera expliqué à propos de la répudiation. Sur ces bases on conçoit qu'une famille bédouine puisse atteindre un grand développement. On m'a cité plusieurs exemples qui prouvent en eflet qu'un seul individu peut voir auprès de sa tente une nombreuse postérité. Un certain lahyâ Mohammed, de la tribu des Sarâïreh, à Kérak, contemple, dressées auprès de son habitation, les demeures de ses quinze fils tous mariés aujourd'hui et à la tète de nombreux enfants, cinq ou six au moins dans chaque foyer, ce qui porte presque à quatre-vingts le nombre d'enfants mâles, fils ou petits-fils, sortis de la souche. Il ne m'a pas été possible de connaître le nombre de ses filles ou petites-filles. Ou m'a fourni aussi quelques détails sur la famille de llalïl ben Mustafa des Mogally. Malgré la mortalité qui a sévi très violente parmi les siens, il compte encore aujourd'hui plus de cent personnes dans sa descendance directe. On m'a assuré qu'elle s'élève à cent cinquante âmes; mais on n'a pu me donner le nom que de cent cinq; je les ai tous notés. Les autres sont des filles, paraît-il; naturellement elles sont moins connues. J'ai demandé combien de femmes il a épousées pour accroître ainsi sa famille; on n'a pu me renseigner sur ce point, qui n'est pas de nature à modifier la conception de la famille au désert. Elle n'est fondée que sur la paternité; en règle générale, l'affiliation maternelle n'existe pas; je mentionnerai cependant quelques exceptions dans le cas où la femme appartient à une tribu étrangère. D'après l'idée même qui guide ces multiples mariages, il est aisé de comprendre que l'inclination du mari le portera surtout vers l'épouse qui sera la plus heureuse, tandis que la stérilité présentera une cause très suffisante de répudiation. Ce désir d'avoir des fils est tellement enraciné dans le cœur, que les chrétiens eux-mêmes parviennent difficilement à le contenir dans les justes bornes posées par la morale de l'Évangile. Au mois d'août de l'année 1905, un certain 'Isa de la tribu des Hegâzîn, chrétien latin de Kérak, avait décidé de prendre une seconde femme, « car la première, me disait-il, ne lui donnait jamais que des filles ». Il ne renonça à son projet qu'après de longues remontrances, alléguant toujours qu'il voulait et devait avoir un fils. Un autre prend une seconde femme parce que sa première épouse est devenue aveugle. Plusieurs autres chrétiens i, malgré les peines spirituelles dont ils
1. 'Isa Metarsveh a obtenu, pour quarante megîdys et cinq rolols de beurre, la femme de Selmân, frère de Giriès; ce premier mari se porte fort bien, mais il a cédé sa femme pour le maher indiqué.
ont ôt('' frappés, ont fait cétlci' les lois devant cet impérieux désir, et contracté une deuxième alliance criminelle pour perpétuer leur nom : « pour avoir un fils ». D'autres fois, c'est la femme elle-même qui porte son mari à cette détermination. On me cite le fait d'une chrétienne orthodoxe de Mâdabâ, qui, le jour même de la mort de son fils unique, au mili<ni de la cérémonie des funérailles, interpella son mari en ces termes : « Prends une jeune femme pour te donner des enfants, car je suis vieille. » Cette phrase renferme tout le sentiment du Sémite sur le premier rôle de la femme dans la famille.
11 faut lui en assiiiner un second : celui de servante. Un proverbe vuli^aire dit en parlant de l'épouse : « femme la nuit, ânesse le jour ». Elle est en effet, de par la volonté du maître et la pratique établie, vouée non seulement au travail du ménage, ce qui n'étonnerait personne, mais députée à tous les travaux manuels compatibles avec sa faiblesse; aller chercher de l'eau, ramasser du bois, plier la tente, la dresser, la mettre en ordre, avoir soin des troupeaux, préparer le repas pour les hôtes, servir le mari : tel est en résumé son travail, en dehors des soins indispensables que requiert la première éducation des enfants^.
La nature demande en effet que la mère donne à son enfant les soins élémentaires exigés par sa faiblesse. Sous ce rapport, le sentiment maternel, chez la bédouine, est digne de tout éloge, et dans mes fréquentes visites aux campements je n'ai trouvé qu'un seul cas où la loi ait été violée d'une façon brutale. C'était chez les 'Adwân. Une femme, répudiée brusquement par son mari, s'était retirée en abandonnant sa fillette qui avait à peine quarante jours. D'après l'usage, elle devait
I. Il est intéressant de constater que chez nos Arabes modernes la inère donne parfois un nom à sa (ille, à l'occasion d'une circonslance plaisante ou fàclieuse. A Na'our, une femme n'enfantait jamais que des filles. A la quatrième, elle s'irrita et l'appella za'^til {\jj^'\) irritée ou irritante. Lorsque la huitième vint au monde, la mère s'écria : tamâm (j*'-*^) « perfection, c'est assez » et le nom de Tamâm resta à la fille. D'autres l'appelèrent Hûgeh {^^ qui vput dire « nécessité ou suffisance ». A Gifneh, la première fois qu'une mère vit son enfant, elle le trouva noir : « C'est un hahas que j'ai enfanté, « dit-elle. Le petit reçut de sa parenté le nom de lousef; mais la première exclamation de la mère lui est restée; on l'appelle encore habas.
Chez les Terâbln, le choix d'un nom pour le nouveau-né est accompagné d'une certaine solennité. On attend la fête du Dahieh ou la fin du ramadan. Toute la parenté se réunit sous la tente : le père prend son fils entre ses bras, le baise avec amour, et le passe ensuite à un proche parent, de préférence à un oncle : c'est ce dernier qui lui donne un nom, en faisant un sacrifice, à la face d'Allah. A Gaza, c'est le père qui choisit le nom de l'enfant. A Mâdabâ, 'Awdeh Sawâlheh eut une fille un matin où la rosée était très abondante : il l'appela Enda'ieh « pleine de rosée », de nadu « ro.sée ».
nourrir l'enfant pendant deux ans^. Aussi fut-elle universellement blâmée, et un cavalier partit de la part du cheikh pour la ramener de force et la contraindre à respecter la loi naturelle en même temps que la coutume. La tâche n'est pas toujours facile. La pauvreté est fort grande en général ; et bien des privations fondent sur la mère infortunée pour l'accabler sous le poids de leur dure intransigeance. Sans m'arrèter à des détails qui trouveront mieux leur place dans un autre chapitre, je me contenterai de noter que dans les voyages nombreux que lui impose son genre de vie, bien souvent elle marche à pied, portant son enfant dans un sac derrière le dos. Le mari, à cheval, poursuit sa route, sans avoir grand souci de sa compagne. Naturellement l'épouse veille plus longtemps sur l'éducation de ses filles, tandis que le père ne cache nullement la préférence évidente qui l'incline vers son fils-. 11 s'intéresse davantage à son développement, l'oblige à fréquenter le maître d'école ou le hatib, lorsqu'il y en a un au campement, lui inspire le respect des hôtes, l'habitue à monter à cheval, le forme au maniement des armes. Mohammed Di'âb, des Béni Saher, a un fils âgé de dix ans. Son ambition est de voir le jeune Dâher^ devenir un cavalier intrépide, capable de défendre la tribu et de conduire une razzia. Pour lui infuser de bonne heure son humeur belliqueuse, il l'emmène avec lui dans ses expéditions lointaines, il le place dans une sacoche, au flanc de la jument ou du (leloxiV\ et le conduit ainsi à l'ennemi. A vrai dire, l'exercice peut être salutaire ; après semblable formation, il n'y a pas lieu de s'étonner de rencontrer dans la steppe de vaillants guerriers.
Si l'autorité du mari est quasi complète sur son épouse, elle ne saurait être moindre sur ses enfants. Ses filles dépendent absolument de sa volonté, il en dispose à sa guise ^, les donne en mariage à qui bon lui semble, et ne cesse de les regarder comme sa chose qu'au moment où elles pénètrent dans la maison de leur mari. Encore aurait-il droit d'intervenir en leur faveur, si elles étaient maltraitées dans
1. Lorsque la mère n'a point de lait, dès que son enfant peut prendre quelque nourriture on lui donne du beurre et du miel; cela s'appelle lahous {ir->jr^]-
2. Quand un Arabe se réjouit de la naissance d'un fils, on le désigne toujours ensuite par làkuniak : Un tel père d'un tel; très rarement on dit : père d'une telle, en nommant sa fille; l'usage existerait cependant chez les Batous.
3. Le fait du jeune Dâiier n'est pas une exception; tous les fils de cheikh reçoivent semblable formation. 'Adoub eben Trad fit sa première expédition à dix ans. Rageh eben Zeïdân emmena son fils de huit ans dans une lointaine expédition. Pour habituer son fils, le père lui dit parfois d'aller voler un mouton au troupeau voisin.