‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 90 sur 159 · Pour l'explication de ces termes voir g · texte numérisé non relu

Pour l'explication de ces termes voir g

tant que chez les musulmans, le seindt en l'honneur du cheikh Salâli était rigoureusement observé. La croyance en son intervention était très vive. Si quelqu'un avait l'audace de goûter le beurre ou le lait avant ToÛVande du seinàt, il avait à redouter la colère de Salâh et tout malheur qui arrivait alors était regardé comme une punition de cette infraction au droit du wély. Pour apaiser sa fureur, on lui destinait un second semât; cet usage est encore en vigueur chez les tribus musulmanes.

Le respect des nomades pour les ivélijs apparaît surtout dans l'emploi de leur nom pour un serment solennel. Résoudre une difficulté contentieuse, mettre fin à une discussion ou à un procès par un serment déféré est d'un usage fréquent. L'inculpé qui ne peut prouver son innocence et qui cependant refuse de se reconnaître coupable, est sommé de se justifier par le serment. En cette circonstance, on certifiera par Allah, ou par la vie d'Allah, de sa parfaite intégrité; mais l'emploi de ces termes, y compris même le nom du Prophète, est trop quotidien pour qu'on y attache une valeur décisive. Si quelqu'un atteste son innocence par le nom d'un loély connu et vénéré de tous, sa parole ne saurait être mise en doute; car un faux serment, dans ces conditions, serait immédiatement suivi d'un terrible châtiment. « Si quelqu'un jure par Abdallah, à Ma 'an, me disait un Arabe, et que son serment soit faux, il mourra de mort. » Le cheikh la'qoub à Ter'in jouit de la même réputation. Interrogeant les Arabes sur la puissance de Ga'far, en pareilles circonstances, j'ai constaté leur unanimité pour affirmer son courroux implacable envers quiconque se parjure en son nom. A Mâdabâ, un bédouin, accusé de vol, attestait par Allah son innocence absolue. On le somma de prendre à témoin de la véracité de sa parole le wély Aba'l-Ganâm honoré dans la région : « Tu iras prêter serment à son tombeau, » lui dit-on. « Allons tout de suite, » répond-il fièrement. On se met en route; à moitié chemin, le nomade, saisi de frayeur, commence à trembler. « S'il se parjure, le loéhj ne manquera pas de le frapper, de le tuer peut-être. » 11 s'arrête, reconnaît sa faute, et s'estime fort heureux d'avoir échappé à un grave malheur. Le narrateur de continuer : « Tous les gens impies qui osent prêter un faux serment devant un ivély, sont inévitablement châtiés et punis de leur témérité. »

Voici un autre fait dont le souvenir est encore tout récent. Nimly, de la tribu des Izâ'ideh, vola une couple de bœufs; il fut accusé, mais nia énergiquement être l'auteur du crime; il protesta de son innocence par un serment devant Allah. Mais conduit au mazàr Canâm pour affirmer la vérité, la main posée sur la tombe sainte, Nimly fut

saisi (le frayeur et, plutôt que de se parjurer, reconnut être le voleur, et restitua le bien mal acquis. La crainte du ivély fut assez puissante pour le retenir. Quelquefois cependant le parjure ne respecte rien. On rapporte que Gaw^' ed-ljeneïbât fit un faux serment à (la'far, pour affirmer son innocence. Il avait volé un mouton et prétendit se disculper ainsi par une simple parole. Mais dans le courant de l'année toute sa famille mourut; dans ce malheur, les Arabes virent la main de (la 'far qui se vengeait.

Il n'est pas nécessaire d'aller auprès du tombeau du saint pour prêter serment; on peut le faire sous la tente et en pleine campagne; car, d'après les croyances populaires, le loéhj entend son serviteur partout où il l'invoque, surtout s'il s'agit d'un icély très célèbre.

Les Arabes sont persuadés que le ivély vient de la part d'Allah, annoncer des choses mystérieuses aux hommes. Voici un fait qui s'est passé tout récemment.

Un fellah, du petit village d'el-Hader à côté d'el-BDrâk, prend son outre pour aller chercher de l'eau à la fontaine. Après avoir rempli son qirbeh comme à l'ordinaire, il le charge sur son dos et reprend le chemin de sa demeure. En chemin, il rencontre un voyageur qui lui dit ; « Donne-moi à boire. » Le felLâh s'arrête, incline un peu son outre, délie la bouche toujours fermée par une petite corde, et présente la boisson à l'étranger. Ce dernier avale quelques gorgées, puis en se relovant : « Pourquoi as-tu mis du sang dans ton outre? » dit-il au porteur. — « Du sang? fit celui-ci; je viens directement de la source, où j'ai rempli mon qirbeh. » — « Répands le contenu sur le sol, riposte l'inconnu; tu constateras la vérité de tes propres yeux. » Le fellah tout surpris vide complètement son outre par terre. Elle était remplie de sang. « S'il avait beaucoup plu cette année, reprit l'étranger, un grand nombre de personnes seraient mortes. » Le paysan se retourne pour regagner la source; au même instant il perd de vue son interlocuteur. Les uns dirent : « C'est un iréli/ qui a apparu; » d'autres : « C'est el-lïader en personne. » Le peuple crut que c'était une révélation d'Allah à ses fidèles pour les exhorter à attendre patiemment la pluie déjà fort en retard cette année. Si Allah ne l'a pas envoyée plus tôt, c'était par un effet de sa bonté, pour ne pas occasionner la mort des hommes; il a chargé un loély de le révéler.

Ce dernier trait achève de peindre la croyance populaire envers le mystérieux icéhj.

§ 39. Ancêtres, Gldd (-» '.

Chez les nomades — comme partout ailleurs — il y a ancêtre et ancêtre. Celui qui mérite véritablement cette qualification et qui devrait en retirer tous les avantages glorieux, c'est celui qui est censé avoir fondé la tribu, la souche première de laquelle sont sortis les multiples rejetons vivifiés par la même sève. Nombreuses sont les tribus qui prétendent connaître leur premier fondateur et se glorifient de leur origine ; j'en ai mentionné quelques-unes en un chapitre spécial. iMais, en le lisant, il est facile de constater combien diffèrent les traditions, même au sein du même clan. Ces divergences, toutefois, ne sauraient diminuer en rien la vénération envers celui qui, de fait, jouit de cette auréole, j'allais dire de cette sorte d'apothéose. A côté de l'ancêtre commun, qui réunit, au moins en certaines circonstances exceptionnelles, les suffrages de la tribu entière, trouvent place d'autres héros, chefs de clans ou de sous-divisions de la tribu, qui, par l'influence excercée sur leurs Arabes, ont acquis un droit à leur admiration et à leur vénération. S'ils ne sont pas Y ancêtre premier, remontant tout à fait à l'origine, celui qui a transmis le premier sang, ils ont cependant à leur avantage un renom de bravoure et un prestige personnel qui tôt ou tard contribueront à les ranger parmi les fondateurs de la tribut L'histoire du développement des nomades montre une troisième catégorie à' ancêtres, d'un rang tout à fait secondaire par rapport à toute la tribu, mais jouant un rôle prépondérant relativement à un groupe nouveau. C'est le cas, assez fréquent, de la prospérité inouïe d'un homme qui a une nombreuse famille, acquiert une grande fortune, et par le fait de ses succès se trouve être véritablement le père et l'ancêtre d'un clan nombreux dans la grande tribu. Chez les Fâ îz, le cheikh Fendy en est un exemple frappant.

Dans cette distribution des mérites, un peu artificielle peut-être, mais répondant à des faits réels, quelle que soit la place occupée par Ya7icêtre'^, il jouira toujours du double privilège de père et de héros, de celui qui donne la vie et de celui qui reçoit les honneurs.

i. Les nomades prononcent Gid avec un seul d et le son * (inclinant vers 6) et non avec a, comme dans la langue littéraire dans laquelle jidd veut dire application, promptitude, etc.

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