Voir une autre tradition, p
ignoré. Mais beaucoup de tribus se g-lorifient de posséder l'endroit précis où reposent les cendres de l'ancêtre^. Généralement, un tombeau plus ou moins grossièrement construit, ou un tas de pierres marquent l'emplacement et rappellent le souvenir. Un Arabe ne passera jamais devant ce monument sans lui adresser une invocation, sans faire une courte prière. S'il n'est pas trop pressé, il s'arrête, étend les bras ou se prosterne la face contre terre, en témoignage de vénération. Parfois sa visite a une solennité plus grande; c'est lorsqu'il vient faire une immolation, à la suite d'une promesse ou d'un vœu. Ces sacrifices privés ne sont pas rares et la piété des nomades en entretient la pratique. Mais facilement ils sont empreints d'un caractère public. C'est en effet à l'occasion d'une fête commune, généralement au printemps, qu'une sorte de pèlerinage officiel réunit au tombeau de Tancé tre la plus grande majorité de la tribu, qui, par des jeux, des réjouissances prolongées et des festins, témoigne sa satisfaction et honore de tout son pouvoir son premier fondateur. Ces fêtes ressemblent à celles qui sont célébrées chaque année auprès des wélys les plus en renom. La régularité de ces réunions peut se maintenir dans les tribus dont le territoire n'est pas d'une longue étendue, et qui par conséquent ne sont pas sujettes à des déplacements considérables. Mais si, par suite du grand nombre des clans, de la rareté des pâturages, ou pour un autre motif, la tribu est tout à fait dispersée, ou est contrainte de s'engager en de longues pérégrinations pour chercher sa subsistance et la nourriture de ses troupeaux, elle se verra difficilement rassemblée à date fixe auprès du tombeau vénéré. Dans ce cas, elle profitera de la première occasion qui la rapprochera de son sanctuaire ancestral pour satisfaire sa piété. Ainsi se conduisent les Fâ'îz. Le tombeau de Fendy, un des ancêtres, se trouve dans le Cor. Lorsque, pour trouver des pâturages ou pour toute autre cause, le clan se
1. La critique n'a rien à voir, chez les Arabes, pour le culte rendu à tel saint, en tel endroit. Une pratique est en usai^e maintenant : parce qu'ainsi ont fait les anciens, ainsi doivent agir les modernes. A Kérak, la mère du Moutesarref est morte il y a cinq ou six ans. Un lieu de sé|inlture honorable s'imposait d'autant plus que le pacha avait la réputation de témoigner beaucoup de respect à sa mère. Derrière le bor(i Soleimân-Iîibars — qui vient d'être en grande partie démoli par les autorités turques pour bâtir un hôpital militaire — la colline s'allonge, en forme de dos d'une, jusqu'à la vallée. Sur cette pente, un vieux tombeau, à l'extrémité d'un petit cimetière, était honoré de vieille date, comme étant celui de Nouh(Noé). Ce fut le lieu désigné par le pacha. Les travaux commencèrent. Un malencontreux visiteur survient : « Si c'est le tombeau de Nouh qui est ici, voyons s'il y a des ossements. » On lui répond d'une voix unanime : « Que ce tombeau renferme des ossements ou qu'il n'en contienne pas, c'est la même cho,se; c'est le tombeau de Nouh, c'est (ini. » Et on .s'abstint de faire des fouilles. Une construction nouvelle s'éleva pour abriter la tombe récente avec le vieux sanctuaire.
transporte en cette région, il visite la tombe de Fcndy et offre ^ln sacrifice; mais il est fort rare que les Ffi'îz campés sur les plateaux de Moab organisent à dessein un pèlerinage spécial; plus volontiers, ils attendent une occasion propice i.
Les Rualali se comportent d'une manière analogue. Comme ils s'étendent depuis le Ncged jusqu'à Damas, ils sont dans une sorte de va-et-vient perpétuel, semblable au flux et au reflux de la mer. L'hiver, ils s'enfoncent vers l'est, dans l'intérieur du pays, tandis que, au retour du printemps, ils se dirigent de nouveau à l'ouest pour habiter quelques mois durant les plaines du Ijawrrin et les frontières des pays cultivés. Sur leur route se trouve le tombeau de Naïf, reconnu et honoré comme ancêtre de la tribu. En passant, ils ne manquent pas l'occasion de satisfaire à leur piété et de demander son assistance ; leur prière est courte, elle est ainsi conçue : « 0 Naïf, ô notre ancêtre, protège-nous contre tout ennemi -1 »
A chaque visite officielle, le cheikh Fahad immole un chameau en disant : « Don et récompense en faveur du mort'. »
Le sacrifice d'une victime est la meilleure marque de vénération que puissent donner les Arabes à leur ancêtre. Voici comment ils procèdent en pareil cas; le cérémonial est presque partout le même : je noterai les quelques divergences que j'ai pu constater.
La chamelle ou les brebis sont amenées près du tombeau; le cheikh, s'il s'agit d'un honneur à rendre à Tancètre par toute la tribu, ou un simple particulier, s'il ne s'agit que d'un honneur privé, s'empare de la victime, l'égorgé en disant : « Don et gratification à mon ancêtre un tel, » Le sang de la victime est recueilli dans un sâg, — plaque en fer, bombée, sur laquelle les Arabes font cuire leurs galettes de pain, — pour oindre d'abord le tombeau, ensuite les chameaux, afin d'attirer la bénédiction du saint; chez les Sehour, me dit Mohammed, frère de Talâl, l'usage est de teindre aussi le piquet du milieu de la tente, usage qui ne se trouve p^s chez les Ilaweïtrit. Ces derniers, en revanche, oignent leurs juments avec le sang de la victime. Les Sarârât sont les seuls qui en teignent le front et le nez des gens de la tribu.
1. L'endroit de cette réunion pour les Aba'l-Ganfim se trouve au Wâleh, à droite du vieux pont romain sur le bord septentrional du ruisseau. On y volt les restes d'une antique sépulture; c'est celle de Sa'ad, ancêtre des Aba'l-Ganâm. D'après la tradition, il monta jadis du côté de Teimâ. Il y a à peine quinze ans, la visite du sanctuaire était quasi impossible aux Aba'l-Ganâm, car les Hamrrideh ne toléraient pas en ce lieu la présence d'un autre Arabe. Depuis l'arrivée du Gouvernement, les relations de tribu à tribu ont été modifiées.
Chez quelques nomades, chez les Zeben, par exemple, le petit bétail est aussi soumis à cette onction. En observant ces usages, les Arabes se conforment à de vieilles traditions qui sont devenues leur patrimoine sacré. A côté de ceux-là, il en existe qui n'ont pas ces coutumes. Les Aba'l-Ganâm, tout en suivant le vieil usage d'immoler un chameau au tombeau de Tancêlre, s'abstiennent de l'oindre avec le sang qu'ils répandent simplement par terre ; ils n'invoquent pas non plus l'ancêtre. « C'est un homme comme nous, » me disait l'un d'entre eux. — « Mais alors pourquoi lui offrir un sacrifice? » — « C'est l'usage. » Puis cherchant une explication : u C'est une fête pour toute la tribu, un repas où chacun vient se réjouir. )>
Il n'est pas nécessaire que le sacrifice offert à l'ancêtre soit toujours porté sur son tombeau; la pratique des bédouins n'admet pas cette obligation, au moins pour l'immolation du gezùr, qui a lieu au campement, au retour d'une expédition heureuse.
Habituel pour ne pas dire obligatoire avant de partir pour la razzia, le vœu d'offrir un sacrifice à l'ancêtre est d'un fréquent usage; il sort spontanément du cœur du nomade appréhendant quelque malheur, ou gémissant sous le poids de quelque adversité. Dans une grave maladie, un Haweïty fit vœu de sacrifier un mouton à Aba'l-Ganâm s'il guérissait. Il recouvra la santé et tint sa promesse; il immola un mouton et dit : « 0 Aba'l-Ganâm, ô mon ancêtre, reçois de moi mon vœu. » Rappelons le vœu étrange de Gawld, partant contre les Sarârât, de boire trois poignées de sang d'el-Hems, son ennemi, s'il le rencontrait : « Pourquoi a-t-il bu ce sang humain? » demandai-je. — « Il avait fait vœu à V ancêtre Farrây . »
En principe, c'est l'ancêtre éponyme qui devrait recevoir le plus grand honneur : Saher pour les Béni Saher, Haweït pour les Haweïtât, God pour les Eben Gâd. Ils sont bien réellement considérés comme ayant, à un moment donné, formé la première souche de la tribu. Par suite, tout membre de la tribu portera, avant tout, son nom.
Mais à côté de cet ancêtre éponyme qui, en fait, n'occupe pas toujours le premier rang dans le culte, j'ai constaté, dans chaque tribu, l'existence d'un souvenir très vivace se rapportant à d'autres personnages, honorés aussi à titre d'ancêtres, gudad. J'en ai déjà mentionné quelques-uns. Il parait superflu de produire une plus longue énumération; il semble préférable de tixer un instant l'attention sur un point déterminé.
Chez les Sehour et les Haweïtât, j'ai constaté un culte très accentué pour Abou'z-Zohor. Son origine, sa patrie, son tombeau, ses actions, tout est inconnu. D'après une vieille tradition, assez mollement con-
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servée parles Rualah, Abou'z-'!^f>boi' descendrait de "Annaz (ûo), père des 'Anezeh; il ne serait donc pas un ancêtre des Seljour; il est pourtant honoré comme tel par eux. Son culte, au reste, n'est pas restreint aux limites d'une tribu. Les 'Anezeh , au commencement de chaque année, lui sacrifient un chameau; ils ne lui refusent pas non plus une chamelle au retour d'une razzia heureuse. Les Haweifrit, de leur côté, lui rendent aussi un véritable culte.
Avec Abou'z-Zohor* , Abou'l-Gamâm- obtient, en ces régions, un culte quasi universel. D'après les Sehour, il serait également d'origine 'Anezeh ; son tombeau est inconnu ; tout Arabe lui oilVe des sacrifices, implore son secours, lui fait ses vœux, l'honore comme son propre ancêtre. Avec ces deux personnages, nous sommes sortis des limites étroites d'une tribu; c'est tout le désert qui leur rend un culte, depuis le Gébel Druse jusqu'à la plaine de Ilismeh.
L'ancêtre d'une tribu n'est pas nécessairement honoré jjar les autres tribus; les bédouins ne font aucune difficulté d'afficher une certaine indépendance à cet égard, attitude qu'ils ne prendraient jamais envers un ivély célèbre 3. Mais l'ancêtre d'une tribu étrangère ne les préoccupe pas toujours. Parfois même, en cas de guerre avec la tribu, ils le méprisent profondément, plaçant au même rang l'ancêtre et sa descendance.
Les Rualah maudissent As'ad, invoqué par les Béni Saher.
Le culte de ces derniers pour As'ad et Toueïm demande à être noté; ces deux ancêtres marchent toujours avec eux, dans leurs expéditions, leurs mutations de campements et leurs voyages. S'ils viennent à Kérak, ce n'est pas au Hader qu'ils s'adressent, comme tous les autres Arabes, mais à Toueïm et à As'ad. On assure que les Rualah en agissent de même envers Abou'z-Zohor.
§ 40. Gin (^')-
A côté du loély existe dans la croyance des Arabes un autre être qui a certaines analogies avec lui pour ce qui regarde la puissance et le pouvoir de nuire, mais qui en diffère suffisamment pour être rangé sous une rubrique spéciale.
1. Abou'z-?ohor f;-;-^' y}) veut-il signifier « père du" midi »? Ce serait alors le soleil divinisé,
2. Abou'l-Gamâm serait peut-être une personnification de la pluie {A-t>^ « nua}»e »).
3. Jamais, par exemple, un Arabe ne s'avisera d'outrager le cheikh Salâh, au Gôr, audessous de Kérak.
Tout crabord, le gin^ ne représente jamais un héros ou un saint; ce n'est pas Fàme ou l'esprit d'un mort, il est esprit par lui-même, autant qu'on peut le comprendre d'après les descriptions faites par le nomade. En tout cas, il n'a pas vécu comme homme; il n'est pas l'hôte d'un tombeau, il habite partout sur la terre. Suivant une expression vulgaire fréquemment répétée, en tout lieu se trouve un (fin et un homme » (,j-*^'j ij=^) : un homme à cause des meurtres sans nombre qui ont couvert la face de la terre, et un gm, esprit invisible. Personne, en effet, n'a jamais vu le gin. Ce serait même un de ses caractères spécifiques de ne jamais se montrer. Et cette définition actuelle conviendrait à la notion traditionnelle pour laquelle gin dérive de la racine ganna qui signifie cacher ;\e gin est sous ce rapport opposé à l'homme.
Le gin est incapable aux yeux de l'Arabe de faire aucun bien ; il se différencie ainsi du /nélg, qui accorde quelques faveurs à la pauvre humanité. C'est par nature que le gin est porté à nuire; comme il y en a en tout lieu, comme chaque endroit récèle un gin, possesseur et maître de la place, il est aisé de comprendre combien les Arabes le redoutent; ils auront recours à toutes sortes de moyens pour échapper à sa méchanceté. Chaque fois qu'ils dressent une tente en une nouvelle place, ils doivent apaiser le gin par un sacrifice ou par un repas. La première nourriture prise sous latente nouvellement dressée est offerte au gin local ; le sel répandu sur les mets porte nom de « sel du repas pour le maître du lieu"^ ».
D'après quelques Arabes, ce repas serait aussi destiné à apaiser l'homme qu'on peut toujours supposer avoir été tué en cet endroit, et qui ne serait pas moins à redouter que le gin. Le même usage est en vigueur à Kérak, à 'Ircïq et en beaucoup d'autres endroits, lors de la construction d'une nouvelle maison 3,
Quand un Arabe tombe, il attribue l'accident à un giji et pour se le rendre propice il brûle un peu d'encens à l'endroit de sa chute.
1. Le mot gin devrait être écrit avec deux a, mais comme les Arabes n'en prononcent qu'un, nous transcrivons gm avec un seul n.
3. Lorsque, réunis en assemblée autour de la nuqrah ou du foyer sous la tente, les Arabes prolongent leur conversation et leurs discussions, ils emploient volontiers des formules solennelles, des sortes de jurement, pour attester la vérité. Une expression revient
assez souvent : bihayût micsibb en-nûr (l'-'-Ji ^J:.^ ^^Cr^) « pai" la vie de celui qui attise le feu ». Cet attiseur du feu représente un être indéterminé; pour les uns c'est Allah; pour d'autres c'est le gin du foyer, considéré comme maître et seigneur de l'endroit.
Il se livre à la même pratique, lorsque, à son réveil, après une nuit agitée, il se sent fatiguj : c'est un {jin qui est venu le troubler pendant son repos.
Lorsqu'il est oppressé par un cauchemar, il se dit : « Le fjin m'a saisi 1. » Il se h;Ue de le calmer.
Il n'est pas rare (jue le ijin frappe quelqu'un en plein jour, bien que son action se produise surtout pendant la nuit. On m'a nommé à Ma'ân deux hommes qui, coup sur coup, avaient été blessés par le {jin au moment où ils passaient sur le chemin : c'étaient 'Ayd et 'Otmân. Ils furent mortellement atteints, d'une façon mystérieuse, inconnue de tous. On appela cependant un sorcier-médecin, nommé Mahmoud 2, qui jouit d'une réputation de science médicale. Il déclara la blessure incurable, puisqu'elle était l'œuvre d'un ym^ et prédit la fin prochaine des deux malheureux.
Le (jin aime les endroits solitaires, les ruines abandonnées; parfois il se plait à eflrayer les voyageurs par des cris perçants. Les Arabes ont un terme spécial pour désigner ce sifflement sourd qui retentit dans la solitude : c'est le 'azf i^ i^^^ qui épouvante les voyageurs^; il ressemble au sifflement aigu de la tempête qui disperse les sables et secoue les collines, ou revêt les apparences d'un bruit de cavalerie au galop. Parfois, au contraire, cette voix est plus douce; elle est comparable aux harmonies d'un chant en cadence accompagné de battements de mains; on croirait assister à une fête populaire. Ce fut l'impression éprouvée un jour par le missionnaire Dom Giuseppe iManfredi, qui revenait de Kérak avec quatre ou cinq bédouins. En approchant du Qasr, après avoir dépassé Rabbah, il entendit, avec ses compagnons, des chants en cadence qui s'élevaient du milieu du château ruiné : rien cependant ne se manifesta à leurs yeux lorsqu'ils cherchèrent les personnes qui s'amusaient ainsi en ce lieu désert.
Chez les Arabes, la tradition n'est pas très fixée au sujet de Fapparition des gins. Les uns prétendent qu'ils sont absolument invisibles; du reste, c'est la nuit qu'ils agissent et s'ils prennent parfois une forme apparente, elle s'évanouit dès la première heure du jour. D'autres
1. [^)~^' ^'^f^.- Le terme \jS}l a ici le sens de -^i et le lieu oii se passe l'événement s'appelle harûk (^^.t^r^) • le lieu est saisi par un (jin qui tourmente les gens. Plusieurs localités sont appelées de ce nom.
2. Ce Mahmoud installé à Ma'ân est le drogman de l'infortuné Hubert, assassiné près de Djedda.
3. Un vers arabe dit : . j^'»^ Xs>^ ,L'ov , 4;L£ IaJLj ïb-UJÎ . .Ix^^^ j!,
« voici que j'ai traversé le désert où retentissaient les hurlements des j/insetles cris des hiboux » {Lisûn, ad verbum \^Jif-)-
prétendent qu'ils ont la même faculté que le yfA, pour apparaître à l'homme. A l'appui de cette assertion, on rapporte l'histoire suivante.
Le Prophète et ses quarante compagnons assiégeaient Odroh'. Mais la place était bien défendue; elle résista victorieusement à la première attaque. Un peu découragé, le Prophète se retira à Garbà dans une grotte où coulait une source. Ses compagnons ne tardèrent pas à murmurer. Alors le Prophète dit : « (iarrahno Garba-\ allons voir maintenant si nous pouvons prendre Odroh. » On se mit en marche. La place était aussi bien gardée que les premiers jours. En s approchant des murs, on aperçut un canal qui servait à l'écoulement des eaux, venant de l'intérieur de la ville. Soudain, un chien apparut à l'ouverture du canal et se dirigea lentement vers la place. Belâl, un des compagnons, suivit ce guide improvisé, et parvint à sa suite au centre de la cité. Le chien disparut, tandis que Belâl, hardiment, monta sur le mur et appela tout le monde à la prière. Au son de cette voix inaccoutumée tous les habitants effrayés s'entretuèrent. Or ajoute le narrateur, le chien qui introduisit Belrd dans la ville était un gin. D'autres, cependant, prétendent que c'était un gôl^.
Même divergence, parmi les Arabes, pour expliquer les apparitions dont la source de Ma'ân est le théâtre. Le gin — ou le gOl — a fixé son habitation à la source elle-même dont il s'est constitué comme le gardien. On l'a vu souvent sous la forme d'un chien, d'une brebis ou d'un autre animal; plusieurs personnes racontent même l'avoir vu se promener dans les jardins sous l'aspect d'un jeune homme. Il a frappé plusieurs habitants de Ma an qui ont succombé à leurs blessures. Il est fort redouté; cependant, on ne lui fait aucun sacrifice spécial. Un Arabe ajoute : « C'est simplement le gin, non l'esprit de l'homme ou le icély, qui fait tout cela. »
On le voit, c'est ordinairement auprès des sources que se produisent ces manifestations des gins; j'en rapporterai une autre qui, celle-ci est ouvertement attribuée à un gol, ou plutôt à une gOlah.
A Megeisel, une des sources de l'ouâdy Béni Hammâd, vivait une gôlah célèbre. Au fond de la vaste grotte d'où jaillit une source abondante, cette fée avait fixé sa demeure et se plaisait, au dire des bédouins, à jouer maints tours désagréables à ceux qui venaient chercher de l'eau. Elle se montrait sous des formes diverses : tantôt