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COUTUMES DES ARABES. 2î
sous l'aspect d'une brebis, tantôt sous celui d'un oiseau; quelquefois clic se présentait sous les apparences d'une jeune fille; on l'a vue sous la forme dun cavalier redoutable fondre sur les passants; une autre fois, elle apparut sous la forme d'un pigeon qui se laissa prendre ; mais l'Arabe qui l'avait saisie ne posséda bientôt entre les mains qu'un morceau informe de viande flasque et puante. Elle disparaissait toujours en effrayant les assistants, à tel point qu'on redoutait l'approche de ce lieu. Pour mettre un terme à ses vexations, les Arabes, dit la tradition, amenèrent un jour un évêque chrétien qui enfonça dans la roche un clou énorme et fixa ainsi pour jamais la malheureuse fée au rocher inexorable. « Elle est dans le creux du rocher, m'assurait un bédouin, mais elle est clouée, elle ne peut plus nous faire de mal. »
A la source de Hesbân, un cavalier aufirmeh rencontra un jour une femme extraordinaire qui frappa brutalement son compagnon et disparut tout à coup : « C'est une yOlah » dit aussitôt le bédouin.
Un autre cavalier ne put parvenir à abreuver sa jument à cette même source. Dès que la bête voulait boire, une force invisible lui jetait l'eau dans les naseaux et l'obligeait à s'éloigner.
Tous les bédouins reconnaissent au gol ce pouvoir de se manifester en apparitions fantasques, pour effrayer ou égarer le voyageur. Un Kérakien, nommé Sâleli, rapporte qu'en allant vers Leggïin il aperçut à une certaine distance un cavalier qui se dirigeait vers lui ; peu à peu, ce cavalier grandit, se métamorphosa eu une colonne énorme qui menaçait de l'écraser et qui se dissipa soudain au milieu de ricanements prolongés.
Ibrahim at-Toual de Mcâdabâ, m'accompagnant dans une tournée au désert, s'arrêta tout à coup dans la plaine pour me montrer une troupe de cavaliers qui venaient à notre rencontre. Il se disposait à prendre la fuite, lorsqu'il remarqua la forme étrange de ces adversaires qui s'évanouirent bientôt : « C'est le diable qui a voulu nous effrayer, » me dit-il, et il continua sa marche. Il attribuait au démon ce qui était simplement l'effet d'un mirage. La dernière solution ne suffirait cependant point à expliquer les cas nombreux où le bédouin croit reconnaître Faction du gôl. Il existe une tradition arabe à ce sujet ^. Le Lisàn donne une sorte de résumé historique compris à sa manière : « On appelle gôl tout ce qui égare l'homme et le fait périr. Comme les gins se montraient au désert sous des formes visibles aux voyageurs, les conduisaient hors du droit chemin et les faisaient