‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 95 sur 159 · Op. laucl., p · texte numérisé non relu

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mais la première condition, c'est de bien établir les faits; c'est ce que nous avons essayé de réaliser.

Pendant que les notes piécédentes étaient à l'impression, j'ai eu l'occasion d'interroger les Arabes du Négeb sur 'Umm el-Geit. J'ai constaté le même usage et la même conception. A noter simplement une légère diflerence dans rhabillement. Lorsque 'Umm el-Geit a reçu tous les ornements et les atours qui peuvent rehausser son éclat, on la recouvre d'un grand voile blanc et quelques Arabes lui donnent la singulière appellation de « moitié d'épouse » '..ir'^f' >— i^3) « parce que, disent-iis, elle en porte les habits »; mais jamais ils ne la désignent sous le nom àe fiancée d' Allah. Sous ce rapport, l'unanimité est aussi absolue au sud de la Palestine que sur les plateaux de iMoab. Trois jours durant, les femmes promènent 'Umm el-Geit dans les campements, en chantant les paroles suivants :

O 'Umm el-Geit !

Seigneur, abreuve-nous d'une pluie abondante!

O bonheur des petits à la mamelle.

Bonheur des vieillards qui chancellent,

Bonheur des animaux qui broutent !

Ah! Seigneur! abreuve-nous d'une pluie abondante!

Lorsque les femmes ont terminé cette manifestation religieuse, les hommes interviennent pour mettre le sceau final à cette naïve supplication, en faisant couler le sang de plusieurs victimes immolées « à la face d'Allah » .

En traversant le désert de Bersabée à Nahel et à Pétra, j'ai trouvé également chez les différentes tribus du pays les diverses appellations données à la pluie par les Arabes de l'est de la mer Morte. Je rapporterai simplement ici la tradition qui a trait à qercln el-'ayaiz, parce qu'on perçoit nettement le même fond sous certaines variantes extérieures.

Une certaine année, le mois de sebât 'février) s'écoula sans amener la pluie attendue. Naturellement, la terre fut assoiflee; les pâturages ne germèrent point; le printemps ne commença pas. La vieille (j j^!) se leva pour insulter sebclt en ces termes :

o Sebat, voleur!

1- isLci., surnom donné au mois de février, et qui signifie : rapace, fort, qui fait un mélange de pluie et de vent.

2. La colonne qui soutient la tente, qui n'a point plié sous le poids de la pluie.

Tu n'ns point fait plier la colonne, Tu n'as pas tué la viriUe.

Le mois de sebfit se voyant ainsi outragé dit au mois de edâr (mars) : « As-tu entendu les sarcasmes de la vieille? Voudrais-tu me prêter trois jours? J'irais aux extrémités du désert chercher la pluie et je me vengerais. — 'Ils sont dans ta main, « lui répondit edâr. Sebàt prend les trois jours mis à sa disposition, s'élance au désert, réunit les vents, amoncelle les nuages, les gonfle de pluie et se précipite avec fureur sur le campement de la vieille. L'orage éclate; en un clin d'œil, les colonnes des tentes sont brisées, le mobilier est emporté, la vieille est noyée... C'est la pluie de la lin de février commencement de mars; on l'appelle qcrCni el-aijaiz.

J'ignore si, en février 1900, ^ehfit a été insulté par la vieille; mais je sais qu'il s'est déchaîné avec une véritable furie sur le sud palestinien. A cette date, je me trouvais à Bîr es-Seba\ Quatre jours durant, la pluie, en vrai déluge, se déversa sur la région qui s'étend des montagnes de Judée jusqu'à 'Awgeh et les plaines de 'Aïn Oedeis*. Les champs furent inondés, les torrents gonflèrent, l'oucïdy es-Seba' grossit et devint infranchissable pendant cinq jours, tandis que généralement il ne confient pas une goutte d'eau; un voyageur anglais faillit périr en traversant un ouâdy; j'étais témoin de l'authentique qeràn el-'^a(jaiz.

§ i2. AllBRES SACRÉS.

Une longue journée de marche à travers le steppe aiide et desséché, sous un soleil brûlant, dispose merveilleusement le voyageur rassasié de poussière, altéré et haletant, à apprécier l'ombre bienfaisante d'un chêne vert touffu ou d'un térébinthe aux larges bras. Cette impression de bien-être, de soulagement, de rénovation totale éprouvée sous le frais oml^rage, paraîtra peut-être exagérée à un occidental habitué aux grandes forêts; mais l'européen qui s'égare au désert ne croira pas dépasser les bornes de la modération, en bénissant Theureuse fortune d'une pareille rencontre. Pour un peu, il trouverait des raisons suffisantes pour béatifier cet arbre. J'ignore si les anciens — je parle des nomades vivant au désert — ont cédé à ce sentiment lorsqu'ils ont décerné une vénération à cer-

1. Au sud de 'Aïa Qedeis, au contraire, la pluie n'elait pas tombée depuis plusieurs années. Il faudrait voir, en celte région, la ligne de démarcation entre les terrains arrosés par la pluie, et ceux qui ne la reçoivent que très rarement. C'est également en cet endroit que commence la terre cultivable et cultivée.

tains arbres devenus sacrés à leurs yeux; mais ce motif, ajouté peutêtre au désir d'honorer une force mystérieuse de vie et de fécondité, paraîtrait plausible en certains cas. S'il n'est pas possible de saisir les raisons premières du culte des Arabes pour les arbres, il est toujours loisible d'exposer les faits.

Les arbres sacrés : cliène, chêne vert, térébinthe, caroubier, olivier, peu importe l'essence, se présentent sous un double aspect : ils sont joints à un sanctuaire ou bien ils sont isolés. Dans le premier cas, ils ne paraissent pas avoir une origine indépendante du lieu saint qu'ils ombragent, ni un rôle distinct de l'influence attribuée au wélij qui les a fait croître, qui les vivifie et les protège : tel l'olivier qui a poussé devant la porte de l'église d'el-IJader à Kérak. Pour les habitants il représente la force et l'énergie d'el-IJader en personne^ : il lui sert d'intermédiaire. Un Kérakien, m'apercevant un jour avec des lèvres enflées par la fièvre, me dit : v Si tu veux guérir, va chercher deux ou trois feuilles de l'olivier d'el-IJader, applique-les sur les parties malades; elles seront aussitôt délivrées. » De même l'honneur qu'on rend à l'olivier retombe sur el-IJader, C'est du moins l'explication qui m'a été donnée lorsque j'ai demandé la raison des onctions d'huile et de beurre faites autour de l'olivier.

La seconde catégorie d'arbres sacrés ne jouit pas du bénéfice de la proximité d'un sanctuaire; ils se dressent isolés, près d'une source, sur une colline, ou au sommet d'une montagne. Quelquefois ils abritent un vulgaire ruf/iim qui ne signale pas un tombeau.

Sur la route qui monte du Cor à Mâdabâ, presque à la hauteur de 'Uyun Mousa non loin de Saq\ui, se trouve un arbre, d'une apparence assez modeste; il porte nom el-Q(fim. Une gazelle se reposait à son ombre, au temps jadis; survint un chasseur qui tira sur elle. Au lieu d'abattre l'animal, la balle retourna sur le chasseur et le blessa. Ce dernier comprit que l'arbre était la demeure ou la propriété d'un wélij qui voulait être respecté et dont la protection s'étendait sur l'animal qui se reposait à son ombre. On fît un repas solennel; on apporta une brebis pour l'immoler; on cuisit le pain sous la cendre; on prépara le riz et on se réjouit en l'honneur du wély de l'arbre « inconnu auparavant, me disaient les Arabes, parce qu'aucun tombeau ne se remarquait en ce lieu ».

Près de Taïbeh, non loin de IJanzîreh, au sud-ouest de Kérak, j'ai passé près d'un térébinthe sacré, au feuillage vert et touffu, couvert de chiffons, fort honoré parmi les Arabes de la contrée.

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