‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 96 sur 159 · EI-TJaçler signifie « le verdoyant · texte numérisé non relu

EI-TJaçler signifie « le verdoyant

J'ai demandé où était le tombeau du wébj : « Il n'y a aucun tombeau ici, )' me répond un Arabe qui finissait ses dévotions. « Mais alors, continuai-je, pourquoi y vicns-tu prier? » — « Parce qu'il y a un K'ébjy » fit-il aussitôt. — « Où est-il? » — « Toute la terre ombragée par l'arbre lui sert de demeure : mais il habite aussi dans l'arbre, dans les branches et dans les feuilles. »

Le magnifique groupe d'arbres, dit Meïsch ^ , au sud de Kérak, jouit de la même renommée et du même culte.

De môme, l'arbre de ed-l)e'al ne recouvre aucun tombeau de icély^. Et cependant sa réputation est fort grande, et son pouvoir est considérable. Impossible de me faire expliquer s'il y a un wély; pour mes interlocuteurs, c'est l'arbre lui-même, qui est à craindre. Malheur à l'Arabe ([ui en couperait une branche, un rameau, ou même une feuille. L'esprit de l'arbre ou sa veitu le châtierait sur l'heure; peut-être le ferait-il mourir. Un bédouin avait déposé sous sa garde un sac d'orge, pour quelques heures seulement. Deux chevreaux se détachent d'un troupeau voisin, trouvent le sac et mangent l'orge. L'arbre envoie contre eux un loup qui les dévora dans la soirée ^.

C'est bien l'arbre lui-même qui châtie, comme c'est lui qui dispense les bienfaits. Le contact de ses feuilles guérit. A Meïseh *, à ed-De'al les bédouins ne manquent jamais de se passer sur la figure ou sur les bras un rameau vert, afin de se débarrasser d'une maladie ou d'acquérir une vigueur nouvelle. Cet attouchement leur communique la vertu de l'arbre. C'est à son ombre que viennent dormir les malades pour obtenir la guérison. C'est aux branches de l'arbre que sont attachés les chiffons qu'on aperçoit si nombreux et si variés. Le jour où cette étoffe est attachée à l'arbre, la maladie doit sortir du corps de l'infirme, parce que, m'a-t-on assuré, la maladie est ainsi liée à l'arbre. D'autres, un peu imbus de rationalisme , prétendent que ce chiffon n'est qu'un souvenir de la visite faite à lai'bre.

Quelquefois aussi un Arabe, en passant auprès d'un arbre, attache un morceau d'étoffe ou laisse sa canne sous l'arbre, pour l'honorer^ ou pour se le rendre propice dans l'avenir. 11 n'est pas rare, en effet,

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