‹ Coutumes populaires de la Haute-BretagneChapitre 10 sur 73 · III. — LES CONSCRITS · texte numérisé non relu

III. — LES CONSCRITS

Bien que les Gallos soient d'excellents soldats, ils ne quittent point volontiers leur village pour aller au régiment, et ils essaient par des moyens, même surnaturels, de se dérober au service militaire.

Le jour du tirage, il y a des rencontres qui sont de bon ou de mauvais présage. La première per-

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sonne que trouve un jeune homme qui va au tirage décide de son sort ; si c'est une femme ou une fille, il n'aura pas de chance, mais il en aura si c'est un homme. (P.)

Si le conscrit qui se rend au tirage rencontre un prêtre ou une bonne sœur, c'est d'un mauvais augure, et il est sûr d'être pris. Lorsque la première personne qu'il voit est une fille ou une femme de mauvaise réputation, il se considère comme sûr d'avoir un bon numéro; aussi, pour la remercier de cette chance qu'elle lui porte, il lui paie généralement un café; (D.) mais, si elle lui adresse la parole la première, il est sûr d'avoir le numéro i, qu'on nomme \ç. piaou. (E.)

Tliiers, Traité des superstitions, p. 184, signale parmi les mauvais présages la rencontre d'un prêtre ou d'un moine ; celle d'une fille de mauvaise vie est au contraire d'un bon augure (p. 178).

A deux kilomètres de Livré est une chapelle où les conscrits vont en pèlerinage afin d'échapper à la conscription. (E.)

Pour se procurer un bon numéro, il y a nombre de moyens :

On va cueiUir du gui d'épine blanche, puis on s'agenouille au pied de trois croix, en déposant à chaque station une petite branche de gui. On fait ensuite dire trois messes; mais, pour qu'elles soient efficaces, il faut avoir dans sa poche un

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peu de gui et un morceau de fer qu'on aura trouve sans le chercher.

On arrive au même résultat en cueillant des feuilles de tirande (sorte de glayeul) ; on les coupe en morceaux et on les met dans sa poche sans les compter : autant on aura de morceaux, autant il y aura d'unités dans le numéro qu'on tirera.

Si un conscrit a dans ses habits, à son insu, des grains de sel cousus, il a un numéro aussi élevé qu'il a de grains de sel. (E.)

Celui qui, sans le savoir, a dans son loutrond (sorte de paletot court), l'aiguille qui a servi à coudre le linceul d'un petit enfant mort-né est assuré d'avoir un bon numéro (Saint-Méloir-des- Bois). De même celui à qui on a mis dans sa poche, sans qu'il en sache rien, la bague d'une femme mariée dans l'année, ou le bonnet de baptême du premier enfant mâle d'une maison. (E.) Ailleurs, le bonnet est remplacé par une médaille.

Cf. mes Traditions et supersliliovs, t. I, p. 287-88.

Celui qui a dans la poche de ses hannes (culottes) un hro (dard) et un v'iin (venin) de reptile est assuré de tirer un bon numéro; mais il faut que le talisman se trouve dans la poche du même côté que la main qui puisera dans l'urne, et, de plus, que le conscrit ignore l'avoir sur soi. (P.)

Le jour du tirage,* les conscrits [se rendent au

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chef-lieu en marchant en rang, le bâton à marottes sur l'épaule; ils ont souvent un drapeau, et ils chantent des marches pour aller au pas. En certains pays, ils portent des fleurs au chapeau.

Autrefois, vers le soir, il y avait des batailles entre les conscrits des différentes communes; parfois, c'étaient de véritables mêlées où les bâtons à marotte jouaient le rôle de massues. Cette coutume barbare a disparu dans plusieurs pays ; mais il en est d'autres où elle subsiste. En Illeet-Vilaine, les batailles ont lieu, en général, entre les conscrits des communes patriotes et ceux des communes chouannes.

Quelquefois, les conscrits de deux communes passent la journée ensemble sans qu'il y ait aucune dispute ; ils sortent en même temps de la ville ou du bourg, et tout va bien jusqu'au moment où les deux bandes se séparent, généralement après une station à la dernière auberge. Ce n'est qu'à ce moment que commence la bataille. (D.)

Des conscrits de communes voisines vont, avant et après le tirage, se visiter dans leurs bourgs respectifs, drapeau en tête. Ces réunions ont surtout lieu entre communes de la même opi- "nion politique. (E.)

Les paysans redoutent le service mihtaire ; cependant, le jour du conseil de révision celui qui est reconnu apte à servir, sort joyeusement de la

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mairie en chantant et en criant : « Bon pour le service ! « tandis que ceux qui sont réformés pour vice de constitution ou faiblesse sortent pour ainsi dire sournoisement et avec quelque peu de honte. Les jeunes gens qui ont été réformés ont de la peine à trouver à se marier, et parfois, longtemps après, cela leur est reproché comme une tache.

A Saint-Glen, Penguilly, etc., les conscrits, avant de partir, font une quête pour leurs frais de route. Les uns leur donnent de l'argent, d'autres du blé, de l'avoine ou des pommes de terre.

Sur une coutume analogue en Poitou. Cf. Souche, p. 7.

Dans le Morbihan, vers la limite des deux langues, existent des fontaines où les parents conduisent les conscrits et les lavent pour les rendre invulnérables.

Cf. d'Amezeuil, Légendes du Morbihan, p. 139.

Il est assez rare que les jeunes paysans cherchent, aux dépens de leur santé, à échapper au service militaire ; toutefois, il y a des exemples, en Ille-et- Vilaine notamment, de sorciers qui, pour faire réformer les conscrits, leur faisaient piquer les testicules par des abeilles.

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