FAIRE AIMER
La croyance aux présages est très vivace à la ampagne, mais c'est surtout dans la période qui )récède le mariage que les galants des deux sexes es consultent ; il y en a une grande variété qui ont relatifs à l'époque où se fera l'union, au hoix du conjoint, etc. Les jeunes filles croient ilus que les garçons à ces augures et les consultent [avantage.
Les monuments préhistoriques sont l'objet de 2urs pèlerinages : à Roche-Marie, près Saint- ^ubin-du-Cormier; aux Faix-du-Diable, enMcllé;
la Roche-Écriante, en Montault; à la pierre du lême nom, en Saint-George-de-Reintembault lUe-et- Vilaine), les filles vont se frotter ou s'écrier se laisser glisser) afin d'avoir de la chance pour
q6 l'homme de la naissance a la mort
se marier bientôt. A Plouër (Côtes-du-Nord), lorsqu'une fille veut se marier dans l'année, elle va se laisser glisser « à eu nu « sur la roche de Lesmon ; si elle arrive en bas sans s'écorcher, elle est assurée de trouver un mari avant douze mois. Si on peut grimper sur le menhir de la Tiemblaye en Saint-Samson, on se marie également dans l'année; près de Guérande, M. de Montbret trouva dans les fentes d'un dolmen des flocons de laine liés avec du clinquant. Ils avaient été déposés par des jeunes filles animées du même désir.
Cf., pour les détails de ces pratiques, le tome I*"", p. 48-51, des Traditions et superstitions de la Hautc-Brdagne.
Dans la commune de Saint-Pern, il existait naguère, non loin du château de Ligouyer, un arbre antique qui attirait les jeunes filles, auxquelles le seul contact de son écorce avait la vertu de procurer des maris.
Pour savoir si on se mariera dans l'année^ on jette des épingles dans la fontaine de Saint-Goustan, au Croisic; il en est de même dans les Côtesdu-Nord; mais il faut pour cela que l'épingle descende au fond sans faire de tourbillon.
Cf. sur des usages similaires : Souche, p. 24 (Poitou) ; Joanne (Vosges, Alsace), p. 96; Souvestre (Basse-Bretagne), les Derr.iers Bretons, t. I'^'', p. 24.
« Il faut que Tépingle du mouchoir en face du cœur reste sur l'eau quand on l'y jette, ou adieu
l'époux. Les filles avisées remplacent le laiton par une épine sèche. »
(Fouquet, Légctidcs du Morbihan, Introduction.)
A la fontaine de Bodilis (Cf. Galerie bretonne, t. 111, p. 150), on consulte les eaux au moyen d'une épingle pour savoir si le galant est fidèle ou non.
« A la chapelle Saint-Ufcrier, qui marie les filles dans l'anliée, en Séné, le pied du saint est criblé de piqûres ; ce sont encore les filles en quête de maris ; mais il faut bien planter Tépingle et qu'elle soit neuve et bien droite, sans cela l'époux serait tortu, bossu et boiteux. »
(Fouquet, Légendes du Morbihan.)
Il y a en Haute-Bretagne plusieurs saints qui sont l'objet de semblables pratiques. Près de Quintin est une petite chapelle dédiée à saint Laurent, et tout près du lieu oîi se tient la foire de Saint-André. On vient y planter des épingles : si l'épingle reste fichée du premier coup, la fille se marie dans l'année; si elle manque, son mariage est reculé d'autant d'années qu'elle a manqué.
Aux environs de Moncontour, à un kilomètre de la ville, à mi-route de la chapelle de Notre- Dame -du -Haut , existait une petite croix ce pierre; autrefois, les jeunes filles allaient ficher des épingles dans la soudure existant entre un des bras de la croix et le tronc. Si l'épingle restait fichée du premier coup, la fille qui réussissait se mariait dans l'année. Aujourd'hui que la croix
q8 l'homme de la naissance a la mort
est abattue, c'est dans le trou du socle que l'on pique les épingles.
(Coinrauniqué par ivl. E. Hamoiiic.)
Dans la côte qui mène de Saint-Brieuc à Plérin se trouve la chapelle de Bon-Repos; au-dessus du portail, il y a un trou dans le mur; les jeunes filles qui veulent se marier dans l'année y jettent une pierre. 11 parait qu'il y en a beaucoup qui ont ce désir, car le trou est toujours rempli.
(Communiqué par M'^''^ L. Tcxier.)
« A Bréhat, lorsque les jeunes gens veulent se marier, ils vont au Paon consulter r?%'enir. Ils prennent de petites pierres qu'ils jettent dans la fente; si celles-ci tombent droitemcnt dans le gouffre sans toucher les parois, ils doivent se marier de suite ; l'ans le cas contraire, ils ont autant d'années à attendre que l.i pierre jetée a frappé de coups. » (Ernouî de la Cheueliére, p. 54.)
Près de Hénanbihen se trouve un petit saint de pierre très fruste, appelé saint Mirli, dont la tête, coupée sans doute jadis, avait été rajustée sur le tronc au moyen d'une barre de fer. Si on tournait la tête de saint Mirli un certain nombre de fois à un moment déterminé, on se mariait dans l'année. (M.) On arrive au même résultat si on embrasse trois fois la croix du Bois-Bra. (S.-C.) . Si on mange une pomme devant^une glace, on sj marie dans l'année, à la condition que l'on voie aussi une étoile vers neuf ou dix heures du matin.
Dans les Vosges, si on mange une pomme le jour Saint- .\iidré, on voit celle que l'on épousera. Cf. Mchisiite, t. I, col. 500.
On se marie encore prochainement si on jette de la graine de lin, et qu'on puisse la ramasser sans qu'il en manque une seule.
Si les laveuses peuvent faire sept fois le tour du doué en tenant entre leurs dents Vencherroiié, c'est-à-dire le drap à cendre, elles sont assurées de se marier bientôt. (E.)
On consulte la feuille de houx pour savoir si on se mariera ou non ; en touchant chacun des piquants, on dit : « Fille, femme, veuve, religieuse. » Ou : (c Fils, homme, veuf, religieux. » C'est le dernier piquant qui donne la réponse. (M.) On effeuille aussi les marguerites en répétant les mêmes mots. (E.)
Pour se marier dans l'année, il faut avoir quatorze épingles prises à la couronne de quatorze mariées différentes. (E.) — Ailleurs, une seule épingle suffit; mais, parmi toutes celles auxquelles la mariée les distribue, il n'v en a qu'une à se marier dans l'année.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie Ireionuc, t. III, p. 150), les épingles de la mariée ont la mémo vertu.
Si une jeune fille prête une épingle à un jeune homme qu'elle aime, cela unit l'amitié. Il en est de même d'un mouchoir. (P.)
Si les pies font leur nid dans le jardin d'une ferme où il y a des filles à marier, l'une d'elles sera épousée dans l'année. (S.-C.)
On est encore assuré de se marier dans l'année : Si on peut attraper une demoiselle. (E., D.) — Si on trouve du trèfle à quatre ou à cinq feuilles. (E.) — Q.uand on peut briser ave: le petit doigt de la main gauche une baguette de coudrier. (E.)
Mais si une fille laisse son trépied trop longtemps sur le feu, son mariage est retardé de sept ans; (P.) autant de minutes, autant d'années. (D.)
Pour savoir de quel côté on a sa bonne amie, on met des pépins de pomme dans un chapeau ou dans sa main et on les secoue. Le côté pointu du pépin indique où est la bonne amie. On dit :
Pépin, pépin, Tourne-toi, vire-toi. Par où le pépin tournera, La bonne amie sera.
Pour savoir avec qui on se mariera, il faut mettre sous son oreiller un morceau de la seconde pelure du saule, celle qui touche au bois. (E.)
Si l'on veut voir en songe la personne que l'on doit épouser, il faut, le premier vendredi du crêssent (croissant), dire cinq Pater et cinq Ave, dans
LE MARIAGE lOI
le premier endroit venu, en regardant le crèssent, puis jeter sans regarder dans sa direction ce qu'on trouve sous sa main, en disant :
Petit crêssent,
Verbe blanc, Fais-moi voir en mon dormant Qui j'aurai en mon vivant.
On se met ensuite au lit en y entrant du pied gauche; on se couche sur le côté gauche, et on récite, jusqu'à ce qu'on s'endorme, des prières pour les âmes du purgatoire. (E.)
Cf., dans Mcluslue, col. 220, une formulette assez semblable de Saône-et-Loire.
Si on veut connaître le nom de la personne que l'on épousera, il faut peler une pomme ou une poire, et jeter par derrière soi la pelure entière ; la lettre formée sera la première du nom ou du prénom du futur ou de la future.
Cf. Souche, p. 13.
Si, après avoir dit un Pater et un Ave, on prend une feuille de laurier-palme, et qu'on la mette sous son oreiller, on voit, la nuit, celui ou celle qu'on épousera; mais il ne faut parler à personne après qu'on a placé la feuille. (E.) — Si, un jour de fête, avant jour, on met une glace devant son lit, on voit dedans la figure de celui qu'on épousera. — Si, pendant l'élévation de la messe
102 l'homme de la naissance a la mort
Je minuit, on fait le tour d'une croix emboîtée (à niche), on voit la figure de sa bonne amie ou de sa femme future. (E).
On écrit aussi trois billets : deux qui sont ceux de galants qui vous font la cour; sur le troisième on met V inconnu. On enveloppe ces billets dans de la mie de pain et on les laisse tremper dans un verre. Celui qui revient le premier sur l'eau donne la réponse. (D.)
Lorsqu'une couturière perd ses ciseaux en se rendant à son travail, le matin, le jeune homme qui les trouve sera son mari. (P.)
Quand le pissenlit est défleuri, et qu'il ne reste que les graines, on en cueille un brin et on souffle dessus pour savoir si l'on est aimé. Si toutes les graines s'envolent, c'est signe qu'on est très aimé; s'il en reste quelques-unes, on l'est un peu moins ; s'il en reste un grand nombre, l'affection est faible. (M., E.)
On prend une baguette de coudrier, en forme de fourche, et on la tourne du côté où l'on a sa bonne amie ou son bon ami; si on est aimé, la baguette s'incline d'elle-même vers la terre.
Quand le dé d'une jeune fille tombe, on dit que son amoureux parle à une autre fille en ce moment. (P.) Si une couturière casse son aiguille en cousant, on dit que son amant l'abandonnera. (P.)
Pour savoir si on a de l'amitié pour un tel ou une telle, on enlève une à une les graines d'une espèce de folle avoine. (D.)
Si on veut savoir combien on a de bonnes amies ou de bons amis, on fait craquer les articulations des doigts; autant de craquements, autant d'amants ou d'amantes.
Même superstition eu Poitou (cf. Souche, p. 14) et eu Bric.
Vous n'aimez point les chats, vous n'aurez point un bel homme ; vous aimez bien les chats, vous aurez un bel homme ou une belle femme. (D., S.-C.)
Ce proverbe constate une superstition qui a son similaire eu Poitou (Souche, p. 14).
Si une fille se mouille en lavant, son mari sera ivrogne. (D.) En tordant le linge, celle des laveuses qui tord le moins fort épousera un veiivier. (D.)
Si la jarretière d'une femme ou d'une fille se relâche, c'est signe qu'elle est moins aimée. Si les bas ne tiennent pas jartclcs, l'amoureux de la jeune fille est infidèle.
Cf. Souche, p. 14.
Quand une fille se marie avant son aînée, on dit qu'elle lui a fauché l'herbe sous le pied (E.), ou qu'elle lui a écoupeJé (coùpéj les choux. (D.)
Pour savoir si un garçon est bon à marier, on
lui frappe le jarret avec le coupant de la main au moment où il ne s'y attend pas ; s'il cède, c'est qu'il n'est pas encore assez fort. (M.)
Si on peut se procurer une grenouille verte, il faut la mettre dans une pannette percée de petits trous. Ensuite on met la pannette et la grenouille dans une fourmilière. Mais, comme on ne doit pas entendre la grenouille jeter un cri, on s'éloigne de ce lieu le plus tôt possible; elle est aussitôt dévorée par les fourmis. On prend tous ses os, on les met dans un ruisseau. Parmi eux, il y en a un qui remonte le courant; c'est celui-là qu'on doit ramasser; on l'écrase et on le réduit en poudre, qu'on mêle dans du tabac à priser, et on en offre à la jeune fille que l'on veut enchanter. Une fois qu'elle a aspiré la prise, elle ne se connaît plus, et elle suit celui qui l'a enchantée.
D'après Bordelon, Histoire de M. Oujle, p. 80, si une grenouille verte est mangée par les fourmis, la partie gauche d'un de ses os fait haïr, la droite fait aimer.
Un garçon qui mettrait de la joubarbe dans sa poche et la ferait sentir à une jeune fille la forcerait à courir après lui (E.).
Cf. mes Traditions et superstitions, t. II, p. 337.
Quand on veut qu'une personne soit amoureuse de vous, il faut lui mettre dans la poche gauche, sans qu'elle le sache, une poignée d'herbe d'amour. (E.) Cette herbe mystérieuse s'achète.
dit-on, chez les pharmaciens ; c'est le seul renseignement que j'aie pu obtenir. Si la lune change dans les trois jours, la personne à qui on a mis de l'herbe d'amour est exposée à foîéier, c'est-à-dire à devenir folle. (E.)