‹ Coutumes populaires de la Haute-BretagneChapitre 13 sur 73 · III. — LA DEMANDE EN MARIAGE · texte numérisé non relu

III. — LA DEMANDE EN MARIAGE

A Plessala, quand un garçon a fait la cour à une fille pendant un temps suffisant, il va la trouver et lui dit :

— Putin, m'aimes-tu ben? (i).

— Vère don', crapaôu (crapaud).

— Ma itou, copie-ma (crache-moi) dans la goule, j'te l'renrai après.

Lorsque la jeune fille a craché dans la bouche du garçon, et que celui-ci lui a rendu sa politesse, ils se considèrent comme Hés et fiancés.

A Brusvily, près Dinan, quand un garçon et une fille veulent se prouver qu'ils s'aiment bien, ils se crachent aussi dans la bouche.

Cf. sur le rôle de la salive, mon article le Crachat et la salive dans V Homme, t. I, p. 584-59;.

(i) Ce terme est une sorte de juron qui n'impîique aucune intention malveillante.

io6 l'homme de la naissance a la mort

Lorsque c'est le père du jeune homme qui vient taire la demande en mariage, après avoir souhaité le bonjour, suivant les formules en usage, il dit

— J'avons zu eune bonne année sez nous j'avons du blé plein not' solier (grenier), j'avons du lard plein not' chânier; j'avons du cite plein nos tonnes; j'avons du hn tant, que je n'savons comment le filer. Av'ous eune fille pour nou' aider à manger tout l'ia et à faire not' ouvrage?

Bien entendu, il grossit toujours un peu; le père de la jeune fille ne dit ni oui ni non, du premier coup. Souvent, il va aux renseignements. Parfois c'est la mère qui, si le galant est d'une commune voisine, se déguise et va voir par ellemême. Le plus souvent, elle prend de vieux habits, met un bissac sur son dos, et se présente chez son futur gendre comme si c'était une mendiante. (D.)

Dans un de mes contes, Janvier d Février, n° XLVi, 2« série, c'est la fille qui, par le conseil de sa mère, se déguise en mendiante afin de voir par elle-même lequel de ses deux galants est le meilleur.

L'entremetteur de mariage s'appelle chaussenaire (E., S.-C), qu'il soit mâle ou femelle.

Jadis, à Calorguen, quand on faisait la demande en mariage, la fille roulait sur son doigt le ruban de son tablier, et elle le laissait retomber si elle acceptait.

LE iVIARIAGE IO7

En Basse-Bretagr.e, d'après Cli. Pcrint {Le Prcshxièrc de Plougtierti, Hachette, 1853, p. 121), la jeune fillc qui déroule son tablier encourage son galant.

En faisant la demande en mariage, on ne boit que du vin ; c'est celui qui demande la fille qui l'apporte. C'est parfois le jeune homme lui-même qui fait la demande. (E.) Si le jeune homme en faisant sa demande n'a pas apporté de vin, les parents de la jeune fille ont le droit de se dédire, même s'ils l'avaient accepté. (D.) Si le mariage est rompu par la faute de la fille, elle doit rendre le vin. (E.)

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. III, p. 44), aux iîançailles, on ne boit que du cidre ; mais chacune des deu.\ parties apporte sa quote-part.

QjLiand un jeune homme songe à épouser une jeune fille, il se rend le soir à la ferme, au moment où tout le monde est réuni. Il souhaite le bonsoir à la jeune fille, en lui disant :

— Salut, vos bonnes grâces. La jeune fille répond : — Les vôtres les surpassent.

Le Jeune homme. — C'est peu de chose à votre égard. La jeune fille. — C'est plus que je n'en mérite de votre part.

Cette dernière réponse est la formule employée pour faire savoir au galant qu'on l'accueille tavorablemcnt.

Formule de demande en vxariage. (Landchen, canton de Lamballe.)

io8 l'homme de la naissance a la mort

On dit de la dernière des filles qui reste à marier : « Olle est au bout du banc. » (E.)

Quand le mari est plus petit que sa femme, on dit : « Les souris enterront (entreront) dans la maie. » (E.)

La discussion des intérêts se fait souvent comme un marché.

Voici un dialogue populaire en Haute-Bretagne qui montre, sous une forme non déguisée, deux pères en train de discuter les conditions :

— Combien d'écus?

— Trois cents; mais mis sur la couette. - — Il faudrait plus.

— Pas un sou.

— Remmenez la bête.

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