V. — QUAND OX DOIT SE MARIER. — LE DÉPART POUR LE BOURG
Les mariages du mois de mai et ceux du mois •d'août sont malheureux ; ces mois sont consacrés
à la Vierge. Qui se marie en août épouse un Jainiant. On ne doit pas non plus se marier le jour de la Chandeleur, non plus que le jour d'une fête quelconque de la Vierge.
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 20), en Franche- Comté (cf. Monnier, p. 290), dans les Pyrénées (cf. A. de Nore, p. 90; Mélusine, col. 478), existe aussi une répugnance pour les mariages du mois de mai.
A Ercé, il n'y a pas de répulsion bien prononcée, bien qu'on dise en proverbe :
Dans les mariages du mois Je mai, La pie bat le geai ;
c'est-à-dire la femme bat son mari.
Le mercredi est un mauvais jour pour le mariage.
On ne se marie pas le mercredi, Ue peur d'avoir nom Jean-Jeudi. (E.)
Jean-Jeudi est synonyme de cornard.
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 22), c'est celui qui se marie le jeudi qui, tôt ou tard, devient Jcan-Jcudi.
On ne se marie pas le jeudi, car c'est ce jour-là que le Diable épousa sa mère. (P.)
Cette répugnance pour le jeudi était courante au xvi'^ siée le (cf. l'Evangile des Quenouilles, p. 158); elle existe encore en Bcrrj'.
A Saint-Gouéno et à Saint-Gilles-du-Mené, on se marie assez souvent le vendredi; ce jour-là, on ne mange pas de viande, mais de la iiiolne
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(morue), comme ils disent, ce qui coûte moins cher.
Par contre, dans des communes peu éloignées, on ne se marie pas le vendredi, parce que l'on n'aurait pas de chance. Il en est de même du samedi. (P.)
Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 127), si on se marie le vendredi, on meurt dans la lune de miel.
On n'a jamais qu'un bon mariage dans sa vie (P.); les seconds mariages ne sont pourtant pas rares, malgré certains inconvénients surnaturels ou terrestres.
Si une veuve se remarie, son premier mari vient la nuit la tirer par les pieds. (D.) Quand un veuf ou une veuve se remarie, on va casser des pots devant sa porte. On lui fait un charivari, et, si le mari est plus vieux que la femme, on crie :
Charivari I
Un vieux chat et une jeune souris.
Sur le passage de la noce, on pend de vieux pots dans les chênes. (P.)
Aux environs de Moncontour, surtout vers Hénon, lorsqu'un veuf se remarie, on se réunit devant chez lui en frappant sur des bassins, sur des lames de faux, en soufFxant dans des cornes en bois. Parfois, on allume un feu de paille. (P.)
S'il fait beau le jour du mariage, il y aura de la chance pour le ménage. S'il pleut, c'est signe que la mariée aimera bien le gratin, c'est-à-dire qu'elle aura beaucoup d'enfants. (E.) A Dinan, s'il pleut, la mariée sera heureuse; on dit que ce sont les larmes qu'elle aurait dû verser qui tombent ce jour-là. S'il fait un rayon de soleil, on dit : « Voilà la mariée qui rit. » (D.)
Les violons et les vielles, — leur nombre varie suivant la richesse des mariés, — vont d'abord chez le jeune homme, qui, avec son garçon d'honneur, ses parents et ses amis, se rend chez la future. Celle-ci n'est pas habillée, et comme le futur lui fait observer que l'heure s'avance, elle répond : « J'ai bien le temps. »
Autrefois, à l'arrivée du jeune homme, la mariée était cachée, presque toujours derrière une armxoire, et il devait la trouver. Alors seulement elle commençait à s'habiller.
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 23), la fiancée se cache aussi, mais derrière un grand drap blanc, en compagnie d'autres femmes, et le fiancé doit la deviner au seul contact de sa main ou de son pied.
Avant de partir pour aller au bourg, tous les invités étant réunis, la fille d'honneur cherche la mariée pour l'habiller. La mariée est introuvable, et toute la noce se met à sa recherche; on la trouve ordinairement dans le cellier, ayant auprès
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d'elle une brique (pot) et une écuelle, et elle raccommode une paire de chausses.
Celui qui la trouve la prie d'aller s'habiller pour se rendre au bourg. Mais elle semble ne pas comprendre de quoi il s'agit, et à toutes ces avances elle répond en oftrant du cidre. Enfin, après qu'on lui a bien expliqué les motifs pour lesquels elle doit aller au bourg, elle se laisse emmener, et on la remet à la fille d'honneur pour être habillée par elle. Quand la toilette est achevée, il reste les souHers à mettre; mais, quand on cherche les souliers, ils ont disparu. Les parents de la mariée les ont cachés, le plus souvent sur la planche à pain suspendue au plafond, ou dans un panier accroché au même endroit. C'est le garçon d'honneur qui doit les chercher; après avoir bien fouillé tous les coins et recoins de la maison, il finit par les découvrir. On sort de la ferme pour aller au bourg; les femmes portent les bandes de leurs coiffes rabattues, comme lorsqu'elles vont à un enterrement ; le bras, donné au cavalier, pend inerte et comme mort. (Landehen.) (i).
A Plouâne, la future ne peut s'habiller qu'après que le futur est arrivé ; si elle le faisait plus tôt.
(i) Je dois les détails marqués de la rubrique Landehen à M. Arthur Martin,
elle aurait l'air d'être trop pressée. A Saint-Cast, la future ne s'habille que quand tout le monde est venu ; le violon va la chercher. A Ercé, il en est de même : il faut que le futur soit là pour mettre la première épingle à la coiffe, et enfoncer la première épingle dans la couronne de la mariée. Quand une jeune fille essaie la couronne de fleurs d'oranger d'une mariée, cela l'empêche de se marier pendant un an.
Avant de partir pour le bourg, le jour de la noce, la mariée cache ses souliers du mieux qu'elle peut, et c'est le garçon d'honneur qui doit les découvrir. Quand les souliers sont trou- \'és, la mariée déclare qu'elle .est prête à marcher.
Mais, si, sur la route, elle aperçoit un chemin creux, elle quitte le plus vite qu'elle peut le gros de la noce, et s'enfuit par le chemin. C'est le garçon d'honneur qui est chargé de la rattraper. Cela s'appelle une happerie, et généralement, avant que la noce arrive au bourg, il y a plusieurs happeries. Si le garçon d'honneur ne peut l'attraper, il passe pour un failli chien. Pendant que la fille se fait poursuivre, les gens de la noce attendent, et, quand le garçon d'honneur la ramène, elle revient la tête basse.
Jadis, les filles à marier allaient, le jour de la noce, à cheval derrière le garçon d'honneur, qui montait la meilleure bête de la ferme ; mais il ar-
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rivait assez souvent des accidents; le cheval essayait de rentrer dans les écuries sans attendre que les cavaliers fussent descendus.
La coutume des happeries existe aussi aux environs de Saint-Gouéno et dans tout le Mené.
« Le jour de la noce, la fiancée va se cacher avec la fille d'honneur, dès qu'elle voit arriver le futur accompagné de ses amis. Longtemps fermée, sa porte s'ouvre après de longs pourparlers, mais point de fiancée. Le jeune homme furète dans la chambre, et la trouve, car il va sans dire qu'elle serait bien fâchée qu'on ne la découvrît pas. On part alors pour l'église, et, pendant toute la route, elle doit être surveillée scrupuleusement. Quelquefois, elle réussit à s'échapper, et le garçon d'honneur est obligé de la rattraper. Enfin, la cérémonie s'achève, les jeunes gens sont mariés, et reviennent paisiblement au logis, quand la future s'esquive derechef à travers champs, et le pauvre garçon d'honneur de courir encore après elle ! La lutte dure ainsi toute la journée, et, le soir, le jeune homme est rendu de fatigue. »
(Habasque, t. III, p. I3)-)
Jadis, la mariée se cachait dans le cellier ou
"dans le grenier; maintenant, elle ne se cache plus,
mais presque jamais, à l'arrivée de la noce, elle
n'est à la maison. S'il y a des voisins, c'est chez
eux qu'elle s'est réfugiée. (E.)
« Il n'y a pas plus de vingt-cinq ans, quand une jeune fille quittait la maison de ses parents pour se marier, ses parents et amis l'excitaient à ne pas partir et allaient jusqu'à déchirer ses vêtements. Cette coutume scandaleuse a disparu, et le clergé a aidé à la détruire. »
(Habasquc, t. III, p. 15;.)
Le jour des noces, on vient chercher la mariée chez elle; mais elle se cache en quelque endroit avec la fille d'honneur et d'autres personnes de la maison. Le marié arrivé, son garçon d'honneur et ses amis se mettent à la recherche de la mariée, et, lorsqu'ils l'ont trouvée, ils la ramènent à la maison. Là, les parents les plus âgés du jeune homme la demandent de nouveau en mariage, et l'on part ensuite pour le bourg. (P.)
D'après un usage vosgien cité dans les Mémoires de. la Société des Anliqitaires, t, X, p. 168, la mariée a aussi l'habitude de se sauver.
Au départ de la mariée, on tire des coups de fusil ; ces salves se répètent plusieurs fois dans la journée, et notamment au retour de la noce à la maison où a lieu le repas.
Les salves de coups de fusil sont usitées en Berrj- (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 35).
En allant au bourg, la mariée est conduite par son père ou l'un de ses proches parents; au re-
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tour, c'est le père de son mari qui la conduit. A l'aller et au retour, c'est la mère de la mariée qui conduit son gendre. (E.)
Les invités ont des rubans, violets pour les hommes, roses ou blancs pour les femmes ; c'est le garçon d'honneur qui attache ceux des femmes, et la fille d'honneur ceux des garçons ; après chacune de ces cérémonies, il y a embrassade. (E.)
Maintenant, depuis quatre ou cinq ans, on ne met plus de rubans qu'aux pères et mères, aux parrains et aux marraines, aux garçons d'honneur et aux filles d'honneur. Ils sont rouges pour les hommes, blancs pour les femmes ; en deuil, ils sont violets ou bruns pour les hommes. (E.)
En Berrj', c'est la fiancée qui attache les rubans aux invités. (Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 35.)
Si on rencontre un lièvre sur le passage de la noce, c'est d'un mauvais présage. (E.)
Quand le garçon s'est mal conduit, on place sur un des échaliers par lesquels il doit passer une poupée; c'est au garçon d'honneur de l'ôter avant qu'elle soit vue par les autres. (D.)
Si, au contraire, un homme épouse une femme qui a eu une mauvaise conduite, on parsème sa route de cornes, et on va casser des pots à sa porte. (M.) Si une fille a filé le dimanche, c'està-dire a eu une mauvaise conduite, on met des poupines (écheveaux) tout le long de sa route. (D.)
Lorsqu'une bonne sœur trottoire se marie, on fait des chapelets de pommes de terre que l'on suspend dans les arbres. (P.)
§ VI. — LA CÉRÉMOKIE X)U MAKIAGE ET LE RETOUR A LA K Aïs ON
On assure que, pendant qu'on se rend de la maison au bourg, les violons ou la vielle disent :
Viens, viens, malheureuse, viens.
Voilà le bourreau qui .t'emmène ; Viens, viens, malheureuse, viens, Voilà le bourreau qui te tient. (S.-C.)
Quand il y a trois mariages en même temps dans une église, ils réussissent mal tous les trois. (P.) S'il y a deux mariages le même jour, les deux mariées s'embrassent. (E.) Celui des époux dont le cierge brûle mal, ou se consume le plus vite, est celui qui mourra le premier, (E.) Parmi les présages qui indiquent que le mariage d'Alice de Quinipilly sera malheureux figure « le cierge de la mariée, qui a brûlé sans éclat et s'est éteint sans fumée. » Peu après, Alice meurt,
(Cf. Fouquet, p. 91-97.)
122 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA iMORT
Même superstition en Berrj' (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 38), en Sologne (cf. Légier, p. 214), en Basse-Bretagne (cf. Gitionvac'h, p. 155).
Quand les deux cierges des époux brûlent bien, cela présage une longue vie; s'ils se consument avec lenteur et qu'ils soient toujours prêts à s'éteindre, c'est d'un mauvais augure. Même croyance que ci-dessus pour celui qui brûle le plus vile. (P.)
Celui des deux mariés dont le cierge flambe le plus haut sera le maître dans le ménage. (E.)
Même croyance en Franche-Comté (cf. Perron, p. 29).
Il ne faut pas laisser l'anneau glisser jusqu'à la dernière phalange, sans cela le mari aurait trop de maîtrise. Quitter ou perdre son anneau porte malheur. (E.)
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 39), le mari, pour être le maître, doit ne pas le glisser au delà de la deuxième phalange ; mais, en Vendée existe la même croyance qu'en Haute-Bretagne.
On garde dans l'armoire les pièces bénies au mariage. (E.)
Quand la cérémonie est terminée, le marié va d'abord seul dans la sacristie avec ses témoins ; la fille d'honneur, — il y en a souvent deux, — prend la mariée par le bras et la mène s'agenouiller devant l'autel de la Vierge, sur la balustrade; puis son mari vient la chercher, lui offre le bras, et la conduit à la sacristie. (E.)
On se remet en route pour retourner dans la maison du marié. A chaque auberge, on s'arrête pour boire et danser ; car le sonnons de vielle ou de violon marche toujours en tête de la noce. Le jeune homme se verse à boire, et, après avoir bu, offre le reste à la fille d'honneur. Si elle accepte, chaque invité va à son tour lui offrir un verre dans lequel il a bu, et elle doit y tremper les lèvres sous peine de faire un aff'ront grave à celui après lequel elle refuserait de boire. (Landehen.)
Les invités devant la maison desquels passe la noce en revenant du bourç; off'rent aux nouveaux mariés et à leur compagnie du cidre, du pain et du beurre. (E.)
En arrivant à la maison, les gens qui sont là pour servir à table sortent et présentent à la mariée du pain, du beurre, des galettes, des gâteaux, du vin et du cidre. Il faut qu'elle accepte quelque chose. Puis on la conduit à la porte de la maison; là se tient la mère du marié. Elle prend sa bru par la main, la conduit au foyer, et lui remet la cuiller à pot, insigne du pouvoir domestique. De là, elle la conduit à sa presse. (Landehen.)
Pour la bienvenue, on dresse auprès de la maison où la mariée doit venir habiter, une table qui est garnie de pain, de beurre frais et de cidre; puis les gens de la maison viennent tous embrasser la mariée. (P.) « A Plumaudan, quand une
jeune femme vient pour la première fois dans la maison de son mari, on lui présente sur le seuil un pain et une motte de beurre, qu'elle distribue aux jeunes gens qui l'accompagnent, et qui en mangent avec empressemenc, persuadés qu'ils seront mariés dans l'année.
(Ogée, Nouv. Dici.)
« Dans quelques cantons, quand une jeune femme va habiter une autre commune, son village va la conduire à sa nouvelle demeure. Ses nouveaux voisins viennent à sa rencontre; pendant tout le chemin, les deux villages se la disputent comme une espèce de soûle, et, chaque fois que la route tourne, l'un la prend par le bras, un autre par la jupe ; c'est à la faire crier, à lui disloquer les membres, et la jeune épouse est trop heureuse quand elle en est quitte pour des contusions ou des vêtements en lambeaux. »
Les parents du marié vont chercher la bru par la main et l'embrassent avant son entrée dans la maison. (D.) En arrivant dans l'aire, si le repas n'est pas encore servi, on danse en l'attendant. (D.)
(Habasque, t. III, p. 136.)