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LE MÉNAGE ET LA FAMILLE I

A Gueniesey, la cbevaucherie d'ânes avait encore lieu tout récemment. S'il arrive que les coups de bec entre deux époux se changent en coups de poing et de griffe, mais surtout

Quand la poule plus haut que le coq chante,

le hameau se soulève en masse. Il est trop austère observateur des convenances de la chambre nuptiale pour ne point donner une sérénade à ce couple mal assorti. C'est alors que deux jeunes personnes, fille et garçon, dos à dos comme au sabbat des sorciers, représentent, à califourchon sur un baudet, le mari et la femme coupables. Ils sont suivis de tous les désœuvrés du canton, et cette cohue polissonne entonnait autrefois le refrain immémorial que voici :

Ma femme m'a battu

Par la tête et par le tchu,

A tout sa cuiller à pot

A m'a rompu l'co.

(Métivier, Glossaire, v° Che\<auc]:erie d'âne.')

A Devecey, près Besançon, existait une coutume analogue. « Toutes et quantes fois qu'un mari frappe sa femme durant le mois de may, les femmes du lieu le doivent trotter sur l'asne ou le mettre sur charrette et trébuchet et conduire trois jours durant, en lui baillant son droit, c'est assavoir pain, eau et fromage. » (Registre des tenues de justice au village de Devecey.) Cette coutume s'est encore exercée à Salins en 1815 et eu 1840 (D. Monnier, p. 292).

Si l'on voit quelqu'un se négliger après son mariage, surtout après avoir été très coquet, on dit qu'il a les caunes chûtes dans l'framha (les cornes tombées dans le fumier). (D.) Si c'est une femme, on l'appelle Inippe. (E.), c'est-à-dire malpropre.

On donne aussi ce nom de huppe aux. femmes

144 l'homme de la naissance a la mort

qui trompent leurs maris. Outre le mot de Molière, qui est très usité et sert de thème à une foule de plaisanteries, le mari trompé se nomme caunarti (cornard), Jean- Jeudi, Jean-Cou vertaine. On dit aussi qu'il est de la confrérie de Saint José, qu'on appelle irrévérencieusement le patron des cocus. Il }'• a toutefois un assez grand nombre de plaisanteries qu'on ne prend point en mauvaise part, telles que celles-ci : « Vêtes cocu, tout homme marié l'est (P.) ; » l'on veut dire que tout homme marié est marié, ce qu'on ne manque pas d'expliquer à ceux qui ne savent pas la finesse. On apprend aussi aux petits enfants à dire à leur père, lorsqu'il rentre le soir :

Coucou, papa, maman l'a dit !

Coucou, La huppe est sez nous. (E.)

Ce qui passe pour une simple gentillesse.

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