I. — LES SIGNES AVANT-COUREURS
rf^>«ES paysans ne sont pas éloignés de regarni Pi^ der la Mort comme un personnage chargé
d'une certaine mission, et q^ui, lorsqu'il se trouve à passer quelque part, en profite pour faire sa besogne. Ils disent aussi que, quand la Mort est dans un endroit, elle fait toujours le trépied : les maisons de la partie de la commune où elle passe sont les angles de cette sorte de triangle. Il }' a des gens qui observent soigneusement toutes ces circonstances, et qui, à l'occasion, citent de nombreux cas où cette superstition s'est réalisée.
Si un membre d'une famille meurt, il y a pour l'un de ses parents trois deuils dans l'année. (E.)
On assure que les maladies épidémiques et dangereuses « suivent le sang », c'est-à-dire s'attaquent plus facilement aux personnes de la même famille qu'aux étrangers. Lorsque, au moment d'un enterrement, la châsse tombe ou que le bois se casse, il meurt quelqu'un dans les huit jours. (M.) Quand la terre s'ouvre le vendredi pour recevoir un mort, il y a deux morts qui se suivent dans les quinze jours ; ou un autre enterrement le dimanche. (D.)
En Berry, on croit que, si on ouvrait la terre sainte après le soleil couché, chaque jour il mourrait quelqu'un. (Laisnel de La Salle, t. II, p. 79.) Dans les Ardennes, si un enterrement a lieu le vendredi, dans les six semaines il meurt quelqu'un de la famille (cf. Xozot, p. 127).
Quand il meurt quelqu'un à Saint-Germaiu, il meurt deux personnes dans la quinzaine. (M.)
La croyance aux signes avant-coureurs de la mort est très répandue en Haute-Bretagne ; les proches de celui qui va mourir sont avertis de sa fin prochaine par un signe qu'on appelle avènement ou avision. Si la personne qui meurt est éloignée ou en pays étranger, ses proches ou ses amis entendent un bruit ou voient quelque chose d'anormal au moment même où elle expire.
Cf., pour les détails, mes Traditions et superstiticfis, t. I'"", p. 267 et suivantes.
Ceux qui habitent la maison où est né quel-
qu'un qui meurt au loin voient son enterrement en effigie.
Cf., dans mes Traditions et superstitions, t. I^'', p. 270-271, des récits relatifs à cette croyance.
Voici d'autres signes qui présagent une mort prochaine : Si les chiens aboient avec force, quelqu'un de la maison mourra prochainement. (P.)
En Corse (cf. Bouchez, Nouvelles corses, Paris, 1823), existe la même croyance.
Quand les corbeaux restent longtemps à chanter dans un endroit, lorsqu'ils picotent autour de la maison, quelqu'un devra mourir dans les environs. (S.-C, E., P.) Le cri répété des chouans annonce la mort ; il en est de même de celui de la fresaie, surtout s'il est répété trois fois de suite.
Il en est de même si les chouettes viennent se poser sur les cheminées. (S.-C.)
Cf. mes Traditions et superstitions, t. II, ch. iv. En Basse- Bretagne existe la même superstition (cf. Dulaurens de La Barre, Veillées de l'Armor, p. 20 et suiv.).
Quand les faucheurs montent sur l'épaule d'une personne, c'est signe qu'elle mourra dans peu de temps. (E.)
Lorsqu'en marchant sur une route on voit un grand nombre de pies qui bavardent sans cesse et ne se sauvent que lorsqu'on est très près d'elles, si, de plus, elles reviennent aussitôt que l'on est passé, c'est signe qu'il y passera bientôt un enter-
rement. (P.) Si le chant du grcsillon vient à cesser, c'est un présage de mort. (P.)
Pendant les avents, les coqs follent, c'est-à-dire qu'au lieu de chanter aux heures habituelles, ils chantent à toute heure. Ce changement d'habitudes est d'un mauvais augure, et on croit y voir un présage de mort.
Cf. Fouquet, Légendes du Morothan, p. 158-146.
En paj-s bretonnant, le chant du coq avant minuit cr-t d'un sinistre augure ; il annonce la mort ou quelque calamité {Galerie bretonne, t. I, p. 150).
Quand les poules chantent le coq, on dit qu'elles sentent la mort de leur maître. (S.-C, P.)
Superstition connue aussi en Normandie (A. Bosquet, p. 219, cf. Mélusine, t. 1, col. 47); en Poitou (cf. Desaivre, Le Co], la Poule et l'Œuf, 1876); dans les Vosges {Mélusine, col. 498); Franche-Comté (Perron, p. 19); dans le Berry (Laisnel de La Salle, p. 238, col. 47). Voyez aussi de Gubernatis, Mythologie \oologique, t. II; p. 299.
La croyance que l'âme prend la forme de papillon est encore assez répandue à la campagne.
Quand on voit, le soir, de petits papillons blancs voler dans la maison, cela annonce la mort de quelqu'un de ses habitants. Aussi, quand il y en a beaucoup dans une maison, les gens en sont tout chagrins. Ils pensent que ce sont des âmes de revenants qui viennent chercher quelqu'un pour l'emmener avec elles. (P.)
En Poitou (cf. Souche, p. 13). Un papillon passe aussi pour
être l'âme d'un mort qui visite. Les Grecs appelaient le papillon ^vyYi TZSZOlxi'J'Oj âme volante. En Franche-Comté (cf. D. Monnicr, p. 143), la même croyance existe, mais moins explicitement.
5 II. — LA MOr.T
Les paysans se représentent la mort comme une eniiîc, et, s'ils savaient dessiner, ils la figureraient sans doute sous la forme d'un squelette armé d'une faux et enveloppé d'un suaire. C'est, d'ailleurs, ainsi qu'elle est représentée sur les monuments religieux.
Lorsqu'une personne est considérée comme perdue, on assure qu'elle « a la mort entre les dents )), ou qu'elle « est au bout de sa doitte >>. Une doitte, c'est une aiguillée de fil; et, pour dire que le médecin peut, sinon sauver le malade, du moins lui prolonger un peu la vie, on dit qu'il lui « a allongé la doitte » . Je crois qu'on peut voir dans cette forme imagée un souvenir lointain du fil des Parques.
"Lorsqu'un mialade est regardé comme perdu, on dit que les vers lui regardent les côtes.
— Il est comme ma première paire de hawies (culottes) : il est foutu. (E.)
LA Moirr
On dit aussi de quelqu'un qui meurt « qu'il rend les trois soufflets du baptême. » (E.)
Lorsque trépasse un honmie âge, on entend souvent cette réflexion :
— Il était assez vieux pour faire un mort. (M.) « Dans le Morbihan français, à la mort d'un
vieillard, on dit : — Le bonhomme était vieux et ne travaillait guère. A celle d'un jeune homme : — La mort y était; qu'y faire? »
(Fouquet, Légendes du Morhihan.')
Voici quelques autres dictons sur la mort :
— 11 faut manger un boisseau de cendres avant de mourir.
— On voit plus de viaux que de vaches à la boucherie, c'est-à-dire qu'il meurt plus de jeunes que de vieux.
— Il sera bientôt labouré par les taupes. Il mourra bientôt. Ou : Les taupes vont lui passer sur le dos.
Mort désirée,
Vie prolongée. (E.)
En parlant des méchantes gens :
— Ça ne meurt pas, la mortalité n'est pas sur les mauvaises bêtes. (E.)
Quelquefois, les parents adressent au mourant des exhortations; en voici une qu'un notaire m'a dit avoir entendue :
— Raidiss'oiis, mon père, pour mouri' cœuriiment. « Raidissez-vous, soyez énergique, pour mourir avec courage. »
On envoie chercher le parrain et la marraine quand le filleul est au lit de mort.
Pour la mort, à côté de la note grave, qui est dominante, il y a la note facétieuse ; mais je crois bien qu'elle n'existe que dans les contes, et rarement dans la vie réelle. J'ai pourtant connu un brave homme qui, venant d'enterrer sa bellemère, disait :
— Vaï, la v'ià ben asteure, les cônilles ne li roucheront pas la piau (Certes, la voilà bien maintenant, les corbeaux ne lui mangeront pas la peau). (M.)
Voici deux autres récits qui ont cours à la campagne.
Le père de Perrin se mourait; son fils, en lui faisant embrasser le crucifix, lui disait :
— Embrassez le bon Dieu, mon père, mourez librement, n'ayez pas plus de regret de moi que je n'en ai de vous; vous vous habituerez aussi bien là-bas comme ici. (E.)
Il y avait, une fois, un bonhomme et une bonne femme qui étaient sans cesse à se demander l'un à l'autre une donation. La bonne femme surtout répétait à chaque instant :
— Fais-moi donation de trois pièces de terre.
Elle ennuya tellement son mari, qu'il finit par lui dire d'aller chercher le notaire.
Quand il fut arrivé, le bonhomme dit :
— Travaillez, monsieur le notaire, et écrivez : Je donne à ma bonne femme trois pièces de terre : deux écuelles et un pot de chambre. (M.)
Il y avait, une fois, une fille qui disait toujours à sa mère qu'elle désirait mourir avant elle. La bonne femme, pour l'éprouver, pluma une poule, et, l'ayant lâchée dans la maison, alla se cacher derrière la porte. Quand la fille aperçut cette étrange poule, elle crut voir la mort en personne, et elle cria :
Drère l'hu (derrière la porte), Mort pelu (à poil).
Ma mère y est. (P.)
Pour les paysans, la Mort est un personnage qui a les passions des vivants; elle joue dans les contes un rôle important.
Sur cet anthropomorphisme de la mort, cf. dans VArchivio per le iradi^^ioni populari, t. IV, p. 421-432, mon .<irticle intitulé La mort en voyage.
Lorsqu'il y a un décès dans une maison, même si le défunt est mort subitement et sans s'être alité, on met des draps blancs dans tous les lits et on fait la lessive. On arrête la pendule et
1)6 l'homme de la naissance a la mort
on jette l'eau qui est dans les seaux, de peur que l'àme du mort ne s'y noie. (E.)
Dès que le défunt a rendu le dernier soupir, on allume une chandelle et on asperge le lit avec de l'eau bénite. (D.)
Mêmes usages en Basse-Bretagne (cf. Galerie brctoniie, t. III, p. 1)6).
Les éclieveaux de fil qui sont au-dessus des lits de la maison doivent tous être enlevés, parce que l'âme pourrait s'y embarrasser.
On enferme les poules et on empêche les chats de pénétrer dans la maison. (D.)
Les bêtes elles-mêmes, en effet, prennent part au deuil : presque partout, on met un morceau de drap noir aux ruches, surtout lorsque c'est le maître qui est mort; le grillon, en signe de deuil, reste six mois sans chanter. (P.)
Quant aux corneilles, oiseaux de mauvais augure, elles se réjouissent et chantent, en parlant du défunt :
— Esl-i' ben gros?
— r n'a qu'la piau
Et les rouchiaux (les os).
Là est gras, (E.)
Les pies répondent :
N'y a que du sieu (du suif).
Quand elles font entendre une sorte de grincement, on dit « qu'elles scient des châsses » (bières).
L'âme de ceux dont l'agonie a été pénible et qui sont morts sans être en état de grâce, quitte le corps sous la forme d'un corbeau noir; on assure que les personnes qui sont « dans la grâce du bon Dieu » les voient s'envoler. Lorsque la mort a été douce, l'âme s'envole sous la forme d'un papillon blanc ou gris, suivant que le défunt a mérité le Purgatoire ou le Paradis. A la page 299, tome II, de mes Traditions et Superstilions, j'ai rapporté un conte où un pauvre voit distinctement sortir de la bouche du mort un petit papillon; il le suit et apprend de lui qu'il est l'âme du défunt, et que l'endroit où il se trouve est rempli de papillons qui font pénitence.
Les noyés reviennent sur l'eau le neuvième jour. (D.)
Si une personne a été assassinée, son sang coule lorsque le meurtrier se trouve en sa présence. (D.)
Même croyance en Kormandic (cf. Amélie Bosquet, p. 275); à Guernesey (cf. Louisa Clarke, p. 47).
On habille le moit « dans ses habits du dimanche », on lui place un chapelet entre les doigts et un petit crucifix sui: la poitrine; on lui met sous la tête un oreiller, et il est enveloppé
1)8 l'homme de la xaiss.wxe a la mort
d'un linceul qui ne recouvre pas la figure : celle-ci est couverte d'un mouchoir; on ne coud pas le linceul. Une jeune femme est habillée dans ses robes de noce; une femme d'un certain âge, dans ses habits du dimanche. (E.) On rase le mort, et celui qui l'a rasé emporte le rasoir. (M., D.) Ailleurs, on coud le mort dans son suaire.
Quand une aiguille a servi à coudre un linceul, on la donne à un pauvre, avec ce qui reste du suaire. (S. -G.)
On fait un nœud au fil qui coud le linceul, parce que, si le Diable avait su faire un nœud à son fil, il aurait été couturier. (D.) Mais cette coutume n'est pas sans exception. Il faut se donner bien garde de faire des nœuds au fil destiné à coudre le Hnceul; car, au jour du jugement, le mort resterait ernbrêU dans son suaire, et ne pourrait comparaître au tribunal de Dieu. (P.)
Quand on ensevelit une personne, on demande si elle a nommé ; si elle n'a tenu personne sur les fonds baptismaux, on lui met les mains derrière le dos, au lieu de les croiser, selon l'habitude, sur la poitrine. (E.)
Le mort est lavé; on lui passe une chemise blanche. Si c'est une femme, on la coiffe et on lui met un mouchoir de cou ; généralement, c'est le châle de noces. Si c'est une jeune fille, le châle est blanc.
On place un chapelet entre les mains du mort.
Lorsque la toilette est faite, on l'enveloppe d'un drap, en laissant la figure à découvert, à moins qu'elle ne soit grimaçante. L'ensevelissement a lieu peu de temps après la mort, à moins que le décès n'ait eu lieu la nuit. (D.)
En Isormandie (cf. A. Bosquet, p. 274), on met aussi dans la bière du mort son chapelet et sou livre de messe.
Auprès du lit, on place une croix, et de l'eau bénite dans une assiette avec un fragment de laurier des Rameaux. (D.) En certains pays, surtout dans les familles riches, on fait une espèce de chapelle avec des draps de lit, et on met le mort dans la chapelle; il est revêtu d'une chemise blanche et tient à la main un crucifix ou un chapelet. Généralement, le chapelet est enterré avec le mort.
L'usage de la chapelle existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. III, p. 156).
Avant l'enterrement, on dépose la châsse (bière) sur des bancs ou des tréteaux, d'où ces expressions : « Il est su' les chahuts (S., D.); il est sur les herchets » (M.), qui veulent dire que quelqu'un est mort, mais non enterré.
Aux veillées des morts, il vient beaucoup de monde, surtout des femmes ; on y dit des chapelets, mais aussi on y prend du café, et souvent
i6o l'homme de la naissance a la mort
on y plaisante. Après minuit, il ne reste plus guère que les gens de la maison. (D.)
Le mort peut en certains cas guérir, on lui passe le mal qu'on a et qui ne peut lui nuire. Si, par exemple, un enfant a une envie, il faut le porter devant une personne morte, et toucher l'envie avec la main de morte. On peut être assuré qu'elle disparaîtra. (Saint-Méloir-des-Bois.)
§ III. — l'enterre.mext
La plupart du temps, le mort est porté à bras.
Vers Quintin, quand on mène le corps dans une charrette, on f.iit au-dessus une sorte de tente en gaule de heude (coudrier), sur laquelle on étend un drap blanc.
Si c'est une jeune fille, les porteuses sont aussi des jeunes filles qui sont habillées de blanc; les jeunes garçons sont portés par des garçons; les hommes et les femmes mariés, par des hommes. (D.) Ces usages varient au reste de commune à commune : j'ai vu des femmes mariés portées par des femmes. Les fermiers portent la cliâssc de
LA MORT l6l
ieur maître. (M.) Ailleurs, ils s'y refuseraient cnergiquement. (D.)
Mcme coutume en Normandie (cf. Barbey d'Aurevilly, l'En soicclée, p. 268).
A Saint-Domineuc, les porteurs vont à l'église, puis ils dînent. C'est le plus proche parent du mort qui porte la croix ; à Ercé aussi.
Dans nombre de communes des Côtes-du-Nord, les parents du mort, et surtout les femmes, au lieu d'aller à la tête du convoi, sont à la queue, lis se mettent dans le bas de l'és^lise. Ils s'agenouillenî à côté de la porte du cimetière, et pleurent pendant la cérémonie et pendant que les amis défilent au retour. A Ercé, les parents vont à Tenterrement en habits de travail, et non en habits du dimanche, et ils sont à la queue du convoi.
Une personne parente ou amie va déposer de petites croix de bois longues de dix à douze centimètres au pied de chacune des croix auprès desquelles passe l'enterrement. (E., P.)
Même usage en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 75).
Lorsqu'une personne meurt sans confession, au heu d'ouvrir le grand portail, on passe la châsse par-dessus l'échalier du cimetière, d'où le nom de passée mortueUe donné à cet échalier. Le premier qui le franchit après la cérémonie est sûr de mourir dans l'année. (D.)
102 l'homme de la naissance a la mort
L'âme du mort ne quitte son corps qu'au moment où le prêtre chante : « In Paradiso. » (P.)
Il peut paraître assez singulier de trouver, dans un pays où le respect de la mort est entretenu à la fois par la religion et par les histoires de revenants, plus puissantes encore peut-être, toute une série de facéties sur les enterrements.
D'après Perron, qui cite, p. 123, trois %'ers d'un Libéra comique, les mêmes facéties existeraient en Franche-Comté (cf. aussi, p. 126, une préface parodiée).
Voici d'abord ce que disent les cloches aux grands enterrements :
— Tu n'as don pas voulu v'ni, A don' fallu aller te cri (chercher) ; Mais tu paieras bien cher nos pas, Nos démarches et nos repas. (E.)
Viens-t'en, bonhomme, r a longtemps qu'la terre t'attend. (E.)
Les cloches par leur son indiquent aussi le sort de celui qu'on va mettre en terre; on raconte quj le curé de Langast reconnaissait au son du glas si la personne dont il faisait l'enterrement était perdue ou sauvée. (P.)
Puis l'officiant, comme dans Le Curé et son Seigneur, de La Fontaine, est mis en scène, et, pendant toute la messe, il suppute ce qu'il aura
Tant eu argent et tant en cire Et tant eu autres menus coûts.
A ïlniroit, si c'est un mort riche, il commence par dire :
— r y a gras.
Il est probable que le Kyrie et les autres chants qui précèdent la prose étaient aussi parodiés; je ne les ai pas retrouvés; mais voici la parodie du Dies ira; c'est l'officiant qui est censé la chanter sur le même air que la prose latine. En voici trois couplets :
Tu n'as don' pas voulu veni',
A don' fallu qu'on aille te cri'.
Mais tu paieras aussi nos pas,
Car nous ferons la vente sez ta (chez toi).
Nous venderons la pelle et l'trois-pieds, La cotte ainsi que les veilles brées, Et si cela ne suffit pas, Nous venderons la pelle et l'sas.
Nous venderons les chaudcrons, Nous venderons tous les haillons.
Et si cela ne suffit pas, Nous venderons jusqu'à tes draps.
A la Préface, il se moque de l'orgueil de ceux qui ont fait des fondations dièrement payées : C'est Madame de Tourneminc — qui a donné
l64- l-'ffiDiaCE DE LA XAIS:
Ml su . .... ... .-. ■ : .. ::.... ... .:.:.: t:
i - -- . .:.-.; — : : .- .- chanter et boire a. sa
,:e, exdîe chez Fo-S:.
AppoTEc:: - jêcrodiraz et mettez i feoMir),
Paorijîs, après ce mat, an 2.|aate :
La poodiigtte recrplie.
Ijc fijuBT esc dhier,
QpBSQQXu SKB. CSSt IEDSIE1L OSt m'ât- pSS EnSSOSIIIl f?T tJSCÎlX,
-irépouul Famtire (parcfxSe et Ei ne nos indmms in tmMkmem).
IjMsspe. tssm est termirié, les parents ofeent le ca^ aos pontSŒrs «iajns rame amoerge. (E.)
Après renterrement, le Ct est xiàé à IookI, cm en retire h. paille et on la hrûle; il en est ^ même de la baDe. (D.)
Si rentenement a lieu le matin, on k:ve les draps du mœt dâ raprês-midi. (D.)
Vt-
i "Évangile, (D.)
'. meurt qadqu^on dans vm vîQag^ du village, même non parents, sliabiUent en ncùr le dimanche suivant et même pen> dant deox ou trois dimand&es. (£.) Les abolies sont mises en deuU.
Cf. poniir les diuàk k tfone H, p. 2S1, ^ ânes TmnSitimg ft
i66 l'homme de la kaissanxe a la mort
Le culte des morts est poussé très loin en Haute-Bretagne; il s'y mêle peut-être plus de peur que de véritable piété pour le souvenir de ceux qui ne sont plus. D'après des récits qui sont parmi les plus populaires, les morts se chargent, au reste, de rappeler à ceux qui seraient tentés de les oublier, les égards qui leur sont dus. On trouvera de nombreux détails sur ce sujet dans la série de contes intitulée les Morts qui se vengent, t. h^y p. 253 et suiv., de mes Traditions et superstitions.
J'ai, au reste, traité longuement dans un chapitre spécial la manière dont les paysans envisagent le rôle des revenants. Comme je n'ai, depuis, recueilli aucun détail important, je me contente d'y renvoyer.
On voit encore près des éghses, ou dans un édicule spécial du cimetière, quelques rehquaires où sont exposés les os des morts ; il y en avait davantage autrefois, et j'en ai vu disparaître plusieurs, soit parce que le cimetière a été transféré ailleurs, soit que l'usage est tombé en désuétude. Je n'en ai point vu où, comme en Basse-Bretagne, . les têtes de mort étaient placées dans une sorte de boîte avec un trou en cœur et une inscription.
Cependant cet usage y a existé. M. Auguste Lemoine m'écrit qu'à Saint-Briac (Ille-et-Vilaine), il a vu des crânes enfermés dans des boîtes en
forme de lanterne, surmontées d'une croix. Elles portaient des inscriptions comme : « Mons X icy est crâne » (sic) ; ou « Cy le chef de X. » La ienterne était ornée de filets bleus et la tête se voyait par une ouverture carrée pratiquée sur la façade. M. Lemoine m'assure avoir vu des boîtes semblables à Ploufragan, au sud-ouest de Saint- Brieuc, presque à la limite du breton et du français.
Jadis, quand un cimetière était abandonné, on transférait les ossements de ceux qui y avaient été inhumés dans le nouveau cimetière ou dans le reliquaire. J'ai entendu raconter à ma grand'mère que, lorsque Saint-Germain cessa d'être paroisse, les habitants de Matignon y allaient en procession à certains jours, aux Rogations, je crois, et que chacun rapportait avec lui un ossement, qui était déposé dans le reUquaire.
Certains cimetières, surtout ceux de la côte, sont bien tenus, et les tombes sont ornées de fleurs et de coquillages, mais il y en a d'autres qui sont envahis par les ronces et les mauvaises herbes.