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II. LE CARÊME

Les Cendres. — Le mercredi des Cendres, on dit :

Mardi-Gras s'en est allé ;

J'ons fait des crêpes,

r n' a point mangé. (E.)

Le mercredi des Cendres, Je voudrais le voir pendre; Le jeudi absolu (jeudi saint), J'voudrais le voir venu. (P.)

On dit en manière de plaisanterie :

Celui qui n'a qu'un zieu (qu'un œil)

Ne voit qu'un carême en deux ans. (E., D.)

La Mi-Carême. — On dit à la campagne : « Quand Madame la Mi- Carême passera, elle apportera des bonbons. » Les paysans ont personnifié cette époque de l'année et ils déclarent que, quand elle arrive, on peut voir une belle femme traversant les airs et secouant dans son vol un cornet d'où s'échappent des friandises.

Ailleurs, la Mi-Carême est un grand cheval blanc tout couvert de morues, qui passe sans cavalier et distribue des morues à tout le monde. On lui porte du pain ou du foin. (D.)

C'est ordinairement au pied d'une croix que l'on mène les enfants pour leur faire voir la Mi- Carême qui passe ; ils emportent un peu de foin pour le cheval de la Mi-Carême, et, s'ils sont sages, celle-ci leur fait un petit présent. (P.)

Parfois, ils brûlent au pied d'une croix la poignée de foin qu'ils ont apportée, et la Mi-Carême, si elle est contente, leur donne des rubans. (E.)

La même croyance existe en beaucoup Je lieux. En Eure-et- Loir, d'après A. S. !Morin, p. 11, c'est au pied de la pierre tournante d'Ymonville que la Mi-Carèmc se montre.

La Passion et la Semaine sainte. — L'usage d'aller chanter la Passion à la fin du carême subsiste encore en beaucoup de communes; généralement, ces chants commencent le dimanche de la Passion et continuent pendant toute la semaine jusqu'au dimanche des Rameaux inclusive-

ment; ailleurs, ils ne cessent que le jeudi saint, ou même la veille de Pâques. Ils ont lieu la plupart du temps à l'entrée de la nuit.

Les chanteurs sont des jeunes gens qui se réunissent exprès pour aller de ferme en fermée et de village en village. L'un d'eux, qui se nomme le portons de panier, est chargé de recueillir les œufs qui sont habituellement la récompense du chant. Lorsque la bande arrive dans l'aire d'une ferme, l'un d'eux crie à haute voix : « Chanterons-] e? » (Chanterons-nous ?)

Si on leur dit oui, ou si simplement on ne répond pas, ils se mettent à psalmodier, sur une sorte de rythme traînant, une pièce de vers en alexandrins incorrects, qui a l'air d'un prologue de Mystère. La fin de chaque vers, à partir de l'hémistiche, se répète trois fois.

Il y avait d'autres Passions plus longues, mais on ne les chante plus depuis une trentaine d'années, à ce qu'on m'a assuré.

La Passion du doux Jésus, — ah! mon Dieu, qu'elle est grande! Écoutez-la, petits et grands, — ceux qui voudront l'entend'e. Il a jeûné quarante jours, — quarante nuits ensemble, Et au bout de la quarantaine, — il a bien voulu prend'e ; Il 41 bien pris deux doigts de vin, — une pomme d'orange ; Les Juifs lui ont fait apporter — pour cinq sous de pain d'orge ; Il en a eu de quoi dîner — lui et tous ses apôtres ; Le reste qui en a resté — l'a fait donner aux pauvres. Saint Pierre il a dit à saint Jean : — Vous en verrez bien d'autres.

Vous verrez qu'il glacera si dur — que les rochers en fendent. Vous verrez les petits oiseaux — en mourir sur la branche; Vous verrez la mer surmonter — plus haut que ces montagnes; \'cus verrez Jésus couronné — avec une épine blanche. Vous verrez sou sang dévaler — tout en levant ses manches ; Vous verrez sa Mère à ses pieds, — qui criera vengeance ; Vous verrez la terre et les cieux — se réunir ensemble ; Vous verrez saint Michel venir — do (avec) ses justes balances.

Remerciements.

En vous remerciant, mes braves gens, — Dieu soit la récompense. Dieu nous veuille mettre en Paradis, — vous et nous tous en-

[serable.

Jadis, on chantait parfois une complainte héroïcomique dialoguée dont je n'ai retrouvé qu'un fragment, assez plaisant du reste ; le voici :

Quand saint Pierre coupit

A Malchus l'oraïlle,

L'bon Jésus li dit Tout bas dans l'oraïlle :

— Pierrot ! — Quai ! mon bon Dieu ?

— Rengaine ton queuté (couteau),

Mon boudé (chéri, ami), Rengaine ton queuté.

Quand on ne donne pas à ceux qui ont chanté la Passion, ils vont ébrancher les choux de ceux qui leur ont refusé.

Lorsque le récitatif est terminé, on chante :

Si vous n'voulez reii nous donner, Ne nous fliites pas attendre :

Donnez-nous la servante ; Le portous de panier Est tout prêt de la prendre. (P.)

Ou

Si vous n'ez ren à nous donner, Ne nous faites pas attendre ; Car il fait noir à mal marcher.

Le point du jour s'avance. (S.-C.)

Dans le canton de Liffrc, on termine par le couplet suivant, qui se chante surtout quand les gens ne se pressent pas de donner des œufs :

Réveillez-vous, coeurs endurcis; Vot' eu paissera o les liuceux (draps). Si vous n'v'Iez pas nous donner d's ceu's.

Si, malgré cette pressante admonestation, on ne donne rien aux chanteurs, avant de s'en aller, ils chantent ceci :

Le coucou est monté dans sa chambre, Il a les caunes dans l'tripied.

Et la tête dans les cendres.

Si vous ne voulez rien donner.

Ne nous faites pas attendre.

Mon camarade a fret ès-pieds.

Et moi la cuisse me tremble !

Voir L. Dumuys, le Chant de la Passion dans la Soloone orlia-

i:aise, dans les Mémoires de la Société arch. d'Orléans, 1882, de curieux détails sur le chant de la Passion dans la Sologne.

Si le vent est dans le haut Le jou' des Ramiaux, Faut rincer les tonniaux; S'il est soulair (sud).

Faut baïre à plein verre, Et s'il est dans l'bas.

Fout' les tonnes dans n'un tas. (E.)

On croit que le vent qui souffle le dimanche des Rameaux, pendant l'Évangile, est celui qui dominera pendant le reste de l'année. Cette croyance, qui est répandue dans plusieurs parties du pays gallo, existe aussi à Lorient (c'est pendant l'élévation) et dans les environs de Chartres.

Cf. Mclusine, t. I, col. 143 et 144.

Sur la côte, le vent dominant de l'année est celui qui souffle pendant l'Évangile des Rameaux; aussi les marins sortent-ils pour voir de quel côté est tourné le coq du clocher. (S.-C, D.)

Ailleurs, le vent tourne au moment où l'on frappe les trois coups à la porte avec le bâton de la croix.

Si, pendant la procession des Rameaux, lèvent vient du bas (sud, ouest), il n'y aura pas de pommes. (P.)

On porte les enfants à la messe; les mères

sont persuadées qu'ils marchent plus vite après avoir assisté à la cérémonie de la procession.

Ce dimanche est aussi celui où l'on peut le plus utilement consulter le sort. Pour savoir si on se mariera dans l'année, si on sera pris à la conscription, ou toute autre chose, il faut mettre une clé dans son livre de messe. On serre le livre, et on le balance au bout de la clé, et on lui fait sa demande; si le livre tourne du même côté que le soleil, ce qu'on a souhaité arrivera. (P.)

Au moment où le prêtre frappe la porte de l'église, tous les serpents tombent au pied de la tour de Babylone, et ils ne peuvent remonter. S'ils n'étaient pas abattus ce jour-là, ils se mettraient à voler et dévoreraient les gens. (P.) On croit que, si les v'iins et les couleuvres ont été sept ans sans voir âme vivante, il leur pousse des ailes. (D., P.)

Cf. Traditions et superstitions, t. II, p. 221.

Si on porte sur soi une croix faite avec du laurier bénit des Rameaux, on ne meurt pas d'accident ou de mort subite. (P.) Le laurier ou le buis des Rameaux préserve aussi du tonnerre. (E.)

Croyance analogue dans les Vosges. (Cf. Mél., col. 454.)

On place dans les champs des branches de buis ou de laurier bénit des Rameaux pour porter

chance à la récolte. On en met aussi aux étables pour préserver le bétail des maladies. (P.)

Si on a sur son chapeau une branche de laurier bénit, on peut se promener sous l'orage en toute sécurité. (Hénon.)

Il f;mt bien se garder de faire la lessive pendant la semaine sainte : on serait exposé à voir mourir dans l'année une personne de la maison ou une des lavandières. (E., S.-C, D., P.)

Même croyance en Poitou. (Cf. Souche, Croy., p. 9.)

S'il pleut pendant la semaine sainte, la terre est altérée toute l'année. (E.)

A Pleudihen, pendant la semaine sainte, des groupes en deuil vont de porte en porte chanter la Passion. On leur donne des œufs pour récompense.

(B. Jollivet, t. II, p. 69.)

Cet usage de quête aux œufs existe en beaucoup de pays, no-'"^ tamment en Seine-et-Oise. (Cf. Mélusine, t. I, coL 143.)

Le jeudi saint, on cesse de sonner les cloches; on dit qu'elles vont à Rome pour demander au pape la permission de faire gras. Certaines personnes comprennent ce qu'elles disent. Elles en reviennent le samedi, et alors on les sonne à toute volée. En beaucoup de pays, les enfants se rendent sur les chemins dans l'espoir de voir les cloches passer à leiir retour de Rome. (E., M.)

Pendant que les cloches vont à Rome, on ne bêche pas la terre. (E.)

S'il pleut le vendredi saint, la terre est harc (mouillée) toute l'année. (P.)

Qiiand il gèle le vendredi saint, les gelées ne portent pas (ne sont pas nuisibles) toute l'année. (E.)

Il ne faut pas faire la lessive le vendredi saint, car on laverait son suaire. (S.-C.) Ailleurs, on assure qu'on brûlerait le sang de Jésus-Christ. (P.)

On ne doit pas non plus laisser d'eau dans les vases de la maison : on assure que, la nuit, il y tombe une goutte de sang, et cela porte malheur. (P.)

Si on bêche le vendredi saint, on creuse la tombe de N.-S. Jésus-Christ. On assure aussi que la terre saigne si on la laboure; mais il est d'usage de n'y pas toucher ce jour-là.

La même croyance existe à Koirmoutiers. (Cf. McJusiue, t. I, col. 144.)

Le vendredi saint, qu'on nomme le vendredi b'tii ou 7n'ni, on fait jeûner les enfants pour qu'ils trouvent des nids, d'où ce dicton :

Le vendredi béni, r faut jeûner pour trouver des nids. (M.)

La même coutume existe en Lorraine. (Cf. Mélusine, t. I, coL 142.)

C'est le vendredi saint qu'on met le nid dans la cage des oiseaux; on place un clou dans le fond pour empêcher les œufs de tourner. (D.)

En Sicile {Gitbernatis, t. II, p. 29e), quand une poule couve, on place au fond de son nid un clou, qui, dit-on, a la propriété d'attirer et d'absorber toute espèce de bruit de nature à nuire aux poussins.

Les œufs pondus le vendredi saint doivent être mangés pour se décarêmer. (S.-C.)

Les hirondelles arrivent toujours avant le vendredi saint, pour assister à la Passion.

Cf. dans Rolland, t. II, p. 320, une légende saintongeoise, où l'hirondelle passe pour avoir essayé d'arracher les épines sur la tète de Jésus-Christ.

C'est aussi ce jour-là qu'on nettoie les ruches; on le préfère à tous les autres parce qu'il est béni. (P.)

Au bord de l'étang de la Huais, à Bain, est une chapelle en ruine dédiée à saint Melaine. Le vendredi saint de chaque année, dans cette chapelle, les paysans viennent offrir au saint des pieds de cochons pour obtenir un temps propice à leurs récoltes.

(Communiqué par M. Orain.)

Le samedi saint s'appelle :

Le samedi absolu Qui fout l'carême su' l'eu. (D.)

Le samedi d'avant Pâques, des jeunes gens se

réunissent pour chanter Alléluia. En arrivant dans l'aire, ils se mettent à chanter, et parfois ils ont avec eux une vielle et un violon :

Réjouissez-vous, peuple affligé, Jésus-Christ est ressuscité.

S'il ne Test pas, il le sera.

Alléluia !

Puis ils demandent la permission de chanter, en disant :

Chanterons-je ?

S'ils ont obtenu la permission, ils chantent aussi :

Réveillez- vous, peuple affligé, Jésus-Christ est ressuscité.

En peu de temps, on le verra.

Alléluia {quater) I

Consolez-vous, Reine des cieux.

Finissez vos alarmes.

Ne permettez plus à vos yeux

De répandre des larmes.

Votre cher Fils est glorieux.

Il a repris ses charmes.

Alléluia! Mère d'amour.

Mon aimable in cesse.

Alléluia ! dans ces saints jours ;

Chantons à l'allégresse, Reine de la céleste cour.

Alléluia 1 sans cesse.

Il est enfin ressuscité ;

Nous devons tous le croire.

A la mort il a remporté

Une entière victoire.

Honorons son humanité,

Honorons cette gloire !

Alléluia ! Mère d'amour, etc.

Vous aurez le contentement, Comme moi la première,

Et vous jouirez paisiblement Des flambeaux de lumière,

Pour épuiser paisiblement Des faveurs singulières.

Alléluia I etc.

Il n'aura plus, ce tendre Fils, Les épines sur la tête;

Tous CCS maux seront ensevelis Dans une grande fête.

Ornez-vous de fleurs de lis En chantant ses conquêtes.

Alléluia! etc.

Si vous n'ez rien à nous donner, Ne nous faites point attendre.

Car il fait noir à mal marcher :

Le point du jour s'avance.

Sortez du lit sans balancer.

Vous aurez récompense.

Alléluia! etc.

Remerciement :

En vous remerciant, Mes braves gens,

Le présent est honnête :

Retournez vite vous coucher.

Et dormez à votre aise, Le bon Jésus vous bénira

Comme des gens honnêtes.

Qiiand ils ont fini, on leur donne des œufs.

Dans le canton de Matignon, les chanteurs terminent leur chanson par ce couplet, qui se chante sur l'air à' Alléluia :

Si vous n'ez ren à nous donner, Baillez-nous la fille de l'hôté (de la maison) ; Chacun de nous l'embrassera.

Alléluia 1

Variante :

Un fort panier la portera.

Ceux qui ne veulent point donner d'œufs chantent le couplet suivant :

Mes pauv's gas, v'êtes ben mal venus : Nos chienn's de poul's n'ont point ponnu. Venez demain matin ; not' chien ponra.

Ahl mes pauv' gas ! (E.)

Alors les chanteurs répondent :

Si vous n'vouliez rien nous donner, N'fallait pas nous laisser chanter ; Un jour le eu vous pèlera.

Alléluia! (E.)

En vous r'merciant, mes braves quêfous (sots), Nous irons tous ététer vos choux, Et votre porée, s'i' y en a, Alléluia !

Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 125), ce sont les enfants de chœur qui vont à la quête aux œufs. — De même en Seine-et- Marne.

Aux environs de Laval, les enfants vont de porte en porte, la semaine sainte, demander les œufs de Pâques, en disant : « Mouillorin ! La poule a-t-y pondu à matin ? »

Si l'on veut avoir des richesses, il faut se rendre, la nuit, près d'un talus où il y ait des coudriers. Lorsque sonne le premier coup de minuit, on saute sur le talus et l'on coupe une branche; mais il faut être redescendu avant que le dernier coup ait sonné, sinon on serait enlevé. On ramasse bien précieusement cette baguette de coudrier, et, lorsqu'on désire quelque chose, on est assuré de l'avoir en disant : « Par la vertu de ma baguette, que j'aie telle ou telle chose. » (P.)

5 III. DE PAQUES A LA FIX DE l' ANNÉE

PÀQ.UES. — On dit que, pendant la nuit de Pâques, toutes les pierres sont transformées en pain, et l'eau en cidre.

Il y avait, une fois, un homme qui traitait cette croyance de farce ; il ne se coucha point et alja chercher une grosse pierre qu'il avait choisie tout exprès et de l'eau qu'il avait préparée d'avance. Au milieu de la nuit, il vit la pierre transformée en une belle miche de pain, et son eau en cidre. Il mangea de bon appétit et but du cidre en proportion; mais, quand son repas fut terminé, il ressentit de grandes douleurs; le pain était redevenu pierre, le cidre n'était plus que de l'eau, et l'homme mourut.

(Conté, en i8Si, par J.-M. Comault, du Gouray.)

Le jour de Pâques, les pierres de Crokélien, commune du Goura}-, se dérangent pour laisser à découvert, pendant qu-elques instants seulement, une barrique d'argent qu'elles recouvrent.

Cf. sur ce trésor mes Traditions ei superstitions, t. I^"^, p. 43.

Au Croisic, le jour de la Quasimodo, on casse les pots.

(Ogée, art. Croisic.')

Te n'ai point eu connaissance de cette coutume dans les p.iys que j'ai explorés; mais, à Pontaven (Finistère), j'ai vu les enfants casser les pots ce jour-là.

De Pâques à la Pentecoûte, Le dessert est une croûte. (D.)

— Il est comme l'Ascension, i' ne hausse ni ne baisse. (P.)

— A l'Ascension, on laisse le veau, on prend le mouton,

D'après Habasque, qui cite ce proverbe, t. II, p. 197, il ferait allusion à la coutume des bouchers, qui ne débitent guère de viande de mouton que lorsque l'hiver est passé.

Les Rogations. — Le temps qu'il fait pendant les trois jours des Rogations pronostique celui que l'on aura pour ramasser les récoltes : le lundi est pour la fands:n, le mardi pour la moisson, et le mercredi pour les vendanges, ainsi que pour les pommes- (E.) On dit en proverbe :

Queue Rogâson,

Qiieue fanâson. (E.)

Si on veut que le beurre porte médecine, il faut tirer les vaches tous les deux matins des Rogations, avant le lever du soleil, et aller à la messe. Le troisième jour, on doit riboter son lait avant le lever du soleil, tirer son beurre et le préparer, et aller à la messe. Par ce moyen, on obtient du beurre qui porte médecine. (P.)

On assure qu'il pleut toujours le lundi de la Pentecôte. Toutes les fois qu'on chante à l'église le Veni Creator, la semaine est pluvieuse. (E.)

La Pentecôte. — C'est le jour do la Pentecôte et le lundi suivant que commencent véritablement en Haute-Bretasfne les assemblées et

les pèlerinages. Le plus important peut-être de tous, celui de Saint-Mathurin de Moncontour, a lieu surtout à cette époque. On y vient de fort loin, du pays gallo et de la Basse-Bretagne, pour implorer le grand saint Mathurin. Pour beaucoup, c'est le plus grand saint du Paradis, On raconte même qu'il aurait pu être le bon Dieu s'il avait voulu. On lui proposa la place, mais il refusa parce qu'il trouvait qu'elle lui aurait donné trop d'embarras.

La même légende est populaire en Basse-Bretagne. (Cf. Luzel, Légendes chrétiennes, t. I*'; p. 2.)

Les pèlerins amenaient autrefois des bœufs, qu'on offrait à saint Mathurin, et certains faisaient sur les genoux le tour de l'église. Maintenant, les pèlerins se contentent de dire des prières et d'embrasser la plaque de verre enchâssée dans le front d'un buste d'argent qui recouvre un fragment du chef de saint Mathurin.

On raconte que le buste de saint Mathurin, pas celui d'argent, mais un plus ancien, qui était en bronze, a été plusieurs fois enlevé par des pèlerins désireux de posséder chez eux un saint si puissant; mais, comme il ne se plaisait que dans son église de Moncontour, il y revenait tout seul ou forçait les gens à l'y rapporter.

Il y a, en Haute-Bretagne même, nombre de légendes sur les statues qui reviennent d'elles-mêmes à leur demeure pré-

férée. (Cf. mes Traditions et superstitions, t. l", p. 32.1.) C'est une croyance qui est populaire en beaucoup d'autres pays.

Les pèlerins qui vont à Saint-Mathurin en rapportent une image en plomb qui représente une tête assez grossière sur un buste sans bras, serré à la taille et couvert de boutons séparés par des traits en saillie. C'est un moule ancien qui sert à la couler. Il s'en vend bien des milliers ; les fidèles, en revenant, en portent à leurs chapeaux ou sur leurs vêtements ; elles sont attachées avec des rubans et des cocardes, ornées parfois de fleurs artificielles. Cette image préserve ceux qui la portent des chiens enragés, des v'iins (serpents) et de loutes sortes de maux.

La Trinité. — Jadis, à la Trinité, d'après un ancien usage que est depuis peu tombé en désuétude, les fermiers apportaient à leur propriétaire une motte de beurre et des caillebotes ; et, ce jour-là, il les invitait à s'asseoir à sa table. (D.)

A la Trinité, on dit :

Ma grand'mère vien'ra tantôt, Qui m' f ra des caillibotes ; Ma grand'mère vien'ra tantôt, Qui m' f ra du bon fricot. (D.)

La Fête-Dieu. — La Fête-Dieu se nomme le

Sac' ou Sacre.

La Fête-Dieu est très solennellement fêtée en Haute-Bretagne; sur le passage de la procession, on tend des draps de lit ornés de fleurs, et le sol est jonché de glaïeuls.

Je ne crois pas qu'il y ait actuellement des cérémonies singulières ; mais en voici une qui a disparu seulement dans la première moitié de ce siècle :

« A Morieux, lors des processions, les petits enfants de la paroisse se plaçaient devant le Saint Sacrement et soufflaient de toute la force de leuis poumons dans des sifflets de plomb ou de bois. Ces musiciens d'une nouvelle espèce faisaient entendre les sons les plus discordants ; mais c'était l'usage, et personne n'en était troublé. »

(B. Jollivet, t. P% p. 161.)

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