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IV. — LES JEUX ET DIVERTISSEMEXTS PUBLICS

Avant la Révolution, il y avait en Haute-Bretagne un assez grand nombre de fêtes publiques civiles; depuis, celles qui avaient un caractère féodal ont disparu en même temps que les droits

féodaux, et d'autres, telles que le tir à l'arc ou à l'arbalète, sont tombées en désuétude. Actuellement, un petit nombre seulement ont résisté à ces causes et à la guerre que le clergé leur a faite pendant une moitié de siècle. Voici quelquesunes de celles qui ont survécu :

Les feux de joie sont relativement rares sur la côte et dans les environs de Rennes; il n'y en a guère qu'à la Saint- Jean, et encore cet usage est en beaucoup de lieux tombé en désuétude, ou à la Saint-Pierre ; mais, dans la partie de la Haute- Bretagne voisine du Mené, ils sont assez fréquents, et nombre de bourgs en ont deux par an, sans compter celui de la Saint-Jean qui est souvent allumé par un groupe de villageois sur un tertre ou près d'une ancienne chapelle consacrée à Saint-Jean.

Il y en a un au moment de la fête paroissiale, et le clergé vient l'allumer processionnellement; le jaillissement de la flamme est salué par des coups de fusil. C'est une cérémonie moitié profane, moitié religieuse, qui ne brille pas toujours par le recueillement.

Les tisons des fouées faites en l'honneur des saints ou des saintes préservent de la foudre. Beaucoup de personnes en ramassent. (P.)

Depuis quelques années; il est aussi d'usage, en un assez grand nombre de communes de cette

région, d'allumer un feu de joie le 14 juillet ou le dimanche le plus rapproché de la fête de la République.

11 y a en Haute-Bretagne un jeu qui se nomme écaisser (déchirer) la grenouille. Il a été décrit dans un conte de Paul Féval intitulé : La Grenouille. « La grenouille est un morceau de bois ; elle doit être bonne et ronde, et franche (polie), et telle que deux honnêtes gars puissent la tenir sans se faire mal... Deux gars sortent- des rangs. Ils se placent en face l'un de l'autre et se frappent trois coups dans la main. C'est le signal... Les deux gars saisissent la grenouille du mieux qu'ils peuvent, et tout aussitôt sous chacun d'eux se place une sorte de cariatide humaine qui fait office de poteau. Les deux gars, soutenus par ces piédestaux animés, prennent une position horizontale à quatre pieds du sol. En même temps, les paroisses rivales s'attellent littéralement aux jambes des champions et tirent de tout leur cœur. Les deux gars tiennent toujours la grenouille. Quand le gigantesque attelage qui tire sur leurs jarrets fait un peu relâche, ils essaient de tourner la barre et de se l'arracher mutuellement. L'un des gars attelés aux tibias du champion de Cesson a glissé. Le contre-coup de sa chute a fait glisser son voisin; de proche en proche, tout le monde glisse et tombe... On se relève, et l'on

recommence à tirer, car les deux gars n'ont pas lâché prise. Tous deux sont tombés à plat ventre, tandis que leurs tenants sont tombés sur le dos; mais leurs mains sont rivées à la grenouille... Il s'agit de l'honneur de la paroisse. Les articulations craquent; on tire toujours... »

(^Contes hrctoris, pages 149, 155, 158.)

« Les amateurs de joutes, à Saint-Malo, la plupart brevetés coquetiers, élèvent avec un soin minutieux des coqs des races réputées les meilleures. Il y a des coqs dont les victoires sont vantées, dont la race est ancienne, dont la généalogie est conservée. La race du coq crâne est célèbre.

« A certaines époques de l'année, les coquetiers avec leurs coqs se réunissent dans un parc; un jury est formé des plus anciens coquetiers, les deux coqs qui doivent combattre sont examinés, et les paris sont ouverts. Ensuite, on lâche les combattants, bien écrêtés, armés d'éperons d'acier, les plumes des ailes et du cou coupées. La lutte n'est pas longue; bientôt l'un des combattants succombe, forcé par son rival, qui reste souvent étendu, ne pouvant retirer son éperon. C'est alors que l'on crie de toutes parts : « Il ç^we ! Il '^ne ! »

« Quelques instants avant la joute, on fait avaler aux coqs des liqueurs enivrantes.

« Le jour de la fête des écoliers, dans les petites écoles de campagne, le jeudi qui précède le carême, chaque enfant porte à l'école, avec le morceau de lard qu'il doit fournir au banquet, son coq pour le faire se battre, avec l'éperon naturel, avec ceux de ses camarades. L'enfiuit dont le coq a remporté le plus de victoires est proclamé roi de la joute et du banquet qui le suit. «

(Verger, Archives curieuses de la ville de Nantes, 1838 ; cité dans Rolland, t. VI.)

Le jeu des combats de coqs existe toujours à Saint-Malo ; il a surtout lieu le lundi de Pâques ; voici quelques détails sur les combats de coqs que les écoliers faisaient jadis :

« Quelques jours avant l'époque du carnaval, le coq élevé par chaque enfant pour prendre part à la joute était entouré des soins les plus minutieux, recevant une nourriture échauffante, telle que du chènevis, etc., et pour boisson quelques cuillerées d'alcool.

« Le jour de mardi gras arrivé, les cnfluits, vêtus comme aux jours de fêtes, portant chacun le coq sur lequel ils fondaient les plus belles espérances, se rendaient sur le lieu du combat. C'était habituellement dans la cour de l'école.

« Les parents formaient la haie, et ceux coqs tirés au sort étaient lancés dans l'arène. Immé-

diatement la lutte s'engageait et ne finissait que par la mort ou la fuite de l'un des combattants. Un autre coq était alors lancé, et le vainqueur de tout à l'heure recommençait la lutte.

« La même scène recommençait ainsi jusqu'à ce que tous les coqs eussent pris part au combat.

« Le coq qui avait fait le plus grand nombre de victimes était le vainqueur, et immédiatement son heureux propriétaire était proclamé roi par toute l'assemblée.

« On improvisait alors un trône sur une civière, et les quatre plus forts le promenaient en triomphe dans les principales rues de la commune en poussant des hourras.

(( Après cette promenade triomphale, on allait festoyer dans un repas où chacun avait contribué suivant ses moyens. Les uns apportaient de la charcuterie, des volailles, des œufs, etc., les autres, du cidre, du vin, du café.

« On riait, on s'amusait, et chacun se promettait bien de recommencer l'année suivante.

« Voilcà pour les garçons. Mais les petites filles avaient bien aussi leur joute. Celle-ci consistait à casser le plus d'œufs possible avec le même œuf, en conservant ce dernier intact.

« Les œufs apportés pour ces enfants, et qui s'élevaient souvent à un chiffre considérable, étaient répartis proportionnellement entre toutes, et celle

qui cassait le plus d'œufs avec le même œuf était proclamée reine et recevait une véritable ovation. Il y en avait, paraît-il, de très habiles, et j'ai ouï dire que les plus fortes dépassaient leur douzaine.

« Toutes ces petites fêtes ont disparu, du moins à Saint-Lunaire. »

(Le vieux Corsaire, 2 mai 1883.)

La CouRRERiE DE coas est une sorte de jeu en usage aux environs de Rennes. On plante dans la terre un piquet surmonté d'un papier; on bande les yeux aux joueurs, qui, chacun à son tour, armés d'une faux, sont placés à quelque distance du but. Celui qui parvient à faucher le piquet reçoit comme récompense un animal, soit un lapin, soit plus généralement un coq. Ce jeu s'appelle aussi « faucherie de coqs ».

On compte les pas, et on en donne le chiffre à ceux qui veulent concourir.

A Saint-Malo, d'après Verger, Archives curieuses de la ville de Nantes, on pratiquait le jeu du tire-jars. Il est tombé depuis en désuétude.

« Un jars est suspendu par les pattes à un •arbre, dans une avenue bordée de nombreux spectateurs. Des hommes à cheval sont rangés sur une file. Après avoir tiré au sort, à un signal donné, ils partent tour à tour, passant au galop sous

l'arbre où est suspendu le jars, dont on doit arracher la tète avec la main, sans quitter la selle. Le vainqueur est proclamé roi; il choisit une reine dans l'assemblée. Chaque cavalier prend une dame en trousse, et la cavalcade joyeuse et bruyante se rend à un banquet préparé à l'avance. «

Dans les pays que je connais, le jeu de la soûle a disparu ; mais il n'y a pas plus de trente ans qu'on le pratiquait encore, avec moins d'acharnement qu'en Basse-Bretagne, à Saint-Glen, canton de Moncontour, et dans les communes voisines; on l'a fait cesser, il y a trente ans environ, parce que c'était une occasion de querelles.

Il a été jadis très populaire en Haute-Bretagne, ainsi que le constatent de nombreux documents; toutefois, il résulte de la plupart d'entre eux que, même avant la Révolution, on l'avait fait cesser en beaucoup d'endroits.

« Jadis, à Saint-Pcrreux, le dernier marié de l'année, à son défaut celui de l'année précédente, devait fournir à Noël une souIe ou boule de bois que deux partis se disputaient l'honneur d'amener au but fixé. Cette coutume a cessé en 1680. »

Ogée.

Il y a des jeunes gens, parfois même des hommes mariés, qui vont aux pèlerinages ou aux assemblées exprès pour se battre avec ceux d'une commune voisine. (P.) C'est généralement à

propos des sobriquets que les gens d'un pays adressent à leurs voisins que les batailles ont lieu. 11 y en a eu plusieurs qui ont entraîné mort d'homme. Actuellement, bien que l'usage de blasonner ses voisins existe encore, ces coutumes barbares ont une tendance à disparaître.

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