IV. — USTENSILES — CROYANCES ET PRÉJUGÉS
Les couteaux coupent l'amitié ; pour détourner le mauvais sort, quand on reçoit un couteau de quelqu'un, on lui donne une pièce de monnaie : comme cela, le couteau n'e$t pas « donné «.
Lorsqu'un jeune homme et une jeune fille se
font la cour, si l'un d'eux prête son couteau à l'autre et que celui-ci coupe quelque chose avec, celui qui l'a prêté dit : « Tu as coupé l'amitié. « (S.-C, P.)
On ne doit pas mettre les couteaux en croix.
Pour savoir si telle ou telle chose arrivera, par exemple quel sera le premier de la compagnie à mourir, on fait tourner les couteaux; la lame donne la réponse. (D.)
Si l'on s'assied sur le siège encore chaud qu'une' personne vient de quitter, on sait ce qu'elle pense.
Un miroir qui se casse présage un malheur.
Si on porte un trépied à la forge pour le raccommoder, il ne faut pas le rapporter sur son épaule, il faut le traîner; si on négligeait cette précaution, on serait exposé à mourir. (S.-C.)
Quand le trépied a les pattes en haut, on dit que le diable est dans la maison ; il faut se hâter de le retourner.
Si une fille laisse le trépied sur le feu quand il ne sert plus, son mariage sera retardé de sept ans. (P.)
Quand on casse un objet, le matin, on en casse trois avant que le jour soit fini.
De peur d'être ensorcelées, les filles disent aux garçons de boire avant elles en ces termes :
LA iMAISON ?.'/$
Bois le premier.
Pour voir ta civilité.
Bois le premier, J'saurai tes secrets. (D.)
On entame le pain avec un signe de croix, afin qu'il ne s'en aille pas trop vite. (P.)
On fait avec le couteau une croix sur le pain et on se signe. (D.)
Il ne faut jamais poser le pain à l'envers. (D.)
Les nids d'hirondelles ne se dénichent point.
L'hirondelle est la chance des maisons.
Cf. Souche (Poitou), Croy., p. 27 ; Lcoisnel de la Salle (Berry), t. II, p. 263 ; Monnier, p. 156.
Les belettes portent bonheur dans les maisons.
Cette superstition, déjà constatée par Habasque, t. I, p. 304, existe aussi en Poitou (cf. Souche, Croy., p. 3) ; l'antiquité la connaissait aussi (cf. Plaute cité par Gubematis, t. II, p. 54),
En Basse-Bretagne, au contraire (cf. Galerie bretonne, t. II, p. 156), le regard de la belette porte malheur.
Voici un moyen d'arrêter les progrès du feu. Un prêtre jette dans le foyer de l'incendie des hardes sacrées; mais il y a une condition sine qua non assez intéressante : il faut que le prêtre soit forcé d'accomplir ce sacrilège par une force indépendante de sa volonté.
D'après A. -S. Morin, p. 217, en Eure-et-Loir existe la croyance que les prêtres peuvent, au moyeu de certains mots, éteindre les incendies.
Le lait de vache noire passe pour avoir la vertu d'éteindre les incendies. (E.)
Croyance analogue dans les Vosges (cf. Mél., col. 502).
Quand une maison appartenant à des gens peu aisés a été incendiée, l'homme ou la femme vont quêter pour « la fortune du feu ». On leur donne de l'argent et surtout des dons en nature. C'est un usage qui tend à disparaître.
Il y a maintes personnes qui ne veulent pas qu'on fasse de croix sur leurs portes et défendent qu'on mette des instruments, n'importe que ce soit, dans cette forme, car, dit-on, ça occasionne la mort de quelqu'un. (P.)