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V. LES VEILLÉES

Le Veillouas, ou oueillas, est une réunion où l'on se divertit en jouant à divers jeux, tels que le foutéau, à cache-cuter, au bâton, etc.

Certaines veillées ont lieu dans les étables, parce qu'il y fait chaud ; on y fait une belle litière de paille blanche, et l'on s'assied tout autour du piquouau fiché en terre qui supporte la chandelle de résine. Parfois, tout un village se réunit ainsi.

Les vaches assistent à la veillée couchées le long des murs; quand on danse, elles se rangent du mieux qu'elles peuvent. (D.)

Les filanderies, qu'on appelle aussi fileries, ont lieu aussi en hiver. Ceux qui voulaient y aller portaient chacun un échè ou écheveau à filer ; on y filait généralement à la quenouille, et parfois trente ou quarante personnes se trouvaient réunies; il n'y avait pas jadis de semaine où il n'y eût quelque filanderie. On y chantait, on y disait des contes, on y dansait surtout, quand l'ouvrage était fini. (E.)

Aux fileries, quand les fileuses rapportent l'ouvrage, le soir, elles restent à s'amuser. (P.)

Le Filouas, c'est la réunion du soir où on filouase, c'est-à-dire où on file, à la quenouille ou au rouet. Celui qui avait une bonne amie venait lui tourner son rouet. On y racontait des contes, on disait des devinailles, on chantait des chansons. (D.)

Voici une très vieille chanson que les filandières chantaient aux veillées en suivant la cadence de leurs rouets.

Au beau clair de la lune

J'allais me promener ; Je croyais voir ma maîtresse en figure, Mais ce n'était que le beau clair de lune.

Rossignolet sauvage.

Messager des amants, Va-t-en zy va Lui porter une lettre à celle-là Que mon joli cœur aime.

Roussin prit sa volée.

Au joli bois s'en va.

S'en est allé de bocage en bocage, Il l'a trouvée A l'ombre du feuillage.

Que le bonjour, la belle, Bonjour vous soit donné.

De votre amant, J'apporte des nouvelles Si vous l'aimez autant Comme il vous aime.

De l'aimer comme il m'aime, Cela ne se peut pas.

Il a toujours en sa jolie croyance.

De m'emmener dans son pays de France.

Dans son beau pays de France, Non, non, je n'irai pas ; Je n'aurais là Ni germains, ni germaines, A qui conter mes douleurs et mes peines.

Si fait, si fait, la belle,

Y a des parents assez ; Vous trouverez des germains, des germaines, A qui conter vos douleurs et vos peines. (Environs de Loudcac.)

Voici ce qui a lieu à la cuiserie ou cuirie- de. pommé. Après le travail de la journée, les gens de la ferme se réunissent pour peler les pommes et en ôter les pépins et leur enveloppe. Quand cette opération, qui dure une ou deux soirées, est terminée, on met les pommes à cuire dans de grands bassins de cuivre, on les arrose de cidre doux de temps en temps et chacun à son tour vient remuer le contenu du bassin au moyen d'un long morceau de bois.

Les cuiseries de pommé, où les voisins sont invités, sont l'occasion de réjouissances et de jeux qui se prolongent bien avant dans la nuit. Elles ont lieu en général le samedi, parce que les gens qui y ont assisté peuvent se reposer le dimanche.

Ce pommé est une sorte de confiture que les fermiers et leurs gens étendent sur le pain au lieu de beurre pendant l'hiver; le goût en est très agréable. (E.)

Pour les àrracheries de lin, on se réunit en grand nombre, car c'est une partie de plaisir, et l'on n'est point payé. On arrache le lin, on Vègrouge pour en faire sortir la graine, puis on le met à rouir. Quand l'ouvrage est terminé, le fermier donne à manger et à boire à ceux qui l'ont aidé, et il fait venir un violon ; alors on se met à danser tout le reste du jour. (D.)

Aux Brâries (réunion où l'on broie le chanvre),

28o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

la compagnie n'est pas très nombreuse; elle se compose, en général, de sept ou huit filles au plus. Chacune apporte sa hrd elle-même ; mais c'est presque un déshonneur pour celle qui est obligée de la remporter toute seule; aussi, les jours qui précèdent la brârie, les filles ont soin d'inviter leurs galants à venir remporter la brâ. Le galant met l'instrument sur son épaule, et il l'emporte ; mais souvent, lorsqu'il arrive à un échalier, il la pose dessus, et se met à causer avec sa bonne amie. (D.)

A toutes les ctrâries (c'est ainsi qu'on nomm.e les réunions un peu nombreuses de travailleurs ou de travailleuses), on donne un bouquet à la première rendue. (P.)

Aux Pêsseleries, où l'on arrange le chanvre, quand la besogne est terminée, les garçons vont chercher la. fivme et le pêssé des jeunes filles; on danse avant de s'en aller.

Parfois, les garçons vont cogner \qs pêsselîoiières ; ils se réunissent deux ou trois, et, avec un bâton, frappent sur le haut du pêssé, puis ils oftVent du tabac à la. péssellouère ; pendant ce temps-là, l'autre garçon les embrasse toutes. (P.)

Les érusseries de chanvre se terminent par des danses, des chansons, des contes. Elles se font parfois en plein air, à la claire, c'est-à-dire à la clarté de la lune. (E.)

Jeux à la tnaison.

Deux personnes sont assises par terre pied à pied, et elles saisissent un bâton; il faut que l'un des joueurs enlève son partenaire sans pour cela cesser d'être assis. C'est le jeu du court-bâton. (P., D.)

On se place dos à dos, les bras passés les uns dans les autres, et on dit :

— Je vends l'avoine (en soulevant).

— Je la rachète (l'autre soulève).

— Dans n'un bissa'.

— Le eu à plat.

A ce moment, il faut que les joueurs tombent par terre et se relèvent sans cesser d'être dos à dos et pris par les mains. (D.)

On allume une paille de glé (glui), et l'on dit en faisant tourner la paille enflammée :

— Achète moricaud.

— Combien?

— Cinq sous, s'i' les vaut.

— Et s'i' n' les vaut pas?

— Tu en rabattras.

— Et s'i' meurt?

— On r chargera comme un bœu'.

Si le feu meurt avant qu'il soit acheté, on dit : « Chargé comme un bœu' ». Si le feu n'est pas

éteint, c'est celui qui le faisait manœuvrer qui est pris. On le charge de tout ce qu'on trouve dans la maison, et, pour être déchargé, il faut qu'il dise avec qui il se mariera. On joue à ce jeu dangereux dans les étables. (D.)

Deux chaises sont placées dos à dos ; il faut se placer la tête sur l'une d'elles et s'asseoir sur l'autre sans se laisser tomber.

On pique aussi dans la place une épingle à piécette; pour réussir à ce jeu, il faut se coucher sur le dos, et avec la bouche, sans se relever, ramasser l'épingle.

Pour tuer la chandelle, on se met à marcher sur les mains, les pieds étant suspendus à une corde attachée au plafond ; il faut ainsi arriver au foyer et éteindre, en soufflant avec la bouche, la chandelle de résine. (P.)

On met un trépied dans la place, et à une petite distance on jette un sou ; celui qui peut, les deux pieds sur le trépied, attraper le sou avec les dents, est réputé adroit. (P.)

On joue aussi à saisir un bâton avec les deux mains, le bout reposant à terre, et à passer la tête e4itre les mains et le bâton. (P., D.)

Deux hommes prennent un morceau de bois assez fort, qu'ils placent sur leur épaule et retienneiit solidement ; un autre homme, — il faut qu'il soit leste et solide, — saute sur ce bois, et

passant les pouces dans la parceinte de son pantalon et appuyant les autres doigs sur son ventre, il se met à tourner autour du bâton, comme on tait au trapèze. Cela s'appelle rôti' la ouêe (rôtir l'oie). (P.)

Le jeu de fare-fare se passe ainsi qu'il suit : Les hommes sont assis sur les maies placées devant les lits ; l'un d'eux corde bien dur un mouchoir et le passe à ses voisins, qui ont tous les mains derrière le dos. Lorsque celui qui est dessous et qui est seul au milieu de la place s'y attend le moins, il reçoit sur les épaules ou sur le dos un coup de mouchoir bien appliqué ; mais, dès que le mouchoir a frappé, on se hâte de le faire filer de main en main par derrière le dos ; car si celui qui est dessous pouvait l'attraper, celui auquel il l'aurait pris irait le remplacer. (P.) On demandait aux nouveaux venus :

— Sais-tu comment on mène le crapaud à son pertus (trou)?

— Non.

— Monte sur mon dos.

Quand le garçon était monté sur le dos de celui qui devait lui enseigner le jeu, celui-ci se mettait à quatre pattes et disait à l'autre de tâcher d'allonger aussi ses mains, et d'appuyer sur la terre pour le soulager. Un troisième garçon

avait embrené un bâton et le passait entre les jambes de celui qui faisait le crapaud. Le naïf qui était sur son dos n'apercevait pas le bâton embrené ; il mettait la main dessus, et les autres se moquaient de lui en se bouchant le nez.

Un autre jeu consistait « à sarcler la porée (poireau) ». Pour cela, il fallait être trois. Celui du milieu était attaché avec un mouchoir à la jambe de chacun de ses voisins. D'autres venaient chatouiller ceux-ci, qui s'écartaient, et faisaient faire à leur compagnon le grand écart. On faisait surtout ces tours aux gens pas trop fins.

Le plus souvent on « pilait la vache ». Piler la vache, c'est danser dans l'étable. Quand le filouas était nombreux, on invitait un joueur de violon, et, la tâche de chacun accomplie, on faisait sortir les vaches de leur étable, on les attachait autour, et on dansait sur le fumier. Les filles avaient soin de tirer au tonneau une dame-jeanne remplie de cidre, qu'on faisait circuler à la ronde. Parfois, la danse durait jusqu'à trois heures le matin. (D.)

Faire danser la « jument maigre », c'est mettre entre les jambes d'une fille un bois qui est tenu à chaque bout par un homme, et sur lequel on secoue la fille.

Après chaque danse, on s'embrasse.

Voici une chanson qui accompagne une sorte de danse, où les danseurs et danseuses font les

gestes indiqués par les paroles. Cette danse a lieu aux champs, aux veillées, partout où l'on a envie de danser, mais où il n'y a pas de violon ou de vielle. Les danseurs sont deux par deux :

Quand mon père Semait son aveine, Il la semait Comme ci, comme ça.

{Tout le monde fait le geste de semer.)

Et puis se reposait, Comme ça.

{A ce dernier mot, chacun se redresse et reste immohilcj les bras croisés.)

Frappons du pied, Frappons d'ia main.

Un tour de main A son voisin.

(Le danseur, après avoir frappé des pieds, battu des mains, prend sa danseuse et la fait tourner.)

Quand mon père Hoùtait son aveine.

Il la hoùtait Comme ci, comme ça.

Et puis se reposait Comme ça.

Frappons du-pied, etc.

Quand mou père • Serclait son aveine.

Il la serclait, etc.

Quand mon père Sciait son avoine, Il la sciait, etc.

Quand mon père Enjav'lait son aveine.

Il l'enjav'lait, etc.

Quand mon père Emportait son aveine, Il l'emportait, etc.

Quand mon père Battait son aveine.

Il la battait, etc.

Quand mon père Ventait son aveine, Il la ventait, etc.

Il y a aussi une sorte de chanson didactique où l'on décrit la façon dont se fait l'habit ; au refrain, on doit tomber assis par terre comme les couturiers.

Les lessives.

Il ne faut pas la faire pendant la semaine sainte, ni dans les Avents ; celaporte malheur. (E.)

Si on a des malades dans la maison et qu'on fasse la buée, ils sont exposés à mourir. (L.)

Il ne faut point semer la cendre sur les foyers, si on veut avoir beau temps pour la buée. (S.)

Si l'on fait la lessive le Vendredi-Saint, on lave son suaire. (S., C.)

Quand Gribouille mène la buée,

On n'ia sèche pas sans plée (pluie). (P.)

Les lessives de nuit ont lieu dehors, dans la belle saison ; on choisit, en général, une nuit où il fait clair de lune. Les jeunes gens y viennent de loin, surtout quand il va de belles filles aux environs.

Ce sont les bonnes femmes qui s'occupent du cuvier et de la poêle où bout l'eau de la lessive. C'est un spectacle pittoresque de voir les flammes briller la nuit, tandis que les garçons et les filles dansent ou chantent.

Quand les honshommes, c'est-à-dire les personnes âgées, sont couchées, on va tirer du cidre par le petit fossé, et l'on s'amuse de son mieux, souvent fort avant dans la nuit. (D.)

Dans les endroits où la lessive de nuit est moins nombreuse, les garçons s'amusent à lever une pelée pleine d'eau bouillante.

On y dit des contes, des devinettes, etc. (P.)

La fabrication du cidre.

Je ne connais pas l'usage superstitieux se rapportant à la fabrication du cidre ; d'après une légende du Morbihan français, d'Amezeuil : Légendes du Morbihan, p. 175, un homme, jaloux de son voisin, voit le Diable qui, sous la forme d'un scarabée, lui propose de se venger ; le voisin accepte. Depuis ce temps, le cidre du fermier auquel il en voulait devenait du poiré très aigre, et toutes les nuits on entendait piler dans son pressoir. Le fermier va consulter le recteur, qui lui conseille de regarder par le trou de la serrure; il le fait et voit son voisin qui pilait des pommes, tandis qu'un gros cerf-volant, assis sur le bord de l'auge, l'éclairait en le regardant. Le recteur, averti, fait une composition de résine, de mélasse et d'eau bénite, et la remet au paysan qui en enduit l'auge. A minuit, celui-ci voit arriver son voisin porté entre les ailes du cerf-volant. Il appelle ses voisins, et le recteur exorcise le Diable et le condamne à recevoir trois cents coups de pilon, et toutes les nuits à venir piler, jusqu'à la consommation des siècles, pendant trois heures. C'est depuis ce temps qu'on entend le pilou de nuit.

En pilant les pommes, on chante :

Je voudrais voir le pichier, le pichier, Je voudrais voir le pichier su'la maie. (P.)

Ou:

La grand'vache noire A dit au poulain Qu'fallait manger l'herbe Et laisser le foin.

Dansons sur le mulon, Le mulon, le mulon ; Dansons sur le mulon, Le mulon de foin.

Ou

Pilons des pommes de Marine Aufra ; J'nous en irons quand i'f ra na (noir). Ah ! ah ! ah ! petit bonnet, grand bonnet ! Ah 1 ah ! ah ! petit bonnet tout rond. (D.)

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