I. — LA TERRE ET LES TRAVAILLEURS
^^N dit de la terre qui est bien ascoiilagée,
^PJ c'est-à-diœ qui .1 la pente au midi, du
côté du soleil, qu'elle est « tournée du côté du bon Dieu ». Celle au contraire qui a la pente au nord « tourne le dos ou le cul au bon Dieu ». (P.)
Le docteur Fouquet (Légendes du Moroihmi) raconte qu'un paysan de sa connaissance rompit un mariage parce qu'il s'était « avisé que toutes les terres de sa promise avaient pente au nord, et tjue celles-là ne grainent point ».
On dit d'un mauvais terrain :
— Il en faut cinq jours (deux hectares et demi) pour nourrir un lièvre.
Les landes du Mené sont appelées le pays de
« dessous les lieuves », et l'on assure qu'on en a une hnchée, c'est-à-dire tout l'espace où peut porter la voix, pour cent francs.
Travailler en mauvaise terre, c'est manger du pain et ne point en ramasser. (P.)
Déplacer les bornes d'un champ est un crime qui s'expie durement dans l'autre monde. On raconte plusieurs légendes de revenants condamnés pour ce fait à une pénitence.
Il y avait une fois un homme avare qui, pour gagner quelques pouces de terre, déplaça une bonne qui le séparait de son voisin. Celui-ci, qui n'aimait point les procès, ne se plaignit point, disant que son voisin eri rendrait compte dans l'autre monde. L'homme mourut, et toutes les nuits, il revenait dans le champ, et il répétait, en tenant la borne entre ses bras : « Où la mettrai-] e ? Où la mettrai-je? » Tout le monde se sauvait sans répondre. Un soir, le voisin au préjudice duquel la borne avait été déplacée revenait du bourg, où il avait un peu bu. Il entendit crier : « Où la mettrai-je ! où la mettrai-je ! » — « Où tu l'as prise ! » lui cria-t-il. — « Voilà qui est bon; je te remercie, » dit le revenant, qui alla aussitôt replacer la borne ; et, depuis ce temps, jamais on ne l'entendit plus. (P.)
Souvent deux personnes réunissent leurs chevaux pour labourer : cela s'appelle soudîer, d'où
souétier (S., D.) et sosson (Tréveneuc, E.), nom donné à chacun des associés.
Il y a quarante ans environ, quand on était debout avant le jour, on chantait en l'attendant la chanson suivante :
Je sais bien z'un nid de lieuve ;
Mais le lieuve n'y est pas. (bis)
Le matin quand i'se lève,
l'se lève dans tous ses draps.
Le point du jour arrive, arrive, Le joli jour arrive va,
I'se lève dans tous ses draps ; {Us)
Mange va ton écullée Pleine de mouche' et de limas.
Le point du jour, etc.
Pleine de mouche' et de limas. (Ins)
Ah ! je n'ai pas dongier (répugnance) des mouches,
Comme j'ai de si gros limas.
Le point du jour, etc.
Comme j'ai de si gros limas, (Jbis)
Les mouche' i'vont à la messe ; Mais les limas n'y vont pas.
Le point du jour, etc.
Mais les limas n'y vont pas. {bis)
Les mouche' il' embrassent les filles ; Mais les limas n'ies embrassent pas, (his)
Le point du jour arrive, arrive, Le joli jour arrive va. (P.)
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES iMARCHÉS 295
A Plouër, comme dans beaucoup de communes voisines de la mer ou de l'embouchure de la Rance, il y a une saison de l'année où les hommes sont absents. Autrefois les chevaux y étaient rares, et c'était, paraît-il, l'usage que les femmes se missent à la charrue parfois en compagnie d'un âne. Un jour, une bonne femme était ainsi attelée, et son mari — un homme âgé — tenait la queue de la charrue et un petit garçon conduisait l'attelage.
Comme à un moment, la femme, fatiguée, ne tirait plus que mollement, son mari cria au petit gars :
— Touche ta mère, gars, l'âne la gagne.
Lorsqu'on va travailler dans les champs, c'est le dernier levé qui porte la lue (le pot au cidre) ; les autres le font agacer en le lui disant et en criant : « A la bue ! à la bue ! »
Quand on est à achever une besogne, le dernier qui quitte l'ouvrage « a Jeannot «. (P.)
Lorsqu'on porte à raccommoder un croc ou une houe, il faut le prendre par les dents et non par le manche ; on deviendrait bossu, si on négligeait cette précaution. (S.-C.)
Il ne faut pas passer par-dessus les bras d'une charrette, cela porte malheur et l'on est exposé à verser. Si quelqu'un l'a fait par mégarde, il faut, pour détourner le présage, qu'il repasse une seconde fois.
Cf. sur l'enfant qu'on passe par-dessus la table, la Gnlerie bretonne, t. I, p. 58.
Ce n'est pas le seul cas où en repassant on détruit le mauvais présage. La musaraigne, qui fait crever les cochons quand elle passe sur leur dos, est sans danger pour eux si elle passe une seconde fois.
Lorsqu'un maréchal ferre une charrette et qu'il ne reste plus que quelques clous à enfoncer, il met sur les derniers clous un ornement en forme de fleur, et il va chercher pour les cogner une des filles de la maison, qui lui donne une petite pratique. (P.)