III. — LES SEMAILLES
« A Planguenoual, à la chapelle Saint-Michel, a lieu, le lendemain de la fête, la bénédiction des semailles. Chaque cultivateur apporte un échantillon des blés qu'il se propose de mettre en terre, et le mêle ensuite à ceux qui sont destinés aux semences. » (Ogée, nouvelle éd.)
A Matignon, la même coutume existe, mais la bénédiction a lieu le jour de la Saint-Michel.
A Renac (Morbihan français), les laboureurs apportent leurs grains à bénir le jour de la Saint- JuHen. (Légendes du pays deChâteauhriant, p. 197.)
« Trois fois par an, à la chapelle Saint-Jugon, à La Gacill)', a lieu la bénédiction des semences. Une messe spéciale y est célébrée le i'^'' mars pour le lin et le chanvre, l'un des jours des Rogations,
LES TRr.VAUX DU DEHORS ET LES AL^RCHÉS 297
pour le blé noir, et la première semaine de novembre, pour le seigle. Les laboureurs s'y rendent avec de petits sacs de semences, qui sont bénits à l'issue de la messe. Ces semences sont mêlées ensuite à celles qui doivent être confiées aux sillons. » (Ogée.)
Naguère encore, on jetait de l'eau bénite sur les semences, ou on en arrosait les champs, afin que la récolte fiât plus abondante.
On mettait aussi tout autour des champs ensemencés du laurier bénit pour préserver la récolte de la grêle et attirer les bénédictions du ciel. Cela ne se fait plus. (P.) ,
Époques oh l'on sème.
On sème :
Les fèves, le jour Sainte- Agathe (5 février).
Les citrouilles, le même jour.
Les navets de quarante jours, à la Saint-Barnabe (11 juin); à la Sainte-Anne.
Les pois, le jour de Sainte- Cécile.
Le chanvre, tous les jeudis du mois de mai.
Il faut semer le chanvre le 25 avril; sans cela, il y en aurait peu ou point.
Lorsqu'il est semé dans la vêprée (l'après-midi), les oiseaux le mangent.
Si on le sème le jour de Saint-Marc, il fourche, c'est-à-dire jette des branches, et il n'est pas si bon. (P.)
Si on sème les choux dans le croissant, ils montent plus vite. (P.)
Le premier vendredi du mois est un jour favorable pour ensemencer. (P.)
Quand on sème le froment dans le croissant, il mieuîe (charbonne).
Si, au contraire, on le sème dans le décours, il ne mieule pas. (P.)
Lorsque l'on voit les feuilles des arbres tomber de bonne heure, on dit qu'il faut ensemencer son blé bien vite pour avoir une bonne récolte ; si les feuilles, au contraire, ne se pressent pas de tomber, il ne faut pas non plus se presser de semer. (P.)
Quand on sème l'avoine dans le croissant, elle n'est pas si noire que si l'ensemencement a lieu dans le décours. (P.)
Avaïne su avaïne, Va te faire fout' et point d'avaïne. (P.)
- Ce qui veut dire qu'on doit varier l'assolement.
Le seigle doit être mis en terre au moment où tombent les feuilles des arbres. (P.)
Il faut faire toutes les petites sémeries dans le
dêcoâ (décours de la lune) ; pour planter, l'époque est moins importante.
Si on sème le premier vendredi du crèssent, « i'vaut l'décoû ».
Si on sème les pois, ou si l'on plante les choux dans le crèssent, ils ne guernissent pas (donnent pas de graine); ils poussent en hauteur et ne pomment pas. (P.)
Il vaut mieux semer du froment dans le décoû que dans le crèssent, car le froment ne miellé pas.
L'avoine semée dans le décoû n'est pas aussi blanche que celle mise en .terre dans le crèssent.
Le blé noir, semé également dans le décoû, lève mieux.
Si on ne sème pas les choux jaunes dans le décoû d'août, ils gèlent en hiver. (P.) Si on les sème dans le décoû, ils pomment mieux.
Il vaut mieux mener le fumier dans le décours, car les vers ne se mettent pas dedans.
Le cidre fabriqué dans le décours vaut mieux que celui qui est fait dans le croissant. (P.)
On sème la vesce dans le croissant, car si on la semait dans le décours, elle ne grainerait que sur la tige et n'aurait point de branches.
On sème les pois dans le décours ; si on les semait dans le croissant, ils viendraient tout en ramat (seulement en tiges). (E., P.)
Il en est de même de la treniène (trèfle rose) ; si on la semait dans le croissant, les vaches qui en mangeraient enfleraient.
Les carotte' et les panas Qiii n'doivent pas perd'e une nuit d'Mâr'. (P.)
C'est-à-dire qu'il faut semer avant le premier mars.
A la Saint-Georges, Il faut faire de l'orge.
Saint Jean ne veut pas qu'on sème du blé noir, car il n'aime pas les galettes ; mais saint Pierre, qui les aime, veut qu'on sème du blé noir. Quelquefois les deux saints sont en dispute à ce sujet, mais le bon Dieu favorise tantôt l'un tantôt l'autre, suivant qu'il fait bien ou mal pousser le blé noir.
Quand il n'y a pas de blé noir, saint Jean est content et saint Pierre est en colère. Quand il y a du blé noir, saint Pierre est content et saint Jean en colère. (P.)
Sème ton blé neir quand tu voudras, A quatorze semaines tu l'auras. (P.)
Le jour Saint Barnabe (ii juin) est un mauvais jour pour ensemencer le blé noir.
Blé noir sur blé noir, Va te faire foute' et point d'blé nai. (P.)
Aiinée de châtaignes, année de blé noir.
Quand la larve du hanneton ne sort point de terre, l'année est mauvaise en sarrasii^.
Quand le blé noir est fait dans le croissant, il reste toujours blanc et ne mûrit pas. (P.)
Qui gagne en premier N'est que bourrier. (P.)
On dit cela des récoltes, quand elles sont trop fortes au commencement ; souvent au moment où on les coupe, elles ne valent presque rien.