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CHAPITRE V

CIVILITE VILLAGEOISE

^UAND on compare quelqu'un à un chien,

on dit : « Sans comparaison », puisqu'il

(un tel) a été baptisé. (E.)

Quand on parle d'un cochon, on dit toujours :

« En vous respectant, respé de vous, ou respé de

la compagnie. »

Le cheval est un animal noble ; quand on parle de lui, on n'emploie point toujours : « En vous respectant », ou : « Respé de vous », comme on ne manque jamais de le faire s'il s'agit de vaches, cochons, etc.

— Il vaut mieux entendre un bœuf parler qu'une fille subler (siffler). (P.)

3l6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

Il est malséant à une fille de siffler, parce qu'on dit qu'elle appelle les galants. On dit aussi qu'en sifflant, elle appelle le diable.

Fille qui sub'e, Vache qui bugue, La poule qui chante le co', C'est trois animaux sur la terre de trop. (D.)

Fille qui subie, Coq qui pond, A la maison tout y fond. (E.)

Lorsque quelqu'un est accroupi à faire ses besoins, il dit à l'autre, pour l'empêcher de le regarder :

Brise-fer ! Brise-fer !

Si tu regardes mon eu.

Tu iras en enfer. (P.)

Quand on voit quelqu'un pisser le long d'un mur, on lui dit :

— Tu vas le faire cherre (tomber). (M.) Quand une personne renifle, si on veut l'en

empêcher, on n'a qu'à siffler.

— Je vais boire à vot'santé, que l'bon Dieu vous la conserve. (S.-C.)

— A vot'santé.

— Sentez, vous qu'avez Tbouquet. (D.)

Les paysans boivent souvent dans le même vase, écuelle, verre ou moque ; ils laissent une

goutte dans le fond et la font couler sur le côté où ils ont porté leurs lèvres. C'est une manière de rincer le vase.

Quand on a bien dîné, il n'est point malséant de roter ; c'est au contraire une politesse rustique qui veut dire que l'on a bien mangé. C'est faire honneur à la réception.

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. II, p. Î4), roter est signe de savoir-vivre.

Il est poli de laisser quelque chose sur son assiette pour montrer qu'on a assez mangé. De même pour les verres.

La place d'honneur, c'est le banc du foyer. Lorsque quelqu'un entre, on lui dit : « Sourdous diq' au fouyer » (montez jusqu'au foyer), si on a de la considération pour lui.

Il est malséant de s'asseoir sur la maie ou huche.

On ne doit pas chômer, c'est-à-dire mettre debout un enfant sur la table.

Lorsqu'on a tué un cochon, il est d'usage d'envoyer de la saucisse et du boudin à ses connaissances ; les fermiers en offrent à leurs propriétaires, et, en beaucoup de communes, il y a toujours un bout de saucisse pour le presbytère. On donne un petit pourboire, « une pratique », aux domestiques qui portent la part de « cochonnerie ».

3l8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

Dans les familles bourgeoises, on offre de la saucisse et du boudin aux personnes de même rang avec lesquelles on est en relations. Parfois même ce genre de politesse continue après que les relations ont cessé.

Jadis on offrait à ses amis une bouteille de vin quand on mettait une pièce en perce.

Lorsque quelqu'un, assis sur un bout de banc, tombe parce que la personne assise à l'autre bout s'est levée brusquement, on dit : « Tu m'as hanni; tiens me v'ia banni, w (Tréveneuc.)

Les fermiers appellent leurs propriétaires : « Not'mait'e », « not'bourgeois », ou « le bourgeois )).

Cf. Laisnel delà Salle, t. II, p. iij.

Lorsque quelqu'un tombe par terre, on lui dit :

— Laisse ce saut-là et prends-en un autre. (E.)

— Apporte-moi celui-là et va t'en en chercher un autre. (D.)

Quand on s'assied par terre involontairement :

Bon Dieu de bois.

Que la terre est basse ! (D.)

Bon Dieu de bois, Que vous avez les os durs ! (M.)

Si quelqu'un vous a joué un mauvais tour, on dit :

Que la guerre est gaôche (gauche)

Quand les canons sont teux (de travers). (D.)

Les éternuements présagent du bonheur ou le rétablissement d'un malade, duand une personne indisposée éternue, les assistants lui disent : « Dieu te conserve, la santé te revient. »

On dit à quelqu'un qui éternue :

— Du courage et de la bonne humeur. (D.) Voici quelques formules de bonjour :

— Bonjour.

— Bonjour.

— Comment vous portez-vous ?

— Pas mal et vous.

— Et tous à la maison?

— l'sont pas mal.

— Et chez vous ?

— l's'portent ben, Dieu merci.

Les plaisants ajoutent :

— Et à l'entour de sez (chez) vous ?

— Bonjour à tous.

— Bonjour à toute la maisonnée, sérions (seriez-vous) cor cent mille. (D.)

Bonne net,

Bon repos ;

Mon lit ben fait

Et l'tien dehau (dehors). (P.)

Quand on veut se moquer de quelqu'un qui vous demande :

— De queue païs qu'v'êtes ?

Les malins répondent :

Je se du paï de Manigousse, Ohiou qu'on fait les gaufFes (ou bien les galettes)

Su' les brousses.

Et puis

T'es un biau gâ, T'auras la fille à Tacha.

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