CHAPITRE
AXS un assez grand nombre de pays, on ij R met les enfants à l'école dès l'âge de cinq
ans; mais, presque partout, la fréquentation scolaire varie suivant les époques de l'année. Lorsque les enfants peuvent rendre des services à la maison, au moment des grands travaux, l'effectif d'une classe rurale pouvait, avant la loi sur l'instruction, se trouver réduite de plus de cinquante pour cent.
Autrefois, on n'envoyait guère les enfants à l'école que pour leur faire apprendre leurs prières et leur catéchisme ; l'instruction qu'ils pouvaient acquérir en dehors de ces deux choses était presque du luxe. Aussi il était assez rare de voir dans les écoles des élèves de plus de quatorze ans.
Actuellement, — et je parle, au moins pour les pays que j'ai habités, de la période qui a précédé l'application de la loi sur l'instruction obligatoire, — les parents tiennent davantage à ce que leurs enfants soient instruits. Souvent, j'ai entendu dire à des paysans illettrés : « Était-on diot (sot) de mon temps de ne pas apprendre à lire. » Ou : « L'instruction est le bonheur des enfants. » Ou bien encore : « Je veux que mon petit gars aille à l'école pour qu'il ne soit pas diot comme moi. »
Les enfants qui habitent loin du bourg, où se trouve ordinairement l'école, emportent le matin dans un petit panier, où ils ramassent aussi leurs livres, des provisions pour le repas de midi. Souvent, ils font route avec des enfants de villages placés sur leur passage; garçons et filles vont ensemble.
Parfois, surtout dans la saison des nids, ils s'attardent quelque peu le long du chemin. En certains pays, lorsqu'ils ont un peu flâné, ils pressent le pas, et pour savoir, en l'absence de montre ou d'horloge, s'ils arriveront en retard, ils consultent des espèces d'augures; ils disent :
— Je se (suis) matin assez, mon petit dé (doigt) me l'a dit. (P.)
Ou bien ils regardent les pies qui sont sur la route ou dans les champs. S'ib voient le blanc, ils se disent : « Nous serons à l'heure. » Si, au
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coatraire, ils voient le noir, ils disent i « Nous serons en retard. » (S.-C.)
Pour savoir l'heure qu'il est, ils consultent les graines de pissenlit ; ils soufflent dessus. : le nombre des graines qui restent donne la réponse ; s'il y en a de cassées ou de courbées, ce sont des demi-heures ou des quarts d'heure. (S.-C.)
Ils regardent aussi l'heure où les cônilles (corbeaux) partent ou s'en reviennent pour savoir combien ils ont de temps devant eux pour s'amuser avant d'aller à l'école, ou, au retour, avant de rentrer chez eux. Les corbeaux sonf exacts dans leurs: heures,, et on peut, en effet, se. guider sur eux.
Lorsque les enfants manquent l'école, on dit qu'ils « font le renard ». (M., P.)
A midi, les enfants prennent leurs repas. Ceux qui n'ont point de parents au bourg vont, eix général, dans des maisons voisines où, parfois, on leur trempe leur soupe, et où ils peuvent se chauffer pendant l'hiver. Il y a des personnes qui recueillent ainsi chez elles une dizaine d'enfants; elles en sont dédommagées par des cadeaux de beuiTe,. de" saucisses, de pommes, etc., que leur font les parents.
5 II. — JEUX ET AMUSETl-ES
Pendant les liem-es de récréation, les jours de congé, ou le long de la route, les écoliers des deux sexes s'amusent; leurs jeux sont en assez grand nombre. En voici quelques-uns. Dans un ouvrage spécial que je prépare, je décrirai plus au long leurs jeux, les formules d'élimination,, etc. Ceux qui suivent sont, pour la plupart, communs aux garçons et aux filles.
Les enfants tirent les graines armées de petites pointes qui se trouvent dans les baies d'églantier, et ils les fourrent brusquement entre la peau et la chemise de leurs camarades pour les faire se gratter.
Un enfant prend deux tiges de fétuque et les croise l'une sur l'autre, puis il les introduit dans la bouche d'un de ses camarades, en lui disant : « Je vais t'apprendre un joli jeu ; ne serre pas trop les dents. » Le naïf, qui ne connaît point le fin de la chose, se laisse faire; l'autre enfant tire, et les graines restent dans la bouche, tandis que le chaume est coupé par les deilts. La dupe se met alors à cracher à la grande joie de ceux qui .".ssistent à ce tour. Cela s'appelle brider la junicnt, (E.) passer Je sas. (D.)
Ce jeu est connu en Poitou (cf. Souche, Pim., p. 22); en ce pays, il s'appelle « faire un tamis ».
On dit aussi aux naïfs : « Veux-tu que je te fasse voirie lièvre danser? » Il répond oui; on lai frotte les yeux avec du suc blanc d'une espèce d'euphorbe, dite flangoué ou flanga, qui est très corrosif; il a la vue trouble, pleure, et c'est alors qu'il voit les lièvres danser. (D.)
Les enfants s'amusent à mettre en ligne les baies rouges d'églantier qui se nomment hœujs en patois, et ils se disputent à qui aura le plus de bœufs. (P.)
Ils cueillent aussi des feuilles de houx ; ils disent que ce sont leurs vaches. Autant de feuilles, autant de vaches ; ils les attachent à la queue les unes des autres et les traînent. (D.)
Avec la tia:e de sureau dont la moelle a été enlevée, ils font une sorte de sarbacane, qu'ils nomment taponnouère ou taconnouére. Ils y introduisent des tapons àQ chanvre, et, au moyen d'une baguette qui entre à frottement dans le trou, ils chassent les boules de chanvre, qui sont, en général, au nombre de deux. Celui qui a le plus de succès est celui qui lance la balle le plus loin et la fait le mieax péter. Sur la côte, on remplace parfois le chanvre par un morceau de la grosse tige d'un fucus.
Ce même instrument, quand, au moyen d'une
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modification dans l'ouverture, il sert à lancer de l'eau, s'appelle clissouère ou gilouère-, l'un des bouts est alors fermé, sauf une petite ouverture, et la baguette remplit le rôle aspirant d'un bâton de seringue.
Avec les chaumes de blé vert ou d'avoine, ils font une sorte de petite musique, qui ressemble à une anche et rend un son assez doux. Ils la nomment sonnette ou houé\e, et, pour qu'elle ait meilleur son, ils lui adressent des formulettes :
Sonne, sonne, sonne.
Ma petite sonnette, J'te donnerai du beurre et du lait Dans n'un petit poté (pot) Pour saint José, (P.)
Cf. sur ces formulettes mes Traditions et siipenlitioiis, t. li, p. 330.
Avec des branches de saule, ou avec des tiges de prêle, ils font des sifflets.
La feuille de houx sert aussi à faire une sorte de petite musique qui rend un son assez doux, analogue à celui de la sonnette. On entaille, sur le revers de la feuille, la peau extérieure, de manière à ne pas percer et à faire trois entailles, dont celle du milieu est la plus grande; on la place au-devant de sa bouche et on souffle. Cela s'appelle un nunu. Faire un tiunu qui « dise
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bien » est un talent que tout le monde n'a pas; celui qui le possède peut conclure avec les autres des échanges avantageux.
Avec des sureaux creusés, au bout desquels on colle une pelure d'oignon, et qu'on entaille non loin du bout, en forme de mirliton, on fait des instruments rustiques qui ressemblent à ceux qu'on achète : de même que ceux-ci, on les nomme turhdutus.
On siffle aussi en tenant devant sa bouche une feuille dont on présente le coupant au souffle.
On siffle encore dans les cotissiaoïix ou fleurs de digitales.
Au bord de la mer, les enfants prennent des rubans de flèches bien sèches et ils les tendent iWQc les deux mains à portée de leur oreille : le vent rend une petite musique très douce en soufflant au travers.
Ils s'appliquent aussi à l'oreille des coquilles de buccins. Cela se fait aussi dans l'intérieur, et l'on croit que le bruit que fait le vent en entrant dans les spirales est celui de la mer.
2 m. — JEUX DES GARÇONS, COXVEKTIOXS
Si les enfants de l'école ont perdu quelque cliose, une toupie par exemple, ils disent :
Elle est sur la terre aux Bertons (Bretons), Ceux qui la trouveront l'auront.
Celui qui la trouve peut la garder; mais il est obligé de la rendre si celui qui l'a perdue a dit :
Elle est sur la terre aux irangnes (araignées), Celui qui la trou'ra devra la rend'e. (P.)
« Lorsqu'un, enfant veut donner sa parole, il pitsse successivement sa langue sur chacun des doigts de sa main droite, puis, sur le milieu de cette même main, en crochant, c'est-à-dire en traçant le signe de la croix, celui à qui est îah le serment dit : « Si tu manques à ta promesse, (' j'irai dans le paradis et. toi dans l'enfer. »
« Une autre manière de rendre une promesse solennelle, c'est de lever la main après avoir craché dedans, et quelquefois après y avoir tracé un signe de croix.
« Pour conclure un marché, deux enfants enlacent leurs petits doigts, cela s'appelle crocher ; ne pas tenir un engagement ainsi contracté, c'est
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décrocher, et il est dit que « celui qui décroche va « en enfer. »
« Si un enfant veut reprendre un cadeau qu'il a fait, on lui dit : « Donné est pire que vendu. « Ou bien : « Une fois donné, c'est vendu. »
(Saint-Brieuc, Mcîusine, t. I, col. 294.)
Si on veut reprendre ce qui a été donné, on dit : « Il n'y a que le diable qui reprend. » (M.)
duand les enfants font des marchés, ils entrelacent leur petit doigt, et disent :
Petit doigt, petit doigt, Si tu dèchanges (te dédis), le diable sera pour toi.
Formuîeltes d'élimination. — Pour savoir qui sera dessous, on emploie un assez grand nombre de formules d'élimination; en voici quelquesunes :
A la lune au crcssent
Bonté,
Clarté,
En Paradis.
Mot d'sot,
Mot d'alcne,
Mon compère,
Va-t'en es vcnes.
On court les uns après les autres en chantant deux fois :
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Le loup est mort Dans r corridor; Q.uand s'ra réveillé, Il va tous nous manger.
Et celui qui est le premier attrapé par un des autres est le loup et est dessous.
A la queue du loup. — Il y a deux acteurs principaux, dont l'un est le loup et l'autre la mère. Le loup fait le geste de ramasser sa fouée et les autres viennent la lui prendre. Il dit :
— Qui qu'a ramassé ma fouée?
— 'Est une petite bonne femme qui l'a prinse pour faire des gauff'es (galettes).
Le loup se met alors à foire mine d'affiler ses crocs avec ses ongles, comme s'il était en colère, et il se met à sauter en haut. Les petits se tiennent derrière un garçon qui est la mère et qui les défend de son mieux ; quand ils sont tous pris, ils se couchent, et le loup f^iit mine de les manger; c'est la mère qu'il mange la dernière. (P.)
On trouvera plus loin deux variantes de ce jeu.
Jeu des fleurs. — Les enfants qui y jouent se mettent en quatre endroits différents ; dans trois d'entre eux, il n'y a qu'un seul enfant, dont l'un est le Bon Dieu, l'autre la Bonne Vierge, le iroi-
sième le Diable. Le reste des enfants forme un groupe à part, et l'un d'eux est chargé de donner à chacun un nom de fleur et de les représenter devant Dieu, la Bonne Vierge et le Diable ; l'un a une fleur de pommier, l'autre une fleur d'ajonc, etc.
Le Bon Dieu vient le premier frapper à la porte : Pan ! pan !
— Qj-^i est-ce qui est là? demande le chef des enfants.
— Le Bon Dieu avec sa couronne d'épines.
— Que demande-t-il ? — Une fleur. — QjLielle fleur? — Une fleur de pommier.
L'enfant qui a cette fleur sort du groupe et le bon Dieu l'emmène en paradis. Si le Bon Dieu, qui ne doit pas savoir le nom des fleurs, nomme une fleur qui n'est pas dans le groupe, il est obligé de s'en retourner, et de ne revenir qu'après que la Vierge .€t le Diable ont fait leur tournée.
La Bonne Vierge paraît : Pan ! pan !
— Qui est-ce qui est là ? — La Bonne \'ierge avec son manteau doré. — Qiie demande-t-elle? — Une fleur. — Quelle fleur? — Une fleur d'ajonc.
Si la fleur est dans le groupe, elle suit la Bonne Vierge qui l'emmène dans sa maison. Le Diable arrive alors : Pan! -pan!
Qui est-ce qui est là ? — Le Diable avec ses
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coul's (cornes). — QjLie demande-t-il ? — Une Heur. — QjLielle fleur? — Une fleur d'épines. — Si cette fleur est là, elle suit le Diable qui remmène en enfer.
Le jeu continue et le Bon Dieu, la Bonne Vierge et le Diable viennent chacun à leur tour, jusqu'à ce qu'ils aient emmené toutes les fleurs. Quand tout est terminé, les enfants du Bon Dieu et de la Bonne Vierge crient : « les Damnés ! )> et vont les poursuivre et les brûler. (S. C.)
La Bague-madame. — Il s'agit de deviner, parmi ceux qui prennent part au jeu, qui a un objet donné. (Tréveneuc.)
La Veuve. — On se met à la file, deux par deux, puis devant le couple se place le veuvier (veuf) ; les deux qui sont derrière lui doivent aller se rejoindre par-devant lui en courant. Il essaie d'en attraper un ; s'il peut y parvenir, celui qui a et j pris lui sert de pà, c'est-à-dire fait couple avec lui, et ils se placent derrière les autres couples. Celui qui n'a pas été pris devient veuvier, et le couple devenu premier recommence le même manè^^c avec le nouveau veuvier. Si le veuvier ne prend personne, il conserve sa place, €t le premier couple vient se ranger à la suite du dernier. (Tréveneuc.) Communication de M. Ernault.
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La toupie. — Avant de jouer à la toupie, on tire pour savoir celui qui sera dessous. Cela s'appelle équiller.
L'un des enfants crache par terre, et les autres lancent leur toupie en prenant le crachat comme but. C'est à celui qui a mis le plus près du blanc qu'il appartient de frapper le premier.
Celui qui a été le plus loin fait rouler sa toupie, et l'autre lui crie :
Allume, De la vie, qu'la barbe en fume ! (P.)
Pète en gueule. — Voici comment se pratique le jeu pèle en gueule (D.), qu'on nomme aussi fo.iler Je gareau (P.), et qui était populaire au temps de Rabelais. Il y a quatre acteurs : deux sont placés côte à côte, les genoux en terre, appuyés sur les mains; ils forment une sorte de selle, et ils ont la tête placée chacun d'un côté différent. Ce sont ceux qui sont dessous. Des deux autres l'un est debout dans la position naturelle, l'autre a les deux mains par terre, sa tète se place entre les jambes du premier et ses jambes entre la tète de son camarade; ils forment une sorte d'animal à quatre mains, et chacun à son tour passe par-dessus les deux qui sont dessous.
La Grue. — Le jeu d'eufile-aiguillc, qui s'appelle aussi la grue, consiste en une longue queue : la mère grue fait passer ses griions, qui sont attaclîés à elle par des mouchoirs, par-dessous les bras de ceux qui composent la queue. Ils passent brusquement, et c'est pendant qu'ils sont à faire ce mouvement que les autres joueurs ne faisant pas partie de la queue frappent à coups redoublés de leurs mouchoirs cordés sur les gruons. Si la mère grue peut en frapper un avec le mouchoir qu'elle tient dans sa main droite, il prend place dans la queue.
Gros-Jean. — On trace dans un coin, avec le pied, un cercle : c'est la cabane de Gros- Jean. Il s'y retire, et, après avoir cordé son mouchoir, il le tient dans les deux mains, et crie :
Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane Pour la première (2', 3'', etc.) fois, Pour aller chercher une femme.
Il sort en marchant à cloche -pied, et les joueurs le frappent de leur mieux. Mais celui v;u'il peut atteindre se rend à la cabane au plus -le, non sans recevoir en route nombre de coups de mouchoirs. Lorsque Gros-Jean a une femme, :I .s'écrie :
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Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane Pour la première fois, Pour aller chercher un garçon.
Lorsqu'il a assez d'enfants, au lieu dédire qu'il va chercher quelqu'un, il s'écrie :
Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane.
Tapez su' sa queue.
Planter h chêne, faire le chêne fourché ou le chêne piqué, c'est se planter sur la tête en ayant les jambes écartées de manière à former un V. C'est celui qui se tient le plus longtemps dans cette position incommode qui gagne.