I. — LE CORPS HUMAIN
ous ce titre, j'ai réuni les croyances relatives aux diverses parties du corps humain, ainsi que certaines croyances, coutumes ou superstitions que le peuple y rattache.
Quand on se lève le eu le premier, on a du malheur toute la journée. On dit de quelqu'un qui est de mauvaise humeur : — Il s'est levé le derrière le premier.
Depuis une quinzaine d'années, la manière de porter la barbe et les cheveux a bien varié à la campagne. Autrefois, presque tous les paysans étaient entièrement rasés ou gardaient de simples
côtelettes ; les moustaches formaient une exception très rare, et bien peu portaient la barbe entière. Actuellement, si les moustaches sont encore assez rares, il n'y a plus guère que les vieillards à se raser complètement, et la barbe entière, autrefois si peu portée, n'est plus une exception à citer.
Quand on vient de se couper la barbe et qu'on embrasse quelqu'un, on dit qu'on lui donne le pucelage de sa barbe. Il y a des gens qui ne se laissent embrasser que par la personne à laquelle ils la destinent. (D.)
Pour que les cheveux allongent, il faut les couper dans le croissant ; coupés en pleine lune, ils ne repoussent pas ; si on les coupe dans le décours, ils raccourcissent. On doit les brûler ou les porter dans le cimetière, où on les enterre, quand ce sont les premiers cheveux des enfants ; ils mourraient si on les jetait. Les femmes ne doivent pas non plus jeter leurs cheveux.
On doit les couper à la nouvelle lune, car les campagnards déclarent qu'à mesure que le croissant de la planète augmente, les cheveux poussent aussi vite et en proportion. Ce mo3'en ingénieux empêche les rhumes, les affections de poitrine, etc., de se produire, en raison de l'explication précédente.
Les femmes rouges font tourner le lait (E.-D.) et le cidre ; elles ne doivent pas non plus allei
dans le cellier. Il en est de même des femmes très noires; elles partagent ce privilège peu enviable avec les bonnes sœurs trottoires qui font tourner le lait, et ont toutes un sort jeté sur elles. (D.)
Jadis les femmes ne montraient pas leur chevelure sur leur front ; elle était cachée par un bandeau. En quelques pays, les vieilles femmes conservent encore cet usage ; mais les jeunes, presque toutes, ont des bandeaux sur le front.
On dit que les dents tombent si on fait des mensonges. (D.)
Mcme cro3-ancc en Poitou. Cf. Souche, Croyatues, p. 10.
Quand on perd ses dents, il faut les mettre sous le seuil de la porte ou dans un trou de la muraille, parce que c'est là qu'on reviendra les chercher au jugement dernier. (P.)
Les joues (proverbes).
— Il a les joues comme les fesses d'un pauvre homme.
— Les joes n'se collent point. Cela se dit quand on s'embrasse.
— Donner un coup de joe, c'est embrasser.
La langue (dictons).
— Il a le sublet bien coupé.
— La femme a bien gagné ses deux liards à li couper le filet. (E.)
L'usage de couper le filet est à peu près général à la campagne.
Les mains (dictons et formulettes).
— Avoir six doigts pour se gratter. (E.) (Être ruiné).
— Mains froides, cœur bien placé.
Voici les noms des doigts :
Le pouce, Beurrot.
L'index, Liche-Pot.
Le médius, Longin.
L'annulaire, Mal apprins.
Le petit doigt, Pdit diot. (P.)
Le bœu, La vache, Celui qui la détache, Celui qui la mène es champs, Le petit riquiqui, Qiii court devant.
Lu qui l'a prins, Li qui l'a pleurnée, Li qui l'a fricassée, Li qui l'a mangée.
Et le p'tit diot qui n'a zu ren. (P.)
Pouçot,
Beurrot,
Mail' doigt,
Capitain',
Petit doigt. (D.)
Les personnes qui ont la main longue passent pour n'être pas franches. (D.)
On dit aux enfants que la main qui déniche le berruchet est condamnée à tomber. (D.)
Si on a des marques jaunes dans la main droite, il arrivera malheur ; si c'est à la main gauche, signe de chance.
Le nei (proverbes).
— Jamais grand nez n'a diffamé (gâté) beau visage. (M.)
— Mieux vaut laisser son éfant morvous que de li écourter le nez. (M.)
— Rester la goule sous le nez. (Avoir l'air ébahi.)
— Visib'e comme le nez dans la figure.
Les ongles (superstitions et dictons).
Les taches blanches aux ongles sont autant de péchés mortels commis par la personne qui les a,
A Dinan, on dit que les taches blanches représentent autant de mensonges faits.
Cf. Souche, Poitou^ p. 10 ; Mélusine, t. l", coL 350, Francbe- Conité.
Les taches aux ongles signifient jalousie. (D.)
Si on a des taches blanches aux ongles de la main gauche, c'est signe de malheur ; si c'est à la droite, c'est signe de chance. (P.)
Avoir un poil à l'ongle. (S.-C.) Être paresseux.
On dit aussi : Avoir un poil dans le creux de la main. (E.)
Tailler ses ongles le dimanche, c'est donner du pain bénit au diable. (D.)
On ne doit pas non plus les couper le vendredi, car c'est le jour de la Vierge, et on écourterait le petit doigt de l'Enfant-Jésus. (D.)
Si une femme coupe les ongles de son enfant le dimanche, l'enfant est sûr de mourir dans l'année. (D.)
Les oreilles (croyances et dictons).
Quand les oreilles vous sonnent, on est à rhahîïler vos chaussures, c'est-à-dire à parler de vous. (P.)
Si les oreilles tintent, c'est signe que quelqu'un parle de vous. (E.)
Superstition analogue dans les Vosges (^MéL, 501). C'était une superstition antique.
— l'oit dur comme un sourd.
— l'oit du' comme un fossé (talus).
— Sourd comme une bûche. (E).
Si on tient longtemps un petit violon (criocère) auprès de ses oreilles, on ne sera jamais sourd. (Env. de Bécherel.)
Les os.
11 y a des saisons où les os n'ont pas de moelle. (E.)
ï^s pieds (Croyances et proverbes).
Si on a les pieds froids, on a le cœur chaud ou on est amoureux.
— Il a des pieds de Gargantua. (M.) Ce pro-
verbe est surtout employé par les cordonniers, en parlant des enfants.
(Cf. Gargantua dans les traditions populaires).
On dit aussi de quelqu'un qui a les pieds grands, qu'il a des pieds de Charlemagne ; mais je ne pourrais affirmer avoir entendu ce dicton à la campagne.
Le ventre (dicton).
— Dos de velours et ventre de paille.
Le visage (dictons).
— Ça y' est-i' un biau gas? — Comme l's aut'es : il a deux yeux, le nez au mitan du visage et la goule dessous ; il est ben. (E.)
— Le morvous, emporte le p'étous.
— Olle est ronde comme un galetier : queue face qu'olle a. (Ploubalay.)
Les yeux (dictons et formulettc).
— Avoir les yeux comme une bogue de châtaigne.
— Avoir les yeux plus grands que le ventre. (M.)
— Il a les yeux comme un petit Serpidas. (M.)
— Loucher comme un beurrier. (E.)
— Yeux de congre mort.
— Yeux de carpe frite.
— Faire des yeux comme une poule qui perce un sas. (E.)
Yeux bleus.
Qui mènent la chatte chez le bon Dieu ;
Yeux naïrs, Qui mènent la chatte baïre ;
Yeux verts, Qui mènent la chatte dans l'enfer;
Yeux bruns, Qui mènent la chatte au pun (pain).
Yeux gris, Qiii mènent la chatte en paradis. (P.)