II. — COUTUMES RELIGIEUSES
Dans la première partie de ce livre, j'ai cité un assez grand nombre de coutumes et d'usages chrétiens qui se rapportent aux diverses phases de la vie humaine ; il en ^a été de même dans la seconde partie, surtout aux chapitres intitulés V Année et les Fêtes; mais il en est un certain
6o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
nombre qui n'ont pu rentrer dans les classifications déjà faites : c'est pour cela que je les note ici.
On a déjà vu que les pèlerinages, surtout isoles, à tel ou tel saint, à telle chapelle, étaient assez nombreux ; je suis loin d'avoir épuisé la liste des saints guérisseurs, et leur pouvoir s'étend sur les hommes, les animaux et les moissons.
C'est surtout quand il s'agit du bétail, que les paysans se montrent généreux ; il s'établit entre eux et les diverses puissances du ciel une sorte de contrat synallagmatique. « Si je vends ma vache tel prix, je donnerai au bienheureux saint X*** une pièce blanche. » — « Si la bienheureuse Vierge Marie permet que not' trée (truie) aie dix petits pourciaoux, il y en aura un pour ielle. « (P-)
Le cliiinoine Goudc (Lég. de Chàteauhriatii) cite plusieurs exemples de ces sortes de contrats, entre autres celui d'un mendiant qui promet 20 sous pour ne plus tomber du haut mal. Les Gv.'er^io:i bretons sont remplis de promesses analogues.
C'est surtout en temps d'épizootie que les vœux sont fréquents, plus encore que lorsque l'épidémie sévit sur les gens.
• Lorsqu'un cochon a bien profité, on offre un morceau de lard, qui est vendu aux enchères, 'à la porte de l'église, après avoir été exposé, pendant la grand'messe sur l'autel du saint proteceur du cochon. S'il s'agit d'une vache, c'est une
belle moche (motte) de beurre qui est offerte, et qui est de même vendue.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie brctouve, p. 84), il y a aussi des ventes aux enchères à la porte de l'église.
En Haute-Bretagne, la population est presque entièrement catholique; il y a un assez petit nombre de protestants, très peu de juifs, et l'on peut dire que les campagnes sont entièrement catholiques. Les non-pratiquants, assez nombreux dans la classe moyenne, sont assez rares parmi les paysans. La première édition du Dictionnaire d'Ogée comptait la population par le nombre des communiants ; ce mode de recensement serait moins exact aujourd'hui. Je crois que, même à la campagne, on peut porter à près d'un dixième pour rille-et- Vilaine, d'un vingtième pour les Côtesdu-Nord, le nombre des hommes qui ne font pas leurs Pâques.
Entre Rennes et Fougères existait une secte assez nombreuse qui ne reconnaissait pas la hiérarchie catholique; on l'appelait la petite Eglise, et ses sectateurs se nommaient, je ne sais pourquoi, des Louiseites. On m'a assuré que les Louisettes s'étaient séparés du reste des catholiques au moment du Concordat, parce que la Fête-Dieu, au lieu d'être célébrée le vjeudi, était reportée au dimanche. Il n'y a pas très longtemps que leur dernier prêtre est mort, et comme les Louisettes
n'ont point d'évêque, il n'a pas été remplacé. D'après les renseignements en petit nombre que j'ai pu me procurer, la secte des Louisettes serait en voie de disparaître complètement.
Des communions analogues existaient en Anjou et en Vendée.
Le pain bénit est offert 'par les paroissiens ; il doit être mangé ou brûlé ; mais il faut bien se garder de le jeter, car il pourrait être l'occasion de malheurs.
Si on donne du pain bénit à un chat, il entre en fureur et devient comme enragé. (M.)
Si on donne du pain bénit à une poule, cela la rend enragée. (E., P.)
En 1884, il y avait à Plenée-Jugon une forte épidémie de diphtérie : ou assurait que la maladie frappait les maisons dans la semaine qui suivait celle où on y avait rendu le pain bénit; ce qui n'empêcha d'ailleurs personne de le donner à son tour.
Avant de se mettre à l'eau, les enfants prennent de l'eau et font un signe de croix.
Cet usage existe en Russie, et M. de Gubematis, t. II, p. 414, •pense que c'est un reste de la croj-ance aux esprits malfaisants des eaux.
Si quelqu'un fait un ouvrage dont il n'a pas l'habitude, on dit : Il faut faire la croix dans Vhu (sur la porte). (S.-C.)
Si la nuit on ne fait pas le signe de la croix en passant devant une croix, « on voit de quoi. » (E.)
A Dinan, c'est le contraire. Les morts qui sont en pénitence au pied des croix pensent qu'on leur fait signe de venir et ils suivent.
Avant d'entamer le pain, on fait une croix avec le couteau sur la partie plate.
Il y a une cinquantaine d'années, on portait en procession la bannière de Saint-Glen, qui était assez lourde, et pour lui donner du poids, on y ajoutait au haut un keut (couteau de charrue). Aussi, il n'y avait que les « bons corps « à pouvoir la porter, et c'était un honneur très envié. Il fallait, en sortant de l'éghse, la faire saluer, en l'abaissant et en la relevant, par les prêtres et les gens de la procession.
Quand on place sur le clocher un nouveau coq ou que, pour des réparations, on descend le vieu:î, celui qui doit le poser se fait accompagner d'un autre homme ; le coq est orné de rubans tricolores, et on le porte au maire, à l'adjoint, au château s'il y en a un, dans la commune et dans les principaux villages. On offre à boire au porteur de coq, ou bien on lui donne de l'argent ou du tabac. (P.)
Les cloches disent : Pain perdu ! Pain perdu !
Dans un assez grand nombre de paroisses du
diocèse de Saint-Brieuc, les prêtres font une quête chez leurs paroissiens. Parfois, il y en a deux par an : l'une pour le fil, l'autre pour le grain ; mais, à cette dernière, on accepte les dons, soit en nature, soit en argent. Le prêtre qui fait sa quête est accompagné d'un ou deux fabriciens qui portent les sacs destinés aux dons en nature.
Le bedeau, qui est souvent fossoyeur en même temps, fait aussi une quête : en général, il n'est pas payé par le clergé ni par la fabrique.