LA GARDE DES TROUPEAUX
|ES enfants des paysans commencent leur apprentissage de la vie rustique par la garde des troupeaux : dès l'âge de sept à huit ans, garçons et filles y sont employés, quand ils ne sont pas à l'école. Comme le bétail n'est pas nombreux, des enfants peuvent le gouverner facilement; c'est un métier qui laisse des loisirs, et qui n'est point désagréable ; souvent, en effet, les bêtes sont à pâturer dans des pièces voisines de celles d'autres fermes : alors les petits bergers et les petites bergères se rassemblent et s'arrangent de manière à passer le temps le plus agréablement qu'ils peuvent. Voici quelques-unes de leurs récréations favorites :
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Ils creusent de petits fours dans les talus des champs, les chauffent avec des branches d'ajoncs mortes, et y font cuire des pommes qu'ils prennent dans les arbres voisins. Les propriétaires ferment les yeux sur ce petit pillage, qui est admis par la coutume; mais on assure que les pâtours ne doivent pas regarder leur four pendant que les pommes sont dedans; s'ils le faisaient, elles ne cuiraient pas.
Ces petits fours servent aussi à chauffer la dînette; parfois aussi les pâtours tirent les vaches, en cachette de leurs parents ou de leurs maîtres, pour boire leur lait.
Les petits bergers s'amusent à faire cotir des fleurs de digitale ou à les enfiler dans des branches de fougère dont les branches forment une sorte de croix.
Ils prennent aussi des feuilles sèches, et, les plaçant sur leur poing gauche fermé, ils frappent dessus avec la main droite ouverte, de manière à produire une détonation.
Voici quelques autres jeux pris parmi les plus • usités.
Lorsque plusieurs filles sont es champs à garder leurs troupeaux, l'une se couche, et l'autre passe dessus en disant : « Assiette » ; l'autre : « r^ourchette » ; la troisième : « Plat » ; la quatrième : « Espion »; la cinquième : « Couteau ».
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Puis elles sautent comme à saute-mouton, en disant :
La tour, prends garde, Je t'abaterai.
Il y a un garçon qui doit aller à une certaine distance, c'est celui qui va à Rome.
Les autres tracent un espace dans le champ, et, avec des fouissiaoux (ce sont des morceaux de bois pointus), ils piquent dans la terre ; celui qui manque, quand celui qui est à Rome arrive, va le remplacer.
En arrivant au but, celui qui est dessous dit :
Rome, Rome, Au eu du bonhomme, Jamais je n'y retorne ! (P.)
Quand les filles sont un peu grandes, elles filent en gardant leurs bêtes. Souvent, les pâtours viennent avec elles et leur tiennent le fuseiiu; cela s'appelle filer à la grande aiguillée. Quand le fuseau est rendu à l'autre bout du champ, la tâche est finie, et l'on s'amuse.
Les disputes entre les pâtours sont assez fréquentes, et elles se terminent souvent par des combats à coups de poing ou à coups de motte de terre ; cette humeur batailleuse n'est pas particu-
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lière aux garçons ; il y a aussi des combats entre les pdtourdes.
Presque toujours, avant que le duel s'engage, l'un des adversaires place sur son épaule une hoise (petit morceau de bois), et défie son antagoniste d'y toucher.
Sur la limite des communes se livrent parfois de petites batailles entre les bergers; avant d'en venir aux mains, ou plutôt aux coups de pierre, chacun des partis a eu soin d'épuiser les sobriquets que l'on se renvoie de temps immémorial de pays à pays, et de chanter des couplets satiriques où la commune voisine est blasonnée.
Jadis, quand les filles étaient paresseuses le dimanche, dans l'été, les garçons qui étaient levés de meilleure heure mettaient les vaches aux champs et leur passaient dans les cornes un passouc à couler le lait. (P., D.)
Il y a une espèce de déshonneur, pour les bergers et les bergères, à arriver trop tard au pâturage.
En été, lorsqu'un pdtour ou une pdtourde est en retard pour amener son bestial aux champs, ceux qui ont été plus matineux montent sur les fossés (talus), et le paresseux entend retentir à ses oreilles, jusqu'à ce qu'il soit entré dans la pâture avec son troupeau, la formulette suivante ; elle est débitée avec une sorte de rythme :
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A la hotte I
A la hotte I C'est un tel qui la porte.
A la bali,
A la balette.
C'est un tel qui la herse.
O vilaine gran'mérienne (i) (his) Qui va aux champs {bis) Quand l's aut' emmènent.
Hautoura I Hautoura (2) 1 Qui tire ses vaches par le bout d'I'orta' (5) !
Cu bousous, Qui tire ses vaches par le bout de la quoue.
A la hotte ! etc.
(Trélivan.)
Aux environs de Bécherel, on prend le dernier arrivé par les pieds et on le traîne dans la rosée, en lui criant :
A la hotte (bis) I C'est un tel qui l'emporte, Et sa vache nère (noire) qui Trapporte. Haut les bois, haut les landes, Matinal est dans la lande ; Paresseux est endormi Dans la venelle de son lit ; r se lève devers médi (midi) Pour manger du lait marri (aigri).
(i) Dormeuse.
(2) Qui se lève lorsque le soleil est haut.
(3) Orteil.
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As-tu lavé ton écuelle, La zâ-tu (l'as-tu) mise dans la vaisselle? As-tu lavé ta cuilleu (cuiller) ?
Là zâ^u mise dans l'vaissélieu (vaissellier) ? A la hotte ! etc.
(Bécherel .)
On chante, sur l'air de Dixit Dominus :
Marie-Jeanne porte la bue, Jean-Marie va la lui conduire A la bue à baire.
La bue est une sorte de dame-jeanne.
Les loups ne sont pas aussi communs en Haute- Bretagne qu'en certains autres pays; il y a, toutefois, des conjurations contre eux. Voici la seule que j'aie pu me procurer :
Notre-Dame et ses enfants, Préservez-nous des loups et des serpents, Et du chien qui court le vent.
(Environs de Moncontour.)
duand on aperçoit le loup, on^^crie : « Gare le loup! » et il s'en va. (P.)
Ou : « Harzez l'ieù. » (Tréveneuc.)
Cf. le breton har:^ ar Ueix^ : sus aux loups !
En allant chercher les [moutons, le soir, les bergères chantent des chansons; en voici une
qu'on entend souvent dans la campagne, à la chute du jour :
Ma petite Jeannette, Avez- vous bien gardé
Les amourettes Du joli temps passé?
Ah ! vraiment, oui. Jeannette, Mon fidèle ami, Je te l'avais toujours promis
Promis, promis, Avec fidélité.
Revenu de la guerre, Je t'y épouserai.
I' fut dit hier au sèr Que d'autr' amants allaient t'y voir.
Cela ne me plaît guère, Au joli bois d'amourette.
Jeannette.
(Chanté par Angélique Lucas, de Saint-Gien.)
La redevance payée pour la saillie du taureau appartient à la pdtoure (P.)» ou au hignet (E.), qui, du reste, doivent assister et aider à l'opération.
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