‹ Coutumiers de Normandie (volume 2)Chapitre 3 sur 125 · OBSERVATIONS GENERALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GENERALES

Les rares manuscrits que nous possédons des Statuta et consuecudines ou Très-ancien Coutumier, sont trop incorrects pour servir de base à une édition sans subir un travail de restitution. Ainsi qu'on l'a dit dans le chapitre précédent, il n'y a qu'un seul manuscrit, le manuscrit BB., qui contienne presque en entier le te:ste latin du coutumier. Ce manuscrit a été exécuté par un copiste trèsinhabile^ qui a souvent mal interprété les signes abréviatifs qu'il rencontrait dans le cours de sa transcription ; il est postérieur d'un siècle environ à la composition de l'ouvrage ; enfin, dans ce manuscrit, le texte ne se suit point : il est morcelé en fragments de longueur inégale, insérés au nombre de cinquante en tête des chapitres correspondants de la version française du Grand Coutumier. Ces fragments se trouvent ainsi rangés dans un ordre qui s'écarte du plan primitif du traité, tel que nous l'offre le texte français.

Le manuscrit S. G., le seul qui donne cette version française, a été exécuté avec beaucoup de soin; on n'y remarque point do fautes de transcription, et c'est à peine si l'on peut y relever quelques répétitions. Il contient le

texte français du Très-ancien Coutumier presque entier, et dans un ordre qui paraît conforme à la disposition primitive de l'ouvrage. Le fait est certain pour la deuxième partie, dont on a deux manuscrits latins : il y a tout lieu de penser que le copiste a suivi aussi exactement l'ordre des chapitres dans la première partie ; on peut donc prendre, à cet égard, ce manuscrit pour guide.

Pour établir le texte latin de cette première partie, voici la méthode qui a paru la plus sûre. On a recherché parmi les divers fragments latins disséminés dans le manuscrit BB. ceux qui reproduisaient le contenu des chapitres du texte de S. G. On les a ensuite rangés dans l'ordre de ce texte en rejetant tous les morceaux français qui se trouvaient intercalés dans le manuscrit BB.

Warnkœnig, au contraire, dans l'édition qu'il a donnée des Statuta et consuetudines, a inséré ces morceaux ^ qui n'ont jamais fait partie de ce recueil, puisqu'ils ne se trouvent pas dans le manuscrit S. G. Ce sont des passages du

1 Voici la liste de ces passages intercalés dans l'édition de Warnkœnig :

« Et se il n'i a que un qui ne taigne mesnage. . . » p. 5.

« La chause por quoi le tiers et le danger. . . » p. 11.

« De hrief de deisaisine de veue. » p. 14.

« Bref de ficu lay. » p. 23.

« De lai fieu et de aumosne. » p. 24.

« Il est ordené en Eschiquier. . . » p. 25.

« Se un homme porte un bref. . . » p. 26.

« De bref d''estahlie. » p. 26.

« De patronage. » p. 34.

« De droit de patronage. » p. 34.

« De Maner. » p. 34.

« De eodem. » p. 35.

« De custodia pupillorum. » p. 45.

Grand Goutumier et d'autres compilations de droit normand S des traductions françaises de décisions des Assises^ et de jugements de TEchiquier^. Quelques-uns de ces documents sont de beaucoup postérieurs à la composition du recueil : tel est un arrêt de l'Echiquier de 1299 \

Warnkœniga admis, en outre, dans son édition, des textes latins qui se distinguent assez nettement de l'ensemble du traité pour qu'on doive les considérer comme des additions étrangères à la rédaction primitive. Ces passages sont au nombre de quatre :

V Un fragment intitulé : Statutum domini régis super haillivos etvicecomites servientes et alios ministros, qui n'est autre que le commencement de l'ordonnance de saint Louis, dite « Ordonnance pour la réformation des mœurs » (Paris, décembre 1254 ^). Le manuscrit BB. s'arrête au milieu de l'article 12 (. . . . ab omni verbo quod vergat in coniumeliam . . .) ; il manque donc environ les deux tiers du texte original. Quelques-unes des dispositions de cette ordonnance sont passées dans le chapitre du Grand Goutumier qui a pour rubrique : De l'office au viconte mais ce n'était pas une raison pour placer, comme l'a fait Warnkœnig, ce fragment d'ordonnance en tête desStatuta et consueiudines. On a cru devoir omettre ces passages empruntés à un règlement de cinquante ans postérieur à la plus ancienne partie du recueil. L'ordonnance de 1254 n'est

1 Warnkœnig, p. 5, 23, 24, 26.

2 Ibid., p. 34, 35, 45.

* Ibid,, p. 24.

5 Warnkœnig, p. 3. — Ordonnances, t. I, p. 67. Goutumier général, t. IV, p. 3.

du reste d'aucun intérêt particulier pour la Normandie ; elle a été en effet rendue pour le royaume tout entier.

2° Un texte relatif à l'assiette et au mode de perception d'un impôt établi en Normandie, le fouage ^ Ce document, qui a pour rubrique Le focagio Normanniey remonte à l'an 1210 environ^; il est transcrit sur le registre F de Philippe-Auguste, et il se trouvait dans le registre G. Marnier, et après lui Warnkœnig, ont cru sans doute que ce texte faisait partie des Statut a et consuetudines ; autrement on ne saurait s'expliquer pourquoi ils l'ont intercalé entre deux chapitres de ce recueil, de façon à interrompre la suite des idées. Le premier de ces chapitres est relatif à l'hypothèse où la femme réclamant son douaire ou son maritagium, ses adversaires prétendent que les objets qu'ils détiennent n'ont point reçu cette affectation Le chapitre De vadiis maritagii sive dotis (cap. iv), qui suit immédiatement le passage De focagio, commence par les mots : « Si vero sponsus vidue maritagiumvel dotem invadia- « verit. . . », qui se rattachent pour le sens, comme pour la forme, à la phrase qui précède le fragment De focagio. L'intercalation de ce texte en cet endroit ne peut donc se justifier. S'il avait jamais fait partie du Très-ancien Coutumier, il faudrait, en raison de sa date, le reporter dans la seconde partie, qui est postérieure à 1210. Or le texte français de cette portion du coutumier nous a été très-vraisemblablement conservé dans son entier par le manuscrit S. G. ; comme on n'y retrouve rien de relatif au fouage, il y a tout lieu de penser que ce passage n'a jamais fait partie

1 Warnkœnig, p. 5; Marnier, p. 3.

2 L. Delisle, Cartulaire normand, p. 29, n» 187.

3 T. A. C, îii, 2.

de la compilation ^ On s'est donc cru autorisé à ne point l'y comprendre.

3° Le troisième texte latin, intercalé par Warnkœnig dsiusles Statuta et consuetudines , n'est autre qu'un mandement de Philippe le Bel, daté de 1299 Il suffit de citer la date de cette pièce pour montrer qu'on ne doit pas en tenir compte.

4*' Enfin Warnkœnig a placé à la fin du Très-ancien Coutumier la jurée ou enquête de 1205, qui ne s'y trouve jointe dans aucun des manuscrits On a donc cru devoir la retrancher d'un texte auquel elle n'a jamais appartenu.

Après avoir éliminé ces textes français ou latins intercalés par l'éditeur dans le traité original, on a rapproché de chacun des passages de la version française les fragments latins correspondants. Ce rapprochement a montré qu'il y a quatre chapitres français dont le manuscrit BB. n'a conservé aucune trace Après avoir vainement cherché à combler cette lacune, on a cru nécessaire de donner tout au moins le texte français de ces chapitres, qui contenaient des règles tombées en désuétude vers la fin du xiii® siècle, et ont été retranchés pour cette raison par le praticien, qui a fondu en une seule compilation dans le manuscrit BB. le

1 H. Brunner, Das Anglonormannische Erhfolgesystem. — Excurs uher die œlteren Normannischen Coutumes. Leipzig, 1869, in-S», p. 57. Comme on se réfère surtout à la seconde partie de cette brochure, on la citera, pour abréger, sous le titre d'Excurs.

2 "Warnkœnig, p. 34.

3 Ihid., p. 46 et 47.

4 Ce sont les chapitres :

De partie de frères. Marnier, p. 24. T. A. C, xxxii. De vente de bois. Marnier, p. 25. — xxxiii. De terre donée. Marnier, p. 25. — xxxiv. De mehaing. Marnier, p. 29. — xxxix.

Grand Coutumier et les Statuta et consuetudines . On a donc intercalé ces fragments dans le texte, les trois premiers entre les chapitres Quod nullus guerram faciat (cap. xxxi) et De homicidio (cap. xxxv), le quatrième entre les chapitres De prisione (cap. xxxviii) et De tesmoinz (cap. xl). On a reproduit le texte de Marnier en le rectifiant à l'aide du maauscrit S. G.

La comparaison du texte français avec le texte] a tin nous a permis d'introduire de nombreuses corrections dans ce dernier texte. Quelquefois, on a dû suppléer un ou deux mots pour rendre des passages plus clairs ; mais on s'est fait une loi de ne recourir à ces additions qu'autant qu'on y était autorisé par la présence dans le texte français de mots qui ne se trouvaient point dans le texte latin. Ces corrections et additions ont été scrupuleusement indiquées.

Le manuscrit S. G. ne fournissait aucune indication directe pour le classement de cinq fragments latins qui n'ont point de correspondant en français. Il est presque certain que ces chapitres se trouvaient dans les premiers feuillets de ce manuscrit S. G. qui ont disparu ; on a donc cru devoir les placer en tête du coutumier ^ On a laissé les quatre premiers dans l'ordre où les donne le manuscrit BB.

1 Ces fragments forment deux groupes qui se trouvent l'un à la page 61, col. 1, et l'autre à la page 73, col. 2 du ms. BB. 1er Groupe :

« Quando dux Normannie.. . » Warnkœnig, p. 4; T. A. C, i. « Comités, vel barones, vel milites... » "Warnkœnig, p. 4; — ii, let2. « Misericordia excommunicati. . . » Warnkœnig, p. 5, — ii, 3. « Vidue et pupilli sunt in protectione. ..> Warnkœnig, p. 5 ; — m, let2. 2e Groupe :

« De vadiis maritagii sive dotis. » Warnkœnig, p. 6; T. A. C, iv.

et on a mis à la suite le cinquième fragment De vadiis maritagii sive doits (cap. iv), qui se rattache aisément au quatrième^ Vidue et pupilli . .. (cap. m). Ces deux derniers fragments devaient en effet se suivre, et précéder le chapitre De dotaliciis (cap. v), dont une partie seulement s'est conservée au début du texte français. On ne saurait d'ailleurs leur assigner une autre place, l'ordre des chapitres du texte français ne permettant pas de les rejeter plus loin. Les trois premiers fragments contiennent des dispositions relatives aux devoirs du Duc vis-à-vis de l'Eglise et aux mesures d'exécution contre les excommuniés, qui ne pouvaient trouver place qu'au début du traité. Plusieurs coutumes et autres textes de droit du moyen âge débutent ainsi par un exposé plus ou moins sommaire des questions que peuvent soulever les rapports de l'Eglise avec le pouvoir séculier ^

L'établissement du texte de la seconde partie offrait moins de difficultés ; les documents ne manquaient point, comme pour la première. On a vu, dans le chapitre I, qu'outre le manuscrit BB.,deux manuscrits, C. ^ et N. D.^, contiennent la seconde partie du traité. De ces trois manuscrits, N. D.^ semble le plus ancien; mais il est aussi incorrect que le manuscrit BB. On y remarque, en outre, des lacunes regrettables ; ainsi les noms des barons qui ont pris part à la jurée faite sous Henri II ne s'y trouvent point.

Le manuscrit G.^ a été écrit en 1430, mais il nous a transmis un texte plus correct que celui du manuscrit N. D^ La forme de ce texte s'est ressentie sans doute de l'épo-

1 « A sancta itaque ecclesia exordium sumentes, per quam rex et « regnum solide subsistere haberent... » Leges Edwardi confessons, cap. I (R. Schmid, Bîe Gesetze der Angelsachsen, p. 491).

que ou il a été transcrit ; toutefois le fond est fort peu altéré. L'exactitude des renseignements qu'il fournit autorise à croire qu'il dérive d'un manuscrit très correct qu'un scribe intelligent aura fidèlement copié, tout en rajeunissant l'orthographe. On a donc cru devoir prendre ce manuscrit C.'* pour base de la nouvelle édition, en rectifiant d'ailleurs ses données à l'aide des autres manuscrits qui ont fourni, sur quelques points, de meilleures leçons.

Il n'était pas possible de reproduire l'orthographe de ce manuscrit ; on a suivi à cet égard les usages généralement adoptés dans les actes contemporains qui méritent le plus de confiance. Lorsqu'on a rencontré dans un des manuscrits qui ont servi de base à notre travail des mots latins refaits sur des types français, comme dessaisina, deresnare, on a cru devoir les remplacer par les formes en usage au commencement du xiii® siècle. On a procédé de même pour les mots orthographiés de plusieurs manières ; on s'est décidé pour la forme qui était la plus répandue au XIII® siècle.

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