‹ Cow-boy [microforme]Chapitre 27 sur 99 · QUE · texte numérisé non relu

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— Spurlock et vous, Jack Reid, de l’o ranch, voilà six broncos absolument sauvages. Celui de vous qui, dans le plus court délai, jettera son lasso sur trois d'entre eux, les sellera et restera sur leur dos au moins dix minutes, sera proclamé vainqueur. Allez, mes enfants !

Ainsi parle en sa sagesse Twenty-Sixth, la pipe aux dents. Du haut du corral!, il contemple avec sérénité les broncos qui s’y trouvent enfermés, tandis qu'à ses côtés tous les

1. Grande enceinte circulaire dont les murs sont formés par des troncs d’arbres ou logs superposés.

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5o COW-BOY

boys se préparent à applaudir Spurlock ou Jack. C’est jour de repos, et ils en profitent pour se livrer à leur amusement favori : le dressage d’un cheval sauvage.

Jack envoie son lasso sur la tête d’un poney noir à l'œil vairon; puis il enroule autour d’un log l'extrémité qui lui reste en main. La bête effarouchée part au galop, ie nœud coulant se resserre, et le cuir tressé va se rompre sous l'effort furieux, quand le cheval roule à terre aux trois quarts asphyxié. Jack se précipite, lui met un genou sur la tête et commence à lui lier les deux jambes de devant; soudain, l'animal crie de rage, se relève et bondit contre les murs: Sheffield et Loïs de Bère, vers lesquels 1l s’est rué, se hâtent de quitter leur dangereux observatoire. Le cheval noir retombe en arrière, les quatre sabots en l'air. Une seconde tentative : les logs plient, nouvelle culbute, Jack reprend l'extrémité du lasso. Mais voilà qu'une troisième fois la petite bête enragée fonce sur le mur de huit pieds de haut et le franchit en brisant le log du sommet, tandis que Jack lâche le lasso qui lui brûle les mains.

Tous les autres chevaux bondissent au dehors par la brèche; l’un d'eux, un bai brun, se précipitesur une haie en épine de fer, brise

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trois fils, emporte le quatrième à son cou, où se creuse une atroce blessure, pendant que l'extrémité, longue d'environ cent pieds, balaie l’espace derrière lui.

— Couchez-vous tous à terre! crie Twenty- Sixth.

Le fil passe, en même temps qu'il parle, au-dessus des têtes comme une faux d’un nouveau genre; des flots de sang jaillissent du bai brun, complètement affolé à la queue de ses camarades, là-bas sur la Prairie. Le noir est en tête, épouvanté par le lasso qui bondit à sa suite. Jack, d’exécrable humeur, mesure la hauteur du saut : sept pieds et demi ! |

— Les corrals vieillissent?, dit Twenty- Sixth. C'est dommage : nous allions rire avec ce noir à l'œil blanc. L’avez-vous entendu rugir? Et l’autre, le bai brun? il va en rester estropié.. Trop heureux s’il ne mutile pas ses camarades avec ce sutané fil !... Enfin, ce sera pour après déieuner : nous irons les ramener dans les corrals, s'ils s'arrêtent

1. Roseberry, cheval canadien, a sauté sept pieds trois pouces et demi (2 mètres 21 centim.), étant monté, à Chicago. 2. Les logs d’un corral, même écorcés, se pourrissent assez

vite : l'entrée de ces enceintes est en forme de V rar où sont refoulés les troupeaux,

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avec. les bandes qui broutent tout autour du ranch.

Les cow-boys, désappointés, rentrent au T. O. T. Ce sont d'abord de longues écuries en troncs d'arbres cimentés de glaise, avec des toits en terre ponr donner plus de fratcheur, l'été ; puis, à gauche, un bâtiment du même genre qui sert de forge et de pouleiller, avec une petite cabane par derrière, où se trouve la laiterie. Quant au grand log-house central, avec son toit de bardeau, c'es’ le quartier général de l’Anglo-American Cattle Co.

Une source, à côté, va se perdre dans le Spring Creek; devant l'habitation se déroule une plaine immense, à l'herbe rase, et çà et

‘là quelques misérables cotton-wood que cha-

que hiver ébrèche davantage. Le pays serait d’une tristesse écrasante pour toute vie moins active que celle des cow-boys.

L'intérieur du /og-house central est divisé en quatre pièces: la chambre de Twenty- Sixth, puis une salle à manger, une cuisine avec un appentis extérieur, et enfin une très grande salle où se trouve, en guise de mobilier, une banquette de cinq pieds de large, courant tout autour des murs; au milieu, un poêle. C’est là que dorment les cow-boys, chacun sur une paillasse ou une peau de

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buffalo, à son goût: car il fournit toujours son lit — et ses couvertures, s'il en désire. — Sous la banquette, sa malle qui lui sert d'armoire, sa selle, sa bride et ses éperons; au chevet, son six-shooler : — en un mot, tous les trésors d’un cavalier de l'Ouest.

Allongé sur sa planche, Andy rêve au passé.

Que la France est donc loin! Il peut bien v rêver un peu sans crainte de réveiller son cœur endurci parmi des aventuriers venus de tous les points du globe. N'est-ce pas hier qu'il était encore en Provence, le pays où l'on savoure si bien la joie de vivre, la gaie Provence, pays d'amour et de parfums, presque trop enivrants au matin}...

N'est-ce pas hier qu'il se croyait cuirassé du triple airain céiebré par le poète, quand tout à coup, aux derniers adieux de ceux-là qu'on aime plus qu’on ne s: l'était jamais dit avant le jour du départ, aux dernières visions du pays d'enfance, des montagnes si belles et si atürantes, au souvenir des ancêtres qui y dorment, son cœur a douloureusement éclaté... Voilà que l’angoisse est trop forte, et que le cow-boy a peur de pleurer comme un enfant.

Il ferme les yeux. Écoutez... écoutez les

cigales ; et puis, là-bas, sur les bords du Rhône bleu, Mistral, de Maillane :

Cantas, cantas magnanarello !

Que la culido es cantarello!

Galant soun li magnan e s’endormon di tres ; Lis amourié soun plen de fiho

Que lou bèu tèms escarrabiho,

Coume un vôu de blôundis abiho,

Que raubon sa melico i roumanin dôu gres…

Chantez, chantez magnanarelles! — car la cueillette aime les chants. — Beaux sont les vers à soie et ils s’endorment de leur troisième somme. — Les mûriers sont pleins de jeunes filles — que le beau temps rend alertes et gaiïes, — telles qu’un essaim de blondes abeilles — qui dérobent leur miel aux romarins des champs pierreux |

O Magali, ma tan amado Mete la testo au fenestroun !

Escouto un pau aquesto aubado De tambourin e de vioüloun !

O Magali, ma tant aimée, — mets la tête à la fenêtre | — Écoute un peu cette aubade — de tambourin et de violon !.…

Quel vilain rêve il a fait au Far Wesj, en avant de l'écume de tous les vieux pays, dans

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une vie plus sauvage que celle des patriarches, loin de toute faiblesse, de toute grâce, de toute femme! Mais il est l'avant-garde de la civilisation, comme ceux qui l’entourent : et où trouverait-il des cœurs plus droits

“ou plus braves? Andy se réveille. Il fera ce

qu'ont fait ceux qui ont trouvé sur cette terre vierge d'Amérique la liberté et la richesse; le grand poète l’a dit :

Trust no future, howe’er pleasant !

Let the dead Past bury its dead!

Act, act in the living Present, Heart within, and God o’erhead !

Ce que Twenty-Sixth traduisait ainsi : « Pas de châteaux en Espagne, pas de retours sur le passé : profite de l’heure présente pour agir, aime Dieu et va ton chemin! »

Le cuisinier Spazzi interrompit ces médita— tions en frappant vigoureusement une petite marmite avec une énorme cuiller. Le déjeuner était prêt : une première escouade de boys se précipita à table, car l’autocrate du T. O.T. n'aimait guère attendie. Un brave garçon, d’ailleurs, que l'Italien François Spazzi, l’objet de toutes les terreurs comme de tous les dé-

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