‹ Cow-boy [microforme]Chapitre 47 sur 99 · Cri de guerre Sioux · texte numérisé non relu

Cri de guerre Sioux

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temps leur fureur. Il y eut une explosion de

| hurlements féroces ; la danse reprit, plus vive ! qu'au début. Les guerriers semblaient ivres ; | ils finirent par tomber épuisés sur la terre, | tandis que les squaws leur apportaient de l’eau Il de feu pour les ranimer. Si les Sioux eussent franchi la Cheyenne ce jour-là pour galoper à | travers les Black Hills, en une ou deux nuits | d'incendie, de scalps et de deuil comme au | | bon vieux temps de 1870, la population en- 4 tière des montagnes, surprise à l’improviste,

ût été décimée, peut-être anéantie.

#* Dieu permit une dispute entre Standing Bear et Sitting Bull. Ce dernier aurait voulu, dans la nuit même, mettre à feu et à sang les Black Hills pour se replier ensuite au nord, à travers les mauvaises terres. C'était une répéütiôn de la tactique qui lui avait si bien réussi naguère, au massacre de Custer. Mais Standing Bear, d'autant plus influent que le | soulèvement se trouvait provoqué par la mort L des siens, était d'avis d'attendre en armes, Li pour s'assurer d'un mouvement offensif paral-

| lèle chez les Ogallalas.

Ce retard les perdit. Tandis que les danses du soleil continuaieni dans le camp insurgé, où s'étaient groupés près de trois mille braves, le télégraphe avait averti le général Miller,

Mai

à Omaha. Le lendemain, deux régiments de troupes régulières arrivaient à Louisville avec leurs mitrailleuses par un express spécial et après quatre jours de marches forcées, ces troupes cernaïent les tribus restées aux environs de l'agence.

Quoique l'animation fût extrême des deux côtés, pas un coup de fusil ne fut échangé durant les cinq premiers jours. Le sixième, au matin, le lieutenant Henry s’approcha un peu des tentes indiennes, pour mieux les reconnaître ; il était accompagné du capitaine Hutchison et de son ordonnance. Quatre jeunes Sioux les aperçurent et se mirent à ramper vers l’éminence où ils avaient mis pied à terre. Une fois à bonne portée, ils exécutèrent un feu d'ensemble qui renversa les trois hommes.

Les troupiers coururent aux armes : les Sioux poussèrent des hurlements effroyables et la moitié des leurs s’avança contre les blancs, en un vaste demi-cercle qui se dissimulait bien derrière tous les obstacles du terrain. On apercevait, çà et là, des corps glissant à travers les sauges, comme autant de serpents rouges, puis les reflets métalliques de fusils dont un certain nombre devait remonter au temps de Bas-de-Cuir. Les Américains, très impres-

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sionnés, attendaient, un genou en terre; quelque jeune recrue, peu maître de ses nerfs, lâchait de temps en temps un coup de fusil au hasard.

Devant cette attente redoutable, les Sioux s’arrêtèrent et commencèrent un feu de tirailleurs plus juste que celui par lequel on leur répondit : le temps n'est plus où les Peaux- Rouges ne savaient pas ajuster; et puis, les réguliers se détachaient à l'horizon en si belles cibles pour tous ces sauvages, tapis dans les herbes et confondus avec elles!

La moitié du campement sioux, cependant, restait neutre: c'était le parti de Sitting Bull, et le vieux chef appelait sur les combattants toutes les malédictions du génie des Black Hills. Il avait jugé impossible une attaque de pied ferme et ralliait son monde autour de lui, se réservant pour l'imprévu, plutôt disposé à fuir jusqu'à ce que la nuit permit un retour offensif.

Miller commanda le tir à volonté, puis la charge à la baïonnette. Les Sioux se replièrent en désordre, plus rapides que leurs adversaires, et sans cesser des feux intermittents qui couchèrent à terre un nombre d'hommes considérable. Les deux mille braves de Sitting Bull firent alors mine de s’avancer. Miller ordonna

la mise en batterie de ses mitrailleuses, et leur première décharge laboura toute la plaine, à travers les malheureux Peaux-Rouges.

Sur la gauche, à l'extrémité des tentes, fuyait un groupe de squaws dans un wagon recouvert de peaux de buffalos. Deux d'entre elles serraient sur leur poitrine des bébés dont les yeux noirs s'ouvraient curieusement au bruit de la bataille. Un obus éclata sur la pauvre voiture : les poneys 1ombèrent, la tête la première, foudroyés ; quatre squaws se tordirent sur le sol, déchirées par les éclats, dans l'agonie horrible de la femme blessée à mort ; la cinquième, également précipitée à terre, se releva en étreignant convulsivement son nourrisson, dont la tête fendue ballottait sur ses seins. Le bras droit de la squaw avait été tranché net au coude, et le sang de la mère, le sang de l'enfant, tous les deux mêlés, descendaient à torrents le long des misérabies haillons… :

A travers l’effrayant tumulte, cris de guerre des braves, déch. :ment des mitrailleuses, elle se mit à baiser ardemment la petite tête vide d'où la vie fuyait avec la cervelle, et, à chaque baiser, ses lèvres restaient plus rouges du sang qui jaillissait, tandis que son bras gauche serrait le si frêle cadavre, et que le restant

mutilé du bras droit s'agitait pour le caresser encore.

Ce fut rapide comme un éclair, et ce fut trop long encore; jemais qui l'a vu n’a pu l'oublier. Elle est encore là, cette femme, chaque fois qu'on rêve tout éveillé, sur la plaine brûlée du soleil; et il y a tant et tant de prière, de souffrance, de désespoir sur sa pauvre figure!... Mais le Grand Esprit eut pitié d'elle, et une dernière décharge la jeta à terre, morte, cette fois. La bataille était finie, tous les Sioux avaient fui.

Pas tous, pourtant: un jeune brave, le Grand Aigle, se tenait là, immobile, contemplant les deux cadavres, son fils, sa femme, vers lesquels il avait couru au dernier moment. Aucune émotion sur sa figure bronzée par la poudre, aucun geste, sous les yeux des réguliers qui le regardaient de loin, plus troublés qu’ils n'auraient voulu. Après une minute, le Sioux se baissa vers la terre rouge ; il dégagea le bébé de l’étreinte de sa mère : — elle le tenait fortement, jusque dans la mort; — et il l’'emporta vers un monticule dominant la plaine, où se trouvaient deux ou trois colton-wood. Une fois là, il le déposa à terre, lui mit entre les mains sa corne à poudre, — une corne de buffalo, — avec laquelle tant

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de fois l'enfant avait joué, au wigwam ; puis il alluma à ses pieds un feu pour éclairer le petit esprit dans son voyage au pays des aïeux.

Cela fait, le Grand Aigle coiimença à chanter doucement; ur vieux routier qui l'observait du milieu de ses camarades s'écria alors :

— Prenez garde, il va tirer sur nous!

Il n'avait pas achevé que le Sioux, se penchant brusquement vers le sol, avait ramassé sa carabine, une ‘winchester à répétition, et, dansant autour du cadavre, commençait à la décharger sur les troupes. Il y eut un moment d'hésitation; puis, un soldat tomba, avec un juron; dix ou douze de ses camarades ripostèrent par un feu de file, et le Grand Aigle bondissant pour la dernière fois au-dessus du corps de son fils, roula à terre, tandis que son esprit allait rejoindre ceux qu'il aimait aux grandes chasses où les visages pâles ne vont pas. Tout était bien fini, cette fois.

Les joues roses de santé et de bonheur, le petit Charlie sauta, ce soir-là, dans les bras de son excellent père, Ralph Boyd, l'agent de la réserve indienne :

— Maman dit que les vilains sauvages se

sont sauvés, et que vous allez me permettre de courir dehors maintenant... N'est-ce pas, papa ?

Ralph l’embrassa tendrement. :

— Oui, vous pouvez sortir, darling; il fait si beau dehors, et les vilains sauvages ne vous feront plus peur!

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