‹ Cow-boy [microforme]Chapitre 61 sur 99 · CHICAGO · texte numérisé non relu

CHICAGO

Chicago! Chicago la riche, Chicago la fiévreuse, Chicago l'énergique, ville monstrueuse que tes vices auraient déjà damnée, si ta passion du travail quotidien ne rachetait les péchés de tes nuits ! Cité géante aujourd’hui, village obscur encore hier, demain capitale de tout un continent, cité maîtresse des terres et des mers, que t'importe qu'on te raille ou qu’on t’admire, puisque vérité ou mensonge aide toujours à ta réclame gigantesque à travers l'univers ! En 1830, quand tes États-Unis, — car tu en es bien la reine, — avaient douze illions d'habitants, il n'y en avait pas cent dans tes murs; solxanle ans ont sonné à l’hor-

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loge du monde, à peine une vie d'homme, et voilà que tu as douze cent mille citoyens, et les quarante-quatre États ou territoires soixantecinq millions d'hommes libres! Soixante ans durant lesquels les cadets d'Europe, les pauvres et les déshérités, mais aussi les affamés, se sont rués sur ce sol vierge, à la prise des terres fertiles, à la conquête de l'or, leur dieu; de la liberté, leur déesse! Et que n'avaientils pas? Un sol riche, fécond, des mines plus riches encore, une volonté et une passion de travail admirabies, une libre constitution qu'ils ont su respecter et faire respecter aux nouveaux venus. Leur merveilleuse réussite, ils la méritaient. Mais, dans l'ivresse de la prospérité inouïe, eux, les petits d'hier, dont les filles épousent aujourd'hui les grands de l'Europe, ils ont volontairement ignoré tout ce qui est le charme de la vie, l'idéal, ce souflle de Dieu qui fait parfois oublier notre boue, cet avanigoût de la vie immatérielle au delà du tombeau, L'idéal! what is il? it does not pay!

qu'est-ce que cela? cela ne paie pas! Et voyez, écoutez, entendez la meule ardente, enfiévrée sur la piste du veau d’or... L'or, ah! l'or, voilà ce qui se trouve dans toutes les âmes de Chicago, au fond de toutes ses aspirations, de toutes ses énergies, derrière toutes

les amitiés, et même aussi, hélas! tous les amours |

Que de fois, au sortir des stock yards!, J'ai erré sur tes rives, à royal Michigan, par la splendeur mourante des soleiis d'automne, aux heures où l'âme des poètes et des cow-boys tressaille devant l’œuvre de Dieul... Mais les cow-boys ne savent pas exprimer ce qu'ils pensent, et les poètes, ces amoureux du beau, n'étaient pas là, parce qu'ils t'ont fuie, s'ils sont jamais venus dans tes murs, à cité cyclopéenne du travail matériel ! Car tu n'as pas d'abri pour les « inutiles », et c'est là ton

châtiment, dans ta splendeur toute neuve de

parvenue.

A travers la brume du matin, le phaéton du docteur Abraham Fairbank file comme une flèche. Avant sa consultation et ses visites 1l aime à prendre en toute saison ce qu'il appelle son bain d'air: lancés à toute vitesse, ses merveilleux trotteurs effleurent à peine le sable de Lincoln Park; lui, perdu dans une rêverie profonde, les laisse suivre presque au hasard les grandes allées. À quoi pense-t-il ? À cette première exécution par l'électricité : il va tout

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