FISTULES ET SUPPURATION
Avec l’ouverture des abcès et l’établissement des fistules commence la suppuration proprement dite. Le contenu des abcès tuberculeux froids et fermés n’était pas du pus; il était dépourvu habituellement de microbes pyogènes. Le pus véritable se montre dès que l’ulcération
de la peau a exposé la cavité de l'abcès à l’infection extérieure.
Les conséquences de la suppuration sont de plusieurs sortes.
La multiplication des fistules est un fait sinon habituel, du moins très fréquent. Pour peu que le trajet suppurant soit le siège d’un certain degré d’obstruction ou simplement de stagnation, le pus retenu ne tarde pas à trouver une issue par un nouvel orifice fistuleux. Ainsi peuvent se montrer deux, trois, plusieurs fistules sur différents points d’un même trajet.
L’infection pyogène gagnant l’articulation même et tous les prolongements fongueux qui en partent, il n’est pas rare, après l’ouverture d’un premier abcès, que l’on assiste à la formation de nouvelles collections qui n’ont plus les caractères des abcès tuberculeux simples, je veux dire non ouverts. Ce sont des abcès tuberculeux infectés secondairement par la suppuration. Aussi se présentent-ils souvent sous la forme phlegmoneuse, avec douleur, œdème, accès fébriles, et leur contenu est-il constitué par du pus véritable, pourvu de microbes pyogènes.
La multiplication des fistules est fréquente autour de la hanche tuberculeuse, surtout en l’absence d’un traitement chirurgical régulier. Dans les cas graves, on peut voir jusqu’à dix et même quinze orifices fistuleux.
Rien n’est plus variable que la quantité de pus fournie par les fistules. Elle dépend surtout de la disposition et du nombre des trajets, et aussi de l’état général du malade.
Un seul orifice fistuleux, répondant à un court trajet, chez un sujet dont l’état général s’est maintenu satisfaisant, fournit un écoulement minime. Au contraire, la;
suppuration peut être extrêmement abondante lorsque le malade est amaigri, et que la hanche, tuméfiée sur toutes ses faces, est ouverte par une dizaine de trajets longs et sinueux.
La septicémie chronique, qui résulte de cette suppuration persistante, altère plus ou moins rapidement la santé générale. Il est inutile de refaire ici le portrait classique des malades amaigris et décolorés, arrivés à la période dite d’hecticité ou de cachexie. Les viscères abdominaux et spécialement le foie et les reins sont altérés par la suppuration. Le foie devenu graisseux s’épaissit et descend sous la paroi abdominale. Nous l’avons vu dépasser le niveau de l’ombilic. Les reins, qui éliminent les produits infectieux puisés par l’organisme dans le foyer de suppuration, s’altèrent au bout d’un temps plus ou moins long. La néphrite se traduit par une albuminurie plus ou moins abondante. Il ne faut pas perdre de vue que ces lésions viscérales, et spécialement la néphrite, sont en rapport direct avec la suppuration et n ont aucune relation avec le processus tuberculeux. Nous verrons que le traitement intervenant avant la période ultime peut, en tarissant la suppuration, guérir en même temps les viscères. C’est ainsi que nous avons vu disparaître 1 albuminurie après la résection.