‹ Creation de Bourses pour les Jeunes AveuglesChapitre 3 sur 4 · YAK 1 ÉTÉS · texte numérisé non relu

YAK 1 ÉTÉS

la Jurée Je sou travail. L'osier, dont les bruus ne sont jamais rigoureusement droits, entraînerait souvent l’aveugle à ne faire rien de régulier si un voyant ne venait à chaque instant le prévenir que ses brins sont trop rapprochés, qu'il va, au fur et à mesure de son montage, resserrer les dimensions et enlever le parallélisme qu’il faut absolument maintenir entre les faces d'un même panier.

Puis, son panier terminé, il n’est pas encore livrable, parce que l'aveugle ne peut voir si son ensemble n’a pas pris une forme de parallélogramme mauvaise qui ne serait pas acceptée par l’acheteur. Le voyant doit donc redresser rapidement, ce que la vue permet de faire, tout l’ensemble. L’œuvre de l'aveugle est donc forcément incomplète.

Paillage de» chaises. — LA encore le secours du voyant est indispensable.

D'abord pour le choix de la matière première, qui n’est pas la même pour l’intérieur du cordon que pour l'extérieur.

Ensuite la chaise terminée, malgré l'habileté du toucher de l’aveugle, les cordons de la chaise présentent des différences de hauteur perceptibles au voyant, qu'il faut rectifier pour que l’ensemble du fond de la chaise soit plat uniformément, par conséquent vendable.

farina ge des chaises. — C’est encore le même cas.

Les différentes nuances de la canne doivent être assorties pour que l'ensemble du châssis présente une teinte uniforme.

Parler des couleurs, c’est tout de suite supprimer le rôle de l'aveugle.

Puis il y a l’épluchage, opération qui ne peut se faire que par un voyant, parce que celle opération donne l'aspect livrable au châssis.

Rien souveul le rempailleur et le cannier sont chargés non seulement de remplacer la paille usée ou la canne brisée dans un vieux siège, mais de faire à ce siège les menues réparations qui le remettent à neuf : grattage du lieux vernis, passage au papier de verre, revernissage, réparation d'un dossier brisé, d’un barreau abîmé, d'un joint qui a pris du jeu, etc. Toutes choses que l'aveugle seul ne peut faire.

Perlaijc. Travail de femme surtout.

I. aveugle ne peut faire que la feuille détachée, la Heur simple, la carcasse d'une couronne mortuaire, mais le montage de la fleur dans un bouquet, le montage des fleurs et des feuilles sur la carcasse d’une couronne sont forcément exécutés par les voyants, puisqu'il s'agit d'asseniblei des fleurs et des feuilles de couleurs différentes pour faire un effet que l’aveugle ne peut comprendre.

Tricotage. — Travail de femme.

Le tricot peut être fait par l'aveugle. Seulement, s'il y a des pièces differentes & monter, il devient impuissant.

Crochet. — Travail de femme.

I.<- crochet est plus diflcile à obtenir de l'aveugle, parce que le dessin n'est pas uniforme et qu'il y a besoin de voir clair pour la composition et la régularité de ces dessins.

Couture. — Travail de femme.

La couture est impossible utilement pour l’aveugle. La régularité exigée, de chaque point.de chaque ligne de couture, le reprisage, etc., tout cela exige non seulement la vue, mais une bonne vue.

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Le filet. — Travail d’homme et de femme.

Malheureusement pour les aveugles, la machine fait les filets dans des conditions auxquelles l’aveugle ne peut prétendre. Quant aux petits filets, filets de toilette ou autres, ils sont ordinairement fabriqués dans les campagnes par les femmes ou les filles, qui trouvent dans ce travail spécial qui ne gêne en rien leur travail ordinaire une augmentation de salaire qui s’ajoute à celui de la journée.

II est inutile d’ajouter que les prix payés à ces femmes de la campagne sont dérisoires et ne peuvent faire vivre une famille.

Tapis. — La matière première est l’alfa qui arrive en balles d’Algérie tout cordé suivant des grosseurs différentes. Cet alfa doit subir, d’après les exigences du commerce, diverses opérations : le blanchiment au soufre, la teinture en rouge ou en vert, toutes opérations que ne peut faire l’aveugle.

Le montage du tapis avec le métier à herses est le travail que peut faire l’aveugle, à la condition qu’un voyant surveille pour prévenir l’aveugle, surtout quand le tapis a une certaine largeur, que les tiges ou broches qui servent à former la maille ne vont pas en se rapprochant et déterminer la formation d’un trapèze au lieu d’un rectangle.

Puis l’aveugle ne peut débrocher seul son tapis pour le coudre.

Tapis-brosse. — C’est une opération qui se |fait sur un métier avec des fils spéciaux en coco.

L’aveugle ne peut seul suivre son travail qui est assez pénible et qui nécessite un métier et des accessoires d’un prix élevé.

Quant à la tondeuse mécanique, elle est interdite aux aveugles, qui s’y feraient mutiler.

Puis il y a la teinture en rouge ou en vert, encore impossible pour l’aveugle.

Seulement on peut obtenir de l’aveugle qu’il parvienne à coudre ensemble le milieu du tapis et la bordure.

Paillassons. — La matière première est la feuille de roseau.

Il faut d’abord la tresser, opération qui se fait soit dans les prisons, soit sur les lieux de production du roseau par des femmes ou des jeunes filles à des prix tellement minimes qu’il faut une grande habileté pour pouvoir gagner en plusieurs heures de 25 à 30 centimes. Puis il faut éplucher la tresse, opération impossible à l’aveugle.

Enfin il faut monter le paillasson.

L’aveugle peut avec beaucoup d’attention et de soin monter la tresse sur le métier; mais, pour le coudre, il lui est presque impossible de le coudre droit et juste; de plus cette couture est dangereuse à cause de la longue aiguille qu’il faut employer.

Dactylographie. — De prime abord on peut penser que l’aveugle va pouvoir se servir d’une machine à écrire. Certainement il parviendra à la manœuvrer rapidement à la condition qu’on lui donnera la copie écrite d’abord en Braille et en consentant à accepter les fautes de lettres ou d’orthographe qu’il commettra, car il n’aura aucun moyen de se contrôler lui-même puisqu’il produit des caractères imprimés sans aucun relief.

Et si la machine a besoin d’un encrage quelconque, on peut être assuré

V V R if.TÊS.

à l'avance que l'encre sera plus souvent sur les mains, la ligure et les vêtements de l'aveugle que sur le papier.

Nous nous arrêtons; dans celte nomenclature des métiers de l’aveugle nous avons t-nu à démontrer trois points:

I» I. 'aveugle lie peut faire que des portions de métiers, très simples et partant peu rémunérateurs par eux-mêmes, puisqu'avec un peu de volonté le voyant peut exercer ces métiers complets sans de grands efforts;

2* Qu’il ne peut se passer du voyant pour terminer son travail, le rendre acceptable pour la vente, choisir sa matière première lui-même;

3« C’est donc se leurrer que de croire qu'un aveugle peut vivre de son métier et avoir entièrement le rôle de père de famille s’il est livre à luimême.

l/aveugle est donc fatalement voué à la misère et à la mendicité?

Non, certes, et nous allons examiner les moyens qui peuvent faire de lui un homme libre et indépendant.

Déjà, et depuis longtemps, des sociétés privées se sont efforcées d'aider l'aveugle, mais il faut avouer que ces sociétés, toutes charitables qu’elles soient, ne font guère que l'aumône et rien que l'aumône.

Certaines cherchent à placer les aveugles, elles font bien, mais nous avons vu que le nombre de places est si restreint que c’est par un véritable hasard qu'il s’en découvre une.

t»n a bien essayé la fabrication des sacs. On a fait appel au public pour rassembler le* vieux papiers, les vieux journaux, pour les donnera des aveugles qui n'auraient à fournir que leur temps et la colle.

Mais lorsque ces sacs sont fabriqués, il faut que l’aveugle aille de porte en porte, de boutique en boutique, faire le placement de son travail.

Comme ces sacs sont, à cause de la concurrence, vendus très bon marché, le prix de la journée de fabrication se trouve donc pour l’aveugle diminué de la journée ou des journées qu’il est obligé de perdre pour le placement de son travail.

I.a fabrication des sacs n'est donc en fait qu'une des formes de l'aumône et de l'aumône bien restreinte.

L’atelier de la rue Jacquier est bien monté et consent à perdre par année un** somme considérable puisqu'il est œuvre de bienfaisance. I.’écoulenn-nl de ses produits se fait surtout par connaissances et sympathies et les ouvriers auxquels il enseigne les métiers sont obligés d’être renouvelés sous peine de voir limiter à un très petit nombre le bénéfice de l’apprentissage.

L’ne fois hors de l’atelier, les ouvriers livrés à eux-mêmes rencontrent tontes les impossibilités que nous avons citées plus haut; ces impossibilité* le* découragent et ils retournent droit à la mendicité, à moins que nous ne les retrouvions heureux d’avoir rencontré un atelier dans lequel le travail leur sera assuré, sans chômage jamais, sans que le souci de la maladie vienne les tourmenter, sans que la vie matérielle leur fasse défaut, et qui pourront, par leur salaire régulier, assurer le logement, le pain à leur famille ; ils ne sont donc plu9 une charge pour cette famille, mais un appui heureux. Mais ils n'ont pas la prétention de subvenir seuls aux l*•■*ollls de cette famille, a tous les besoins si nombreux du ménage. Ils

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doivent alors savoir se servir des cantines scolaires, des caisses des écoles, en envoyant leurs enfants dans nos écoles publiques, et les charges qui resteront à la mère dç^famille seront assez amoindries pour qu’avec le travail ordinaire d’une femme, le ménage puisse « flotter » sans avoir recours à la charité publique.

De là son indépendance et sa dignité sont assurées.

C’est dans ce but que nous avons créé les ateliers départementaux.

Les établissements Braille n’avaient résolu qu’une partie du problème et il nous appartenait à nous qui, depuis plus de vingt ans, vivons dans ce milieu, avons pu étudier cette infirmité, de compléter l’œuvre de Braille pour ceux qui ne pouvaient en bénéficier.

Et, en joignant à cette longue étude, à cette longue série d’observations une étude parallèle de toutes les autres infirmités, nous avons pu les relier ensemble, les faire s’aider l’une par l’autre et établir sur des bases certaines tout un ensemble qui relève socialement tous ceux que la société avait jusque-là rejetés de son sein comme des incapables et des inutdes.

Dans un autre rapport que nous publierons sous peu, nous montrerons quelles sont les limites dans lesquelles on peut avoir recours aux pouvoirs administratifs et celles qu’il faut réserver à l’initiative privée pour obtenir un tout stable et sérieux.

11 n’y a à attendre de l’État que les Quinze- Vingts, c’est-à-dire l’hospitalisation de 300 aveugles de tous les coins de la France, et encore après que le postulant aura pu obtenir d’abord la pension de 100 francs puis la deuxième pension, enfin la place libre, c’est-à-dire lorsque l’aveugle sera tout à fait impotent ou mort.

La Société d'assistance pour les aveugles ne peut que donner des secours provisoires, c’est-à-dire l’aumône encore, et nous n’avons jamais voulu de ce procédé, ses ressources étant restreintes et son action s’étendant sur la France entière.

Il n’y a donc dans toutes ces créations rien qui puisse résoudre le problème complet de l’aveugle dans tous les âges, si bien que toutes les subventions particulières qui auront pour objet l’apprentissage d’un prétendu métier ne sont que des secours-aumônes déguisés et ne peuvent être que cela.

Quant à envoyer avec des bourses dans les établissements de province les aveugles que nous ne pouvons recevoir pour y apprendre un métier, les conclusions sont les mêmes.

Il en résulte que pour toute la durée de la bourse, qui ne peut être indéfinie, l’aveugle qui la désire et la demande ne voit que le soulagement pour une durée présente et remet à l’avenir le soin de compléter, le hasard aidant, les moyens de cont inuer cet appui sous une autre forme.

C’est donc toujours l’aumône, qui ne résout rien.

La cécité incurable n'étant pas limitée à un temps déterminé, un an, deux ans, etc., doit être soulagée par un appui constant, indéfini, de tous les jours, pendant toute la durée de la vie de l’aveugle; c’est donc là le problème à résoudre.

Et jusqu’à ces dernières années, il était si peu résolu qu’il n’était pas extraordinaire de relrouver parmi les mendiants aveugles qui attiraient

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