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UNE EXÉCUTION PLAGE DU CARROUSEL

Le samedi 26 août 1792, la diligence de Bordaux déposait rue du Bouloi le citoyen Jacques Mérey, député à la Convention.

Une tristesse profonde planait sur Paris. Décidément Longwy, chose dont on avait douté pendant trois jours, était pris par trahison, et ^Assemblée nationale avait décrété à l'instant même que tout citoyen qui, dans une place assiégée, parlerait de se rendre, après confrontation faite avec les témoins qui auraient entendu la proposition infâme, et affirmation de ceux-ci, serait, sans autre forme de procès, mis à mort.

Les souverains alliés avaient, le 24 août, pris possession de Longwy au nom du roi de France.

La Commune de Paris, dans laquelle s'était déjà incarné le sentiment de la République, avait exigé de TAssemblée la création d*un tribunal

extraordinaire, et, malgré la résistance de Choudieu, qui avait dit : On veut une inquisition, je résisterai jusqu*à la mort; malgré celle de Thuriot, qui s'était écrié : La Révolution n'est pas seulement à la France^ nous en sommes comptables à rhumanité^ le tribunal extraordinaire avait été voté.

Il faut dire que, pendant les quelques jours qui venaient de s'écouler, la situation ne s'était point embellie. Le voile* de deuil qui couvrait la France s^épaississait de plus en plus ; les Prussiens étaient partis de Coblentz le 30 juillet. Ils avaient avec eux toute une cavalerie d'émigrés ; — ces messieurs étaient trop âers pour servir dans l'infanterie; — ils voulaient bien sauver le roi, mais à cheval. Cette cavalerie montait à quatrevingt-dix escadrons. Le 18 août, ils avaient fait leur jonction avec le général autrichien. Les deux armées, fortes de cent mille hommes, avaient investi et pris Longwy.

L'ennemi marchait sur Verdun.

La Fayette, républicain en Amérique, constitutionnel en France, la Fayette, qui n'avait pas fait un pas depuis 83, c'est-à-dire depuis l'indépendance de l'Amérique jusqu'au 10 août, c'est-à-dire jusqu'à la chute de la monarchie française, et que nous devions, sans qu'il eût fait un pas, retrouver en 1830 tel qu'il était en 1792, la Fayette avait appelé son armée à marcher sur Paris pour y défaire le

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9ae 6flEATÏ0N BT «BDEMPTIBIÏ

10 août ; mais Tarmée n'avait pas boogé, et o^él^ lui qui avait été obligé de fiiir, comme plus tsffi devait fuir Dumonriee^ dont il eût fait le pendant daos rbistoiiis si les AiiirichiôQs, «n l'atrdtàfit et en le faisant prisonnier^ fi'avaieat ^int âduné i Béranger l'occasion de -âdre ce vers :

Des fers d'Olmute noaB «f|a%Mi8 l'emiNreiBlé.

L' Assemblée Tavait décrétS d'aec«»QHdn.i)ilffiOariez l'avait remplacé à Tarotée de rfist en mêrne t^fnps que Kellermaon remplaçait Ltikner à l'armée du Nord.

On apprenait en même temps llnsurrectfon tie te Vendée.

A l'Est, ia guerre du grand jour, te guerre étrangère.

ArOuest , ia guerre des ténèbres, ta guetiis civile.

L*une marchant au'-devatit de Tautr^^ Pax^ Ms entre les deux.

Sans compter deux tsnilemis puissants :

Le prêtre, la femme.

Le prêtre, inviolable dansicette sombre forteressô de chêne où il sa retire ^ qu'on appelle le confessionnal.

La femme, endoctrinée par lui, et qui a pour elle les pleurs et les soupirs sut l'ereiller.

— Qu'as-tu î demandiB le maW.

•^ Notre pauvre roi qui ^st au Tes^le I Notra

LB B&CFBUR MYSTQRII^UX Sût

paurre curé qu'on v€Ul foreer de prêter &eniieBt ! la sainte Vierge q!6q voiie le visage; le petit Jésus err pleure.

Et le Mt âevenait rallié du confessional.

Mais, par bonheur, voici Tarrière-garde du Nord qui s'avance. Un corps de trente mille Russes vient de se mettre en marche.

La Commune de Paisis , plus en ccmtact avec tous que l'Assemblée^ sentait la conspiration contrerévolutionnaire ramper du palais à la mansarde et des carrefours aux prisons.

Elle rugissait.

L'Assemblée se sentait impuissante à repousser sans quelque grand coup l'ennemi du deborâ, et surtout Tennemi du dedans.

Elle s'effrayait.

Prenant un terme moyen, au Keu du grand ciôup que rêvait la Commune, elle avait décnrété une grande démonstration.

— Mais que demandent donc les républicains ?

disaient les eonstitutionnèls, les larmes aux yeux ; les Suisses sont morts, les Tuileries sont fou-^ droyées^ le trène #st en poussière ; le roi est au Temple, les royalistes sont en prison. Demain va avoir lieu la fête expiatoire du 10 août, et ce soir même on exécute, en face des Tuileries, ce bop Laporte, ce fidèle serviteur durd, qui est venu an^ noncer à l'Assemblée nationale, au nom de sû|i maître en fuite, que ce maître n'avait jamais jueé

Constitution que contraint et forcé, de sorte qu'il aimait mieux quitter la France que de tenir son serment.

C'est vrai ! les cent-suisses étaient morts : mais la masse des royalistes était en armes et prête à agir ; le roi avait perdu les Tuileries, avait perdu son trône, avait perdu sa liberté : mais, en perdant les Tuileries, le trône et la liberté, il gardait TEurope ; mais, en rompant avec la France, il avait tous les rois pour alliés et tous les prêtres pour amis. On allait célébrer Tapothéose des morts du 10 août : mais, le soir où l'on avait appris la trahison de Longwy, les royalistes s'étaient montrés par groupes autour du Temple, échangeant des signes avec le roi; on allait exécuter Laporte: mais, tandis qu'on punissait le valet innocent, on laissait le maître coupable conspirer tout à son aise

L'histoire, dit Michelet, n'a gardé le souvenir d'aucun peuple qui soit entré si loin dans la mort. Quand la Hollande, voyant Louis XIV à ses portes, n'eut de ressource que de s'inonder, que de se noyer elle-même, elle fut en moindre danger, car elle avait l'Europe pour elle ; quand Athènes vit le trône de Xerxès sur le rocher de Salamine, perdit terre, se jeta à la nage, n'eut plus que l'eau pour patrie, elle fut en moindre danger ; elle était toute sur sa flotte, puissante, organisée dans la main du grand Thémistocle, et elle n'avait pas la trahison dans son sein ; la France était désorganisée

et presque dissoute, trahie , livrée et vendue. »

C'était juste en ce moment, c'est-à-dire dans l'après-midi du 26 août, que Jacques Mérey arrivait à Paris et se faisait conduire à l'hôtel de Nantes qui dressait ses cinq étages^ sur la place du Car-* rousel.

-.Jacques Mérey commença par réparer le désordre causé dans sa toilette par une nuit et deux journées de diligence. Son intention était d'aller immédiatement rendre visite à ses deux amis Danton et Camille Desmoulins.

C'était Danton qui, du temps où il était avocat au conseil du roi, avait obtenu pour Baptiste la pension viagère qui avait si fort étonné les bonnes gens d'Argenton.

Mais, au moment où, sa toilette achevée, il s'approchait machinalement de la fenêtre, il vit s'arrêter, à quinze pas de l'hôtel, une charrette peinte en rouge et portant tout un mécanisme peint de la même couleur.

Deux hommes, avec des bonnets rouges et des carmagnoles, étaient assis sur la première ban-, quette de la voiture.

Un cabriolet suivait. Un homme, tout vêtu de noir, en descendit.

La Révolution ne lui avait rien fait changer à son costume; il portait la cravate blanche, les bas de soie et la poudre. Il paraissait âgé de soixante-cinq à soixante-six ans.

210 CRéA.TION ET RiÔEM^TIÔN

C'était Monsieur de Paris, autrôtaeht dit le bourreau.

Les deux homaies en carmagnole et en bonnet rouge étaient ses aides.

Le cabriolet s'éloigna. Monsieur de Paris resta pour faire dresser la guillotine.

Jacques Mérey était resté immobile à la teriêtre. 11 avait beaucoup entendu parler de là nouvelle invention de M. Guillotln, et il avait même soutenu avec le célèbre Cabanis une discussion sur la doù-

leur plus pu moins grande que devait causer la section des vertèbres, et sur là persistance de la vie chez le décapité.

Il n'était pas du- tout de l'avis de M. GnlUotin, qui prétendait que les gens qui auraient affaire à j$a machine en seraient quittes pour une légère fraîcheur sur le cou, et qui affiniiait qu'il n'avait qu'une crainte, c'est que la mort par la guillotine serait si doupe qu'elle accroîtrait lé nombre des sificides, et qu'on ne saurait comment se défaire des vieillards las de la vie, qui voudraient absolument finir à l'aide de la nouvelle invention.

Jacques Mérey ne pouvait pas descendre pour examiner de près le fatal instruisent, qui grandissait à vue d'œil sous ses yeux; mais il pouvait inviter Monsieur de Paris à monter chez lui, et avoir ainsi d'un professeur émérite tous les renseignements qu'il désirait obtenir sur l'invention et les améliorations de l'œuvre philanthropique qiii, he pouvant

t« bÔOTEÙR MYST^ÉRIEUX flii

pas faire l'égalité des Français devant la vie, avait fait au moins l'égalité des Français devant la mort.

Et, cbmttie il commençait à tomber une pluie jBne qui le servait à merveille dans son dessein î

— "Monsieur, dit-il à l'homme habillé de noir, il n'est point absolument besoin qiie vous restiez dehors et vous fassiez mouiller pour Suivre Téreetion de votre machine; montez chez moi, vous verrez aussi bien que de la place, et vous serez à couvert. En outre, comme je sais que vous êtes, un homme instruit, quelque peu médecin même, nous causerons sérieusement de notre art commun, car je suis, mol, médecin tout à fait.

Monsieiir de Paris, reconnaissant à l'aspect et à la parole de celui qui l'interpellait, qu'il avait affaire à un homine sérieux et comme il faut, salua, et, donnant un dernier ordre à ses aides, il prit l'escalier latéral par lequel on montait aux appartements.

Jacques Mérey attendait l'homme noir à sa porte, qu'il tenait entr- ouverte pour lui indiquer Tendroit où il était atteiidu.

Le bourreau entra.

Tout le monde sait quel l'exécuteur des hautes œuvres, M. Sanson, était un homme parfaitement distingué.

Jacques Mérey le reçut et le traita en conséquence.

Après les premiers compliments échangés :

— Monsieur, dit-U à Texécuteur des hautes œuvres, j'ai connu autrefois un très-habile praticien qui s'était, avant M. Guillotin, beaucoup occupé de la même question qui a illustré ce dernier.

— Ah ! oui, dit Sanson, vous voulez parler du docteur Louis, n'est-ce pas? celui qui était médecin par quartier du roi î

— Justement, dit Jacques, j'ai étudié sous lui, et j'ai été son élève.

— Eh bien, monsieur, reprit Sanson, je peux vous donner sur le docteur Louis et sur ses essais tous les renseignements que vous pouvez désirer. Un jour, il nous convoqua à quatre heures du matin, dans la cour de Bicètre, Un instrument dans le genre de celui-ci était dressé, et trois cadavres de la nuit même attendaient l'expérience qui devait être faite. Ce fut la première fois que je vis opérer lecouperet et queje le mis en mouvement; car, vous savez, monsieur, que ce sont mes aides qui font tout, et que je n'ai, moi, qu'à détacher l'anneau du clou qui le retient et à le laisser glisser dans la rainure, comme vous pourrez d'ailleurs le voir tout à l'heure, si vous voulez assister — et vous êtes à merveille pour cela — à l'exécution de ce pauvre diable de Laporte.

— Oui, monsieur, c'est ce que je ferai, répondit Jacques Mérey, et au point de vue de la science, car je vous prie de croire que je ne suis nullement sanguinaire; mais revenons à l'instrument du doc-

teur Louis, qui, autant que je puis me le rappeler, s'appela même un temps la petite Louisette. Je crois quô Texpérience dont vous parlez ne lui fut pas favorable.

— C'est-à-dire, monsieur, que les deux premières exécutions réussirent à merveille. La tète fut détachée des cada\Tes "comme elle l'eût été d'hommes vivants ; mais la troisième échoua.

— Était-il arrivé quelque accident à la machine ou était-ce un vice de conformation? demanda le docteur Mérey.

— C'était un vice de conformation, non pas dans la machine, monsieur, mais dans le couperet. Le couperet tombait à plat, ce qui n'eût rien empêché s*il eût été secondé par une masse de plomb comme celle qui pèse sur lui aujourd'hui.

— Ah ! je comprends ! dit Jacques Mérey; ce fut le docteur GuiUotin qui inventa la taille en biseau et, comme Améric Vespuce, il détrôna Christophe Colomb.

— Non, monsieur, non ; la chose ne s'est pas passée comme cela ; le roi, — je vous demande pardon, c'est, une vieille habitude, — Je citoyen Capet, voulais-je dire, qui s'occupe de mécanique, voulut non pas voir celle du docteur Louis, mais s'en faire rendre compte ^; on lui en fit un dessin exact, qu'il examina avec soin ; puis tout à coqp, prenant une plume : « Là, dit-il, est le défaut. » Et il traça sur le fer cette ligne savante qui de carré

314 ^ CRÉATION BT R^DBMPTIC)!^

la rendit irkmgcilMre; La dooleur QuiHotin alla trouver le docteur Louis avec le dessin du roi, — pardûB, du citoyeB Gapet; — et, comme le docteur Louis était déjà fort ennuyé qu'on eôt donné à son invention le nom de petite Louisettây n'ayant pas besoin de cela pour sa réputation, il autorisa son confrère^ le docteur GuiHotin, à faire et sa machine toutes les corrections qpri lui conviendraient et même à la baptiser de son nom. Voilà comment le docteur Guillotin est devenu Pauteur de cet instrument de supplice qui abaisse notre profession au niveau des plus humbles professions Boécaniques, puisque maintenant, pour trancha une tète, il s'agit tout simplement de décrocher un anneau d'un clou, et qu'il n'est plus besoin, coinme au temps où on décollait avec Tëpée, de force ni d'adresse.

1— Et vous regrettez ce temps-là? dit Jacques Mérey.

•— Oui, monsieur ; Tépée à la main, nous étions des justiciers ; la ficelle à la main, nous ne sommes plus que des bourreaux. Vous êtes jeune, vous, et vous regardez en avant ; moi, je suis vieux et je regrette le temps passé ; mon fils, qui est mon premier aide et qui a quarante-deux ans, s'y est fait tout de suite ; mon petit-fils, qui en a douze, n'y pensera plus et fera la chose comme si elle s'était toujours passée ainsi.

— Mais, dit Jacques Mérey, excusez mon indis-

crétioa^ inDnstôur^ vous paraissez voir avec tristesse les préparatifs de cette exécution*

— Oui, monsieur, c'est vrai. Je vous demande pardon de ne pas vous appeler citoyen^ et de ne pas VQU8 tutoyer; mais, comme vops pouvez te voir, et comme je vous l'ai d^t tout ^ l'heure^ je miis vieux et ne puis arriver à perdre mes anciennes habitudes* Oui» cette exécution m'^attriste profondément; je puii^ vous l'avouer^ à vous monsieur^ qui me paraissez être un philosophe; BOUS sommes^ dans notre famiUe^ les vieux eerviieur£ de la royauté; U m'en coûte> à mon àge^de €hai)ger de maître» et de devBiir le valet du peuple.

— Mais alors pourquoi, pouvant déléguer vouie fils à votre place pour l'exécutioa de ce soir, pourquoi la fsiites-vous vous-même?

— Quoique M. Laporte ne soit ni un grand seigneur m uA noble, c'est un hoiame éminent, quia servi le roi avec fidélité: j'Aurais cru manquer b tous mes devoirs en n'assistant pas moifnéme à ses derniers moments ( il peut avoir quel- .^ue fiussion supri^me à me con&er, quelque secret important à me dire ; je lui manquerais sur Téchaiaudj etj quoique je ne sache pas ei J'en descendrai vivant, tant je mé sens faible, j'ai cru qu'a était de mon devoir d'y monter. Le seir de mon mariagfe, il y a de cela quarante-quatre ans, nous étione en train de danser joyeusement lorsqu'une troupe de jeunes seigneurs qui rev^aienl de quelque joyeuse

expédition, voyant le premier étage que j'habitais illuminé comme pour une fête, monta et demanda le maître de la maison.

» Je m'approchai et m'inclinai devant eux, attendant respectueusement qu'ils voulussent bien dire la cause de leur visite.

» — Monsieur, me dit celui qui paraissait chargé de porter la parole pour les autres, nous sommes, comme vous pouvez le voir, des seigneurs de la cour ; il nous semble de bien bonne heure pour rentrer chez nous ; vous nous paraissez en fête, quelque baptême ou quelque mariage? Nous vous promettons de ne porter malheur ni à l'enfant, ni à la mariée.

» — Monsieur, répondis-je, ce serait un grand honneur pour nous, mais je doute que vous nous le fassiez quand vous saurez qui je suis.

» — Qui êtes- vous donc?demanda-t-il.

» — Je suis Monsieur de Paris, répondis-je.

1» — Gomment I dit l'un d'eux, qui n'avait pas encore parlé ; comment, monsieur, c'est vous qui décapitez, qui pendez, qui rouez, qui cassez les bras et les jambes ?

— C'est-à-dire, monsieur, entendons-nous, ce sont mes aides qui font tout cela, lorsqu'il s'agit du commun et de criminels vulgaires ; mais, lorsque, par hasard, le patient est un grand seigneur comme vous autres, messieurs, je me fais un honneur de remplir toutes ces fonctions moi-même.

» Vingt ans après, nous nous retrouvâmes face à face sur l'échafaud, ce jeune homme et moi; je lui tins ma parole, je l'exécutai moi-même, et je le fis souffrir le moins que je pus. C'était le baron do Lally-Tollendal.

Jacques ^Mérey s'inclina; il admirait cette conscience, d'autant plus sincèrement qu'en effet Sanson était fort pâle et, à la vue des premières baïonnettes qui apparaissaient au guichet du Carrousel, paraissait près de se trouver mal.

Jacque Mérey lui offrit un verre de vin.

— Oui, monsieur, lui dit-il, si vous voulez me faire l'honneur de trinquer avec moi.

— Je le veux bien, répondit le docteur ; mais à la condition que vous ferez raison à mon toast, quel qu'il soit.

— C'est convenu, monsieur ; c'est bien le moins que je vous doive pour le grand honneur que vous me faites.

Jacques Mérey sonna, demanda une bouteille de madère et deux verres.

Il les emplit à moitié, en présenta un au bourreau, et, le choquant du sien :

— A l'abolition de la peine de mort ! dit-il.

— Oh ! de grand cœur, monsieur, dit Sanson.

Dieu m'épargnerait ainsi de bien tristes journées que je prévois.

Les deux hommes choquèrent de nouveau leur verre et le vidèrent d'un trait.

218 CRÉATION ET BEDEMPTION

— Maintenant^ dit l'exécuteur des hautes œuvres, serait-ce indiscret à moi de demander le nom de rhomme qui. n'a pas dédaigné de toucher mon verre du sien ?

— Je m'appelle Jacques Mérey, monsieur, et suis député à la Convention.

— Ah! monsieur, laissez-moi vous baiser la mdin, car, d'après ce que vous venez de dire, vous ne condamnerez pas à mort notre pauvre roi.

— Non, parce que je crois fermement que nul homme n'a le droit de reprendre ce qu'il n'a pas donné et ce qu'il ne peut pas rendre : la vie ! Mais la peine la plus dure après la mort^ je la de-, manderai pour lui, car ce baron de Lally, dont vous parliez tout à l'heure et que vous avez exécuté, était, près de l'homme qui a voulu livrer la France à retraiter, plus blanc que la neige. Allez, monsieur, faites votre office terrible, et n'oubliez pas, toutes les fois que vous passerez sur cette place, qu'il y a au premier étage de l'hôtel de Nantes un philosophe qui vous sait gré de plaindre les victimes que vous exécutez, d'appelé Louis XVI « le roi i>, et non « Capet^^, de dire c monsieur 9 au lieu de « citoyen ]>, et qui est tout prêt à vous serrer la main chaque fois que vous M tendrez la vôtre»

Sanson s'inclina avec la dignité d'un homme qui vient d'être rel veé à ses propres yeoxr, et «ôrtit.

En effets les troupes commandées pour l'exécution commencèrent à envahir le Carrousel et

tiB DOCTEUR MYÏTÉÏHÈU^ 2*9

formèrent un càité autour de l*échaîâûd, «cartânt tout ïe monde et làiBsant «ïl espè!èe ^^ eat^ les spectâteui» et la fèrtalé feacMne. Le éurîosîtë était enéore grande, eaf tTétalt là ^sftHèfee cm cinquième fois qu'elle opérait, et, comme i'avait dit le gï^fird-pèfe Sansèa, c'était t& première fois (pt'îl aUaSt àm^er va patfeht.

Il était déjà B(# réckifaud l0r5(|Qe fè carré se forma*. 11 avait eissayé du pied chaque marcbe de 4'esc«lier; il a^liit f^esé sih- led plémches de la çtete-fûïme poto fe'assuiier de teui» «olidité; il laisait ÏEmctioàner ta bascute péâr voir si rî^ ne rarr6terait; enfin il faisait gfisser lé C0ctperet dans sa rainure pour voSr A k rainure était suf*^ â9a«)ineôt gcêS&^éé.

C'est ainsi que, avaht fe reprtsentation d'une l^ièce impmfttith, le fl^cUifâst^ fait, la toile baissée, la répétition de ses décors.

L'exéc^fCten ê(At «xffe pôèr neuf heures ; elle devait se faire aux flambeaux pour produire une plus gra^éte lmpl*eèsion.

A huît heures tirois qîiàrts, on commença d'en^ tendre les i'otflements du tambour, qui, détendu à dessein, retfdàît (* stto sotffd *et fûhèbf e qui accompagne les convois.

Bientôt les piremières toïfeîïes parurent à la porte du Carrousel qui donne sur là Seine. Lé condaÉmé venait dé la Concîergerie, et, pour surcroît de peine , îl dfevait étire exécuté devant cô palais qu'il avait, pendaiit près de quarante ans,

220 • CHEIATION ET REDEMPTION

habité avec le maître pour lequel il allait mounr.

La charrette où il était amené était entourée d'escadrons de cavalerie; en tète du cortège marchaient une soixantaine de sans^culoUes portant des torches.

Le carré de soldats s'ouvrit pour laisser passer la charrette et son conducteur» assis sur le timon.

Le condamné était seul dans le fatal tombereau; il avait refusé un prêtre assermenté, et nul n'ayant pas prôté serment n'avait osé risquer sa tête h l'accompagner sur Téchafaud. Il était en chemise, en culotte et en bas de soie noire ; le col de sa chemise était coupé au ras des épaules et ses cheveux au ras de la nuque.

Il regarda avec tristesse, mais non avec crainte» réchafaud dressé devant lui :

— Est-il temps de descendre t demanda-t-il à haute voix.

— Attendez que Ton vous aide, cria un des valets.

— Inutile, répondit le patient,' et, pourvu qu'on me mette le marchepied, je descendrai seul.

Puis, avec un sourire, et regardant le double rang d'infanterie et de cavalerie qui entouraient l'échafaud :

— Vous^ n'avez pas peur que je me sauve, n'estce pas? dit-il.

On enleva alors la planche qui fermait le tombereau par derrière, on y plaça le marchepied. Le patient descendit seul et sans aide, tourna autour

du tombereau, suivi du valet qui avait apporté le marchepied, et, en avant de l'escalier, où l'attendait le grand-père Sanson pour Taider à monter sur. la plate-forme, il trouva l'huissier, qui lui lut sa condamnation à mort : « pour cause de trahison au peuple. »

— Ne pourriez-vous ajouter : et de fidélité au roi î demanda Laporte.

— Ce qui est écrit est écrit, dit Thuissîer . Vous n'avez pas de révélation à faire ?

— Non, répondit Laporte, sinon que j'espère que les trois quarts des Français sont coupables comme moi, et, à ma place, se seraient conduits comme moi.

L'huissier se dérangea et démasqua l'escaliér de réchafaud.

Sanson lui offrit le bras. Le patient, orgueilleux de montrer qu'il avait conservé toute sa force en face de la mort, refusait de s'y appuyer.

Sanson lui dit doux mots tout bas, et il ne fit plus aucune difficulté de monter, aidé par lui.

Il monta lentement, mais chacun put remarquer que (tétait l'exécuteur qui ralentissait son pas ; pendant ce temps, ils parlaient bas, et sans doute Laporte le chargeait-il de ses volontés dernières.

Arrivés sur la plate-forme, ils causèrent encore quelques secondes, puis Sanson lui demanda :

— Êtes-vous prêt?

— M'est-il permis de faire ma prière î demanda Laporte*

32â CREATION ET REDEMPTION

-Sansop fit de la tète signe que oui..

Le patient 9^age»0uUla, mais il indiqua que ses Boains liléea derrière le doa le gênaient pour ^ier«

Sanscm les lui détia à la ccmdition qu'il se laisser rait lier de noat^a lorsque la prière serait terr minée.

Laporte rapprocha ses deiix mains et dit à haute voix la prière suivante, que Ton pvà entendre au milieu du silence solennel qui s6 faisait autour de réchafaud :

— Mon Dieu i pardonneB^moi mes péchés et regardez comme une expiation la HKHt douloureuse que }e vais supporter pour avoir été fidèle à mm roi. Qu*il sache que^ à l'heure de ma mort, moû àmé est à Dieu et que mon coeur est à lui.

Puis il ajouta en latin :

— In manus tuas^ Domine^ eommenda ipiiitum tneufn. ■ •

—Amen! dit à haute vdx rexëcnteur.

De grands murmures coururent dans la foule; mais, lorsqu'on vil lé condamné se pelever, faire le signe de la croix en se tournant du côté des Tiâle* ries, et donner sans résistance ses mains h fier, cette résignation de victime toucha la foule, qui * se tut.

Ce qui suivit eut la durée de Tédair.

Le condamné Ait poussé sur la bascule, sa tête glissa à travers la lucarne, le couperet tomba.

— La tète ! la tête I cria la foule.

Le bourreau s'approcha d'un pas ferme, fouilla

LE DÔQTEUR MYSTERIEUX 223

dans le panier, tirant par les cheveux bljincs la tête ^ souillée de sang, et la montra au peuple qui battit

des mains.

Mais en même temps on le vit vaciller^ ses doigts

se détendirent et lâchèrent la tête, qui roula de

réchafaud à terre , tandis que lui tombait mort sur

la plate-forme.

^ — Un médecin \ un médecin \ crièrent les aides.

— Me voilà ! répondit Jacques Mérey, et, se suspendant dhïne main au balcon, il $ô baissa tomber dans la me.

Non-«euIement la foule, mais la troupe elle-même s^eovrh devant lui. On le vit rapidement traverr ser l'espace vide, monter deiK à deux Tescalier de la plate-forme, en criant :

— Enlevez lui son habit I

Alors, à genoux près du corps inerte, il loi posa la tête sur son genou, et» déehirant sa chemise de manière à mettre le bras à découvert, il fouilla ra-r pidement la veine d'un coup de lancette.

Mais, quoiqu*il se fût passé dix secondes à peine entre la chute de l'exécuteur et la tentative du docteur pour le rendre à la vie, le aang ne vint pas.

Le bourreau, fidèle à son devoir, était mort prè$ de la victime, morte fidèle à son roi.

MADAME GEORGES DANTON ET MADAME CAMILLE DEâ^MOULINS.

On se rappelle que, au moment où il venait dô secouer la poussière de la route pour se rendre chez ses deux amis, Danton et Desmoulins, Jacques Mérey, en s'approchant de la fenêtre, avait vu se dresser Téchafaud, et que c'était ce spectacle nouveau pour lui qui l'avait retenu.

Aussi, après une nuit qui ne fut pas exempte de cauchemars et dans laquelle il vit à plusieurs reprises la tète pâle et sanglante de Laporte pendue par ses cheveux blancs à la main du bourreau, et où, tout endormi, il chercha sa trousse pour y trouver une lancette, Jacques Mérey se leva-t-il encore tout troublé des événements de la veille.

Il eût cru certainement avoir été le jouet de quelque mauvais rêve s'il n'eût eu devant lui la façade des Tuileries encore toute criblée des ballespopulaires et toute tachée du massacre des Suisses.

D'ailleurs, la guillotine était restée debout, et des groupes de curieux stationnaient autour d'elle pour se raconter les détails inouïs qui avaient accompagné et suivi l'exécution de la veille.

A neuf heures du matin, on lui avait annoncé qu'un monsieur, vêtu de noir à la manière de l'ancien régime, désirait lui parler.

Il lui avait fait demander son nom. Mais celui-ci avait refusé de répondre, lui faisant dire tout simplement qu'il était le fils de celui à qui, la veille^ il avait inutilement tenté de rendre la vie.

Le docteur avait compris à l'instant même que celui qui voulait lui parler était le fils de Sanson, élevé par la mort de son père au titre de Monsieur de Paris.

Il donna l'ordre de faire entrer à l'instant même.

Et, en effet, il ne s'était point trompé. ,

— Monsieur, lui dit Sanson, je sais qu'il est peu convenable à moi de me présenter chez vous, fûtce pour vous offrir mes remerctments ;' mais notre premier aide, Legros, m'a dit avec quel empressement vous aviez tenté de porter secours à mon père ; plus le cercle qui nous enferme dans la famille est infranchissable pour les étrangers, plus l'amour de la famille est grand chez nous. J'adorais mon père,monsieur... — Et, en effet, en disant ces mots, les larmes tombaient silencieusement des yeux de l'homme qui parlait. — Il en est résulté que j*ai mieux aimé être indiscret, inconvenant même, et venir vous dire : Monsieur, je n'oublierai jamais votre dévouement à l'humanité, que d'être soupçonné par vous, d'ingratitude pour vous, d*in« différence pour mon père. Je ne sais en quoi et si jamais je puis vous être utile, mais, dans quelque

circonstance quQ QO spit» soyez certain, monsieur, quQ je risquerai wa vie pour la vôtre,

— Monsieur, lui dit Jacques Mérey, croyez que je suis aisQ de vous voir; j'ai eu le plÀisir de boire hier h Tabolition de la peine de mort un verre de vin d'Espagne avec monsieur votre pèrei je l'avais invité à monter chez moi, d'abord pour lui épargner la pluie qui tombait ii torrents, et ensuite pour liii faire une question toute spéciale ; l'intérêt de la conversation m'en a fait oublier le but.'

— Dites, monsieur, reprit Sanson, et, si je peux répondre à cette question, je le ferai avec bonheur.

— Je voulais connaître l'opinion de votre père 8ur la persistance de la vie chez les décapités ; à défaut de l'opinion de votre père^ me fereZ'-vous l'honneur de me dire la vôtrdf

^ Monsieur, répondit Sanson, ce n^est pas à nous autres, qui ne faisons que lâcher le fil qui tient le couperet, qu'il faut demander cela, c'est à no$ aides, Si voua voulez, je vais appeler celui qui est chargé des derniers détails, et je crois que là* dessus il pourra vous donner tous les renseigne* monta que vous désirez.

Le docteur fit un signe apprpbatif.

Sanson s'approcha de la fenêtre, appela un gros garçon rouge et de joyeuse humeur qui déjeunait assis sur la bascule de la guillotine avec un mor^ ceau de pain et des saucisses.

Le garçon leva la tête, regarda qui l'àpilelait, sauta du haut en bas de la plate^forme sans se

. LE DOCTEUR MYSTiSrIEUX 227

donner la peine de se servir de l'escalier, et accourut au premier étage de Thôlel de NanteSy où ^attendaient Jacques Mérey et Sanson fils.

— Legros j dit l'exécuteur à celui qu'il venait d'appeler , voici monsieur, que tu reconnais bien, n'est-ce pas ?

— Je crois bien, citoyen Sanson, que je le reconnais ; c'est lui qui a sauté hier de la fenêtre du premier pour venir porter secours à ton père, comme j'ai sauté aujourd'hui du haut en bas de la plate-forme pour venir demander ce que tu désirais de moi.

— Voulez-vous, monsieur, adresser vous-même Il ce garçon la question que vous avez à lui faire ? demanda Sanson.

— Je voulais te demander, citoyen Legros, dit Jacques Mérey, employant la langue en usage à cette époque, si tu croyais à la persistance de la vie chez les décapités?

Legros regarda le docteur en homme qui n'a pas compris.

— Persistance d^ la vie î demanda-t-il. Qu'est-ce que cela veut dire ?

— Gela veut dire, que je désire savoir si tu crois que, une fois séparées l'une de l'autre, les deux parties du corps du décapité souffrent encore.

— Tiens! dît Legros, tu me fais Juste la même question que le citoyen Marat m'a déjà faite. — Çonnaîs-tu le citoyen Marat î

228 CRéATION ET RÉDEMPTION

— De réputation seulement. J'ai quitté Paris il y a dix ans, et n'y suis de retour que depuis hier.

— Ah ! c'est un pur, celui-là, le citoyen Marat; et, si nous en avions seulement dix comme lui, en / trois mois la Révolution serait faite.

— Je le crois bien, dit Sanson, hier il demandait 293,000 têtes !

— Et qu*aSk-1tu répondu au citoyen Marat, quand il t'a fait la même question que moi ?

— Je lui ai répondu que pour le corps je n*en savais rien, mais que pour la tête j'en étais sûr.

— Tu crois qu'il y a douleur sentie et appréciée par la tête une fois séparée du corps?

-^ Ah çà! mais tu crois donc que, parce qu'on les guillotine^les aristocrates sont morts, toi? Eh bien, écoute, on en guillotine trois aujourd'hui; c'est pas beaucoup ; j'ai un panier tout neuf, veux-tuque je te le montre demain? Ils en auront ravagé le fond avec leurs dents.

— Cela peut être une action toute machinale, une dernière contraction nerveuse, dit le docteur comme s'il se fût parlé à lui-même, maïs frissonnant encore des termes expressifs dont s'était servi le valet Legros.

Puis, se retournant vers Sanson :

— Monsieur, lui dit-il, je crois qu'il y a un moyen plus sûr que celui-là ; et, si vous répugnez à en faire l'épreuve, laissez ce brave garçon, qui ne me parait pas d'une sensibilité alarmante, faire l'épreuve à votre place. Aussitôt la tête coupée.

qu'il la prenne par les cheveux et qu'il lui crie son nom à l'oreille. Il verra bien à l'œil du décapité s'il Ta entendu*

— Oh ! si ce n'est que ça, dit Legros^ ce n'est pas bien difficile.

— Monsieur, dit Sanson, je tenterai l'épreuve moi-même, pour vous être agréable et pour vous prouver ma reconnaissance^ et, ce soir, un mot de moi que vous trouverez à l'hôtel vous en dira le résultat.

Peut-être la conversation eût-elle duré plus longtemps, mais un coup de canon que l'on entendit indiqua que la fête des morts commençait.

Le 27 août était, on se le rappelle, consacré à cette fête.

L'ordonnateur de ces sortes de solennités était un des administrateurs de la commune. Il se nommait Sergent.

C'était un artiste, non pas précisément dans son art, — de son art il était graveur et dessinateur, — mais artiste en fêtes révolutionnaires ; son patriotisme, un peu exagéré peut-être, était l'inépuisable volcan auquel il demandait ses inspirations sombres, lugubres, splendides, à la hauteur des fêtes qu'il avait à célébrer.

C'était lui qui, aux désastreuses nouvelles venues de l'armée, avait, le 22 juillet 1792, proclamé la patrie en danger.

C'était lui qui, le 27 90ùt de la même année.

un mois à peine après cette proclamation, venait d'organiser la fête des morts.

Au milieu du grand bassin des TulIefleSy une pyramide gigantesque couverte de serge noire avait été dressée.

. Sur cette pyramide étaient tracées ea lettres rouges des inscriptions rappelant les inassaores de Nancy, de Ntmes, de Hontauban, du champ de Mars, imputés^ c6mme on le sait, aux royalistes.

C'était pour )aire pendant à cette pyramide que la guillotiae était restée debout,

On avait réservé pour cette journée trois e^^écu-» tiens capitalesi elle» fusaient partie du programme de la féte^

A onze heures du matin sortirent de la CommqnQ de Pari?, c'est-à-dire de Thôtel de vUle, entourées d'un nua£[e d'encens et, comme eût fait une théorie athénienne dans la rue des Trépieds, marchaut au milieu des parfums, les veuves et les orphelines du 10 août, en robes blanches^; serrées de ceintures à la taille, portant dans une arche, sur le modèle de l'arche d'alliance, cette fameuse pétition du 17 juillet 1791 qui hâtivement avait demandé la République, et qui reparaissait k son heure comme les choses fatalement décrétées.

De temps en temps, une femme vêtue de noir marchait seule, portant une bannière noire, sur laquelle étaient écrits ces trois mots : mort pour

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