‹ Crébillon fils. Biographie, bibliographie, pages choisiesChapitre 17 sur 20 · CKÉBILLON · texte numérisé non relu

CKÉBILLON

fait cette question. Si par Imsard, et ce qiCon a peine à croire, quelque femme lit cet endroit, elle en doit apprendre à ne jamais insulter personne qii'à bonnes enseignes ; c^ est-à-dire, qu'il faut qu'elle se garde bien de parler dans de certaines occasions, d'après de simples prob'ibilités auxquelles il serait ■possible qu'elle fût attrapée, et qu'elle ne saurait, pour montrer des doutes offensants, être trop sûre physiquement que cela ne peut pas tirer à conséquence.

Clitandre prouve donc à Cidalise, qui d^abord lui demande pardon, et qui ensuite se fâche très-vivement, qu'elle aurait beaucoup mieux fait de ne lui avoir pas montré de doutes. C'est en min qu'elle lui dit qu'une plaisanterie si simple ne devrait pas avoir des suites si sérieuses. Soit qu'il en soit réellement piqué, ou qu'il la prenne pour prétexte, il est certain qu'il s'en venge. Toutes réflexions faites jMurtant, il fallait bien que de façon ou d'autre cela finît, et qu'elle eût à se plaindre de lui autant que vraisemblablement elle s'en flattait.

En cet endroit Clitandre doit à Cidalise les plus tendres remercîments, et les lui fait. Comme on ne put supposer qu'il y ait parmi nos lecteurs quelqu'un qui ne se soit, ou n'ait été dans le cas d'en faire, ou d'en recevoir, ou de dire et d'entendre ces choses flatteuses et passionnées que suggère l'amour reconnaissant, cm que dicte quelquefois la nécessité d'être poli, l'on supprimera ce que les deux amants se disent ici, et l'on ose croire que le lecteur a d'autant moins à s'en plaindre, que l'on ne le prive que de quelques propos interrompus, qu'il aura plus de plaisir à composer lui-même d'après ses sentiments, qu'il n'en troui'erait à les lire.

Il est bien vrai qu'il peut y en avoir quelques-un.'^ qui, ne sachant pas encore ni comment on remercie, ni comment on est remercié, ne seraient pas fâchés de pouvoir ici s'en instruire ; tnais on ne veut pas rendre dans l'un la nature artificieuse, et avoir la birbirie d'ôte.r à l'autre le p'ainr de la stirprise.

Clitandre (se remettant auprèn de Cidalise, qui n'ose pas le regarder, ou ne le regarde qu'avec confusion). — Eli quoi ! charmante Cidalise, voudrez-vous toujours vous reprocher d'avoir fait mon bonheur, ou plutôt me pimir d'avoir osé me rendre heureux ? Je suis coupable sans doute ; mais si vous

vouliez^vous rendre justice, vous trouveriez non-seulement l>ien des raisons pour me pardonner mon crime, mais mSine dc'Vpioi jvous étonner de ce que je ne l'ai pas commis plus tôt {Elle se tait, soupire, et s'obstine à ne le pas regarder. 1 1 continue .) T^evez donc sur moi vos yeux. Qu'ils me disent si votre bouche ne veut pas le prononcer, que vous ne me haïssez pas ! je ne puis vivre un instant avec la crainte de vous avoir déplu Voulez-vous donc me faire mourir de douleur ? ( // lui baise tendrement les mains.)

CiDALiSE {toujours fâchée). — Ah ! traître ! Clitaxdre. — Eh bien ! accablez-moi de tous les reproches imaginables : il n'y en a point sans doute que je ne mérite ; mais encore une fois regardez-moi ! Dites-moi donc, de grâce, qiielle est l'inquiétude qui vous agite ?

CiDALriSE. — Hélas ! i>ui.s-je n'être pas tourmentée de la crainte de vous perdre.

Clitandre {vivement). — Ah ! ne vous livrez pas à de si injustes terreurs ! Je vous adore ! Rien ne m'a jamais été aussi cher que vous ; rien ne me le sera jamais autant.

CiDALiSB {en le regardant avec une e-Urêmc tendresse). — ■ Est-il bien vrai que vous m'aimiez encore ?

Clitandre ne cherche à binnir les craintes de Cidalise qu'en l'accablant des plus ardentes caresses. Mais comme tout le monde peut n'avoir pas sa façon de lever les doutes, ceux de ru lecteurs, à qui elle pourrait ne point paraître commode, eh prendront une autre, comme de faire dire à Clitandre les plus belles choses du monde, et ce qu'ils croiront de plus fait pour rassurer une femme en pareil cas.

Clitandre. — Eh ! ingrate ! êtes-vous rassurée ? Cidalise. — Mauvais i)laisant ! J'aurais presque envie, pour consoler Araminte du peu de cas que vous faites de ses charmes, et des rigueurs dont vous l'accablez ici, de lui conter corame quoi vous avez été cette nuit un des plus galants clievaliera à qui l'on ait oncques octroyé le gentil don d'amoureuse merci. Elle serait, à ce que je crois, bien étonnée ? Clitandre. — Non, elle ne vous croirait pas, et sa vanité on effet, devrait la rendre très incrédule sur cet article

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