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CHAPITRE IV

CAUSES ET EFFETS DE l'ÉLÉVATION DU TAUX DE l'escompte.

Toutes les fois que la Banque de France juge à propos, en vue d'une crise, d'élever le taux de son escompte pour sauvegarder son encaisse, cette mesure rencontre de nombreux contradicteurs. H y a d'abord ceux qui, tout en reconnaissant à la Banque le droit de prendre des mesures préservatrices , en discutent l'opportunité, parce qu'ils envisagent les choses autrement que la Banque , et qu'ils ne croient point à la crise que celle-ci paraît redouter. On a dit qu'il n'y avait rien de brutal comme un fait : cela est vrai des faits dont l'évidence éclate à tous les yeux; mais ceux-là se rencontrent rarement en économie politique et financière. La plupart se présentent au contraire sous un jour plus ou moins douteux , qui laisse nécessairement assez de place à la discussion. Il en est surtout ainsi pour un fait aussi complexe, aussi difficile à démêler qu'une crise et même qu'un embarras financier ; les symptômes qui les annoncent peuvent toujours être mis en doute.

Mais, ce qui semble plus étonnant, c'est que des théories se soient produites pour contester le droit

même que possède la Banque d'élever le taux de son escompte et l'avantage qui peut en résulter à certains moments. La Banque de France, dit-on, est un établissement public qui exerce un monopole dans l'intérêt de tous ; ce monopole lui confère le droit d'émettre seule des billets qui sont acceptés comme de laquent comptant- elle a de plus, grâce à la confiance dont elle jouit, le privilège d'attirer de nombreux dépôts auxquels elle ne paye rien. Supposons qu'elle émette pour 800 millions de billets au porteur et qu'elle reçoive pour 200 millions de dépôts : si nous en déduisons 400 millions de réserve métallique qu'elle garde pour faire face aux remboursements, restent 600 millions, qui ne lui coûtent rien et pour lesquels elle prélève un intérêt. La charge du monopole doit être que cet intérêt soit le plus minime possible. Pourquoi n'en serait- il pas de la Banque comme des chemins de fer? Lorsqu'on a créé le monopole des chemins de fer, on leur a imposé, en retour, des avantages qu'on leur concédait, certaines charges qui faisaient compensation. Ils doivent notamment ne point élever leurs tarifs au-dessus d'un certain chiffre , et tous les jours le gouvernement, appuyé sur l'opinion publique, les presse encore pour que ce maximum soit abaissé le plus possible. La Banque de France est dans le même cas : son tarif à elle, c'est le taux de l'escompte, et s'il est vrai que le bas prix des transports soit utile au progrès de la richesse publique en ouvrant des débouchés au commerce et en miiUipliant les rapports des

producteurs et des consommateurs, cela doit être plus vrai encore du taux de l'escompte, du loyer du capital qui est l'agent principal du mouvement industriel et commercial, tandis que les frais de transport n'en sont que l'accessoire. Vainement dans une machine rendrait- on plus facile Faction des rouages secondaires, si on négligeait le moteur principal : le bas prix du capital est le moteur principal de la richesse publique, et on doit l'obtenir de la Banque en retour des avantages qu'on lui concède.

Telle est l'objection que posent les adversaires par principe des mesures restrictives de la Banque ; nous ne croyons pas l'avoir affaiblie, nous l'aurions plutôt renforcée par la comparaison du monopole de la Banque avec celui des chemins de fer. Une fois sur ce terrain , chacun tire à boulet rouge sur la Banque : les uns lui demandent de faire argent de son capital immobilisé pour augmenter d'autant ses ressources disponibles; d'autres lui conseillent d'étendre sa circulation fiduciaire grâce aux billets de 50 francs , dont l'émission , autorisée par la loi de 1857, a été ajournée jusqu'à ce moment ' ; d'autres encore se contentent de lui recommander d'éplucher les bordereaux qu'on lui présente et d'éliminer les uns au profit des autres. Nous ne parlons pas de ceux qui se prononcent franchement dés le premier jour pour le cours forcé des billets, et voient là seulement le re-

' Ce travail a paru clans la Revue des Deux Mondes du 1" janvier 1863. ^ .

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niède à tous les maux , la panacée universelle pour donner le capital à bon marché. Nous avons déjà exposé ailleurs cette théorie, il n'est pas nécessaire d'y revenir. On doit se défier davanta(]^e de ceux qui tendent au même but sans s'en apercevoir, et même en s'en défendant. Ceux-là sont particulièrement dangereux parce qu'ils conduisent à travers des sophismes séduisants vers des conséquences qu'on ne voit pas d'abord, et qu'on ne peut plus éviter dès qu'elles apparaissent. C'est à ce point de vue qu'un écrit non signé, mais dont l'auteur est certainement initié aux affaires, mérite une attention sérieuse. Il nous montre combien il importe d'éclairer l'opinion sur les dernières mesures prises par la Banque. 11 a pour titre : la Banque de France et la fixité du taux de ies^ compte. Nous allons d'abord discuter la question de principe, nous discuterons ensuite la question d'opportunité.

Il est très-vrai que la Banque de France exerce un monopole , qu'elle seule a le droit d'émettre des billets qui sont acceptés comme de la monnaie, et qui, sans être un capital, puisqu'ils ne sont qu'une promesse de payer avec la signature de la Banque substituée à celle d'un particulier, n'en font pas moins pour celle-ci l'office d'un capital dont elle a la libre disposition et qu'elle peut prêter comme elle prêterait des espèces métahiques. Si cette émission de billets atteint 800 milhons et que la Banque attire à elle parla confiance dont elle jouit en vertu même de son privilège, 200 millions de dépôts pour lesquels

on ne lui demande aucun intérêt; c'est, en effet, déduction faite d'un encaisse de 400 millions , une somme de 600 millions qui ne lui coûte rien. Par conséquent elle a, pour prêter à de bonnes conditions, des avantages que ne possèdent pas les particuliers, qui n'ont de capitaux que ceux qu'ils ont économisés ou qu'on leur prête moyennant intérêt. Mais, parce qu'une banque privilégiée peut fournir le capital à meilleur marché que les particuliers, s'ensuit-il qu'elle doive toujours le donner à très-bon compte et à un taux invariable , comme le prétend l'auteur de l'écrit en question? Pour qu'il en soit ainsi, il faudrait que la demande fût toujours la même, ou plutôt que la Banque pût la régler de façon que celle-ci ne dépassât jamais l'offre. Il faudrait qu'avec les 6 ou 700 millions, mettez même un milliard, de ressources disponibles qu'elle possède, elle fût toujours en mesure de dominer les besoins. On peut se rendre compte de ce qu'une telle prétention a de chimérique, en sachant que le capital flottant de la nation, dont le transfert d'une main à l'autre constitue ce qu'on appelle le crédit, n'est pas moindre de 50 à 60 milliards , et que des billets de commerce seuls, c'est-à--dire la masse escomptable (jui pourrait se présentera la Banque, s'élève peut-être à 10 ou 12 milliards. Or, nons demandons ce qu'est le milliard de la Banque à côté d'un pareil chilh^e, à côté de pareils besoins. Si les 10 ou 12miHiards de billets de commerce, pour nous en tenir à ces valeurs, entrent dans la circulation et trouvent à se faire escompter.

c'est qu'il y a quelque part, en dehors de la Banque, chez les banquiers, dans le public, un capital équivalent pour les absorber. C'est ce capital, dont celui de la Banque n'est qu'un appoint, qui, par son rapport avec la demande, sert à déterminer le taux de l'intérêt. La Banque est bien obligée de se conformer à ce taux, sous peine, si elle maintient son escompte plus haut, de ne pas faire d'opérations, car on ira chercher de l'argent ailleurs, ou, si elle le met plus bas, d'être débordée, car alors les demandes afflueront chez elle de tous les côtés, son capital sera vite absorbé, et elle n'aura plus rien pour continuer ses opérations, rembourser ses billets, et répondre aux retraits de dépôts qui deviendront d'autant plus nombreux qu'on saura la Banque embarrassée. Elle sera dans l'alternative également funeste, ou de cesser ses opérations et de suspendre ses payements, ou de faire décréter le cours forcé. On a beau s'en défendre, le cours forcé est au bout de tout système qui prétend réagir contre les conditions générales du marché, contre les rapports naturels de l'offre et de la demande.

Mais, dira-t-on, le taux de l'escompte a bien pu rester invariable à 4 pour 1()0 pendant trentedeux ans, He 1820 à 1852, excepté un moment, en 1847, où il a été porté à 5 pour 100. Ce moment prouve déjà contre le précédent qu'on invoque, pnisqu'on n'a pu maintenir l'invariabilité en face d'une crise; mais nous reconnaissons que dans le passé les variations ont été moins fréquentes et moins considérables que depuis quelques années.

La raison en est bien simple : depuis 1852 , le mouvement des affaires commerciales a été tout différent de ce qu'il était alors ; il a pour ainsi dire quadruplé. La masse des opérations de la Banque de France, qui en 1847 était de 1 milliard 854 millions, s'est élevée en 1860 à 6 milliards 340 millions , et le commerce extérieur, qui était de 2 milliards 654 millions, a monté en 1860 à 5 milliards 340 millions \ Que peut-on trouver de plus éloquent que ces chiffres pour démontrer qu'il n'y a aucune analo{;ie entre la situation qui a précédé 1848, et celle d'aujourd'hui? En 1847, la moyenne du portefeuille de la Banque était de 176 milHons; elle est aujourd'hui de 550, et les billets au porteur, qui ne dépassaient pas 240 millions, attei^jnaient, au bilan du mois de novembre 1861, 729 millions, après s'être élevés à 779 au commencement de l'année ^.

Avant 1848, la Banque de France était un établissement auquel on ne recourait que dans les circonstances extraordinaires; généralement on trouvait moyen de s'en passer : le capital était partout aussi abondant que les besoins. Il n'était pas étonnant qu'elle ne fût pas soumise à des oscillations de crédit comme celles que nous avons vues depuis, et qu'elle pût rendre à peu près invariable

' Aiijonrd'hiii, en 1874, les opérations de la Banque dépassent 15 milliawls, et le mouvement du commerce extérieur atteint 8 milliards.

'^ Les billets au porteur sont aujourd'hui de 2,500 millions, et ils étaient avant la guerre de 1870 de plus de 1,500 millions.

le taux de son escompte. Cependant, nous le répétons, lorsqu'en 1847, par suite de la disette de 1846, il fallut solder au dehors de nombreuses acquisitions de céréales et exporter du numéraire, cette invariabilité ne put subsiter, et le taux de l'escompte fut porté à 5 pour 100. Aujourd'hui la situation est tout autre : le pays est certainement plus riche qu'il ne l'était avant 1848; il a plus de chemins de fer, plus d'usines, un commerce plus étendu, une agriculture en meilleur état, etc. ; mais il a moins de capital disponible, parce qu'il en a davantage employé en dépenses tant productives qu'improductives. Ce n'est pas vainement qu'on a dépensé, depuis 1852, en chemins de fer, en frais de guerre, et en améliorations de toute nature et aussi pour couvrir les nombreux déficit du budget, des sommes considérables. Jusqu'en 1852 aussi, et même au delà, on avait pu maintenir intacte la fameuse loi de 1807, qui limite à 5 pour 100 le taux de l'intérêt. Pourquoi l'a-t-on modifiée? pourquoi a-t-on laissé la Banque de France libre d'élever le taux de son escompte comme elle le voudrait? Parce qu'on a reconnu que les prescriptions de cette loi n'étaient plus en harmonie avec le développement économique du pays, et qu'elles avaient pour effet, en gênant l'action de la Banque, de rendre à certains moments son concours impossible. Si, lors de la crise de 1857, la I^anque de France n'avait pas été affranchie des prescriptions de la loi de 1807, si elle eût dû laisser au maximum de G pour 100 le taux de l'escompte lorsqu'il [était à 10 pour 100 en An-

Da TAUX DE L'ESCOMPTE. J05

jjleterre, elle eût bien vite épuisé ses ressources. Le commerce n'aurait plus trouvé de crédit, et la crise aurait eu pour nous des conséquences autrement graves que celles qu'on a constatées.

On peut bien , quand il s'agit d'une compagnie de chemins de fer, l'obliger à maintenir son tarif bas, quelles que soient les circonstances. Si, grâce à cet abaissement, les transports se multiplient, la compagnie en sera quitte pour augmenter son matériel; et si cela ne suffit pas, on fera un nouveau chemin de fer dans la même direction. IjCS premiers actionnaires seront peut-être ruinés par la concurrence, mais le public y gagnera. Il n'en est pas ainsi avec le capital, même avec celui dont dispose la Banque de France. Si ce capital est épuisé, et il ne tarde pas à l'être avec le taux de l'escompte au-dessous du cours; quels moyens d'action aura la Banque pour continuer ses opérations? Ses moyens d'action, ce sont les billets au porteur et les dépôts. Pourra-t-elle les augmenter? Pas le moins du monde. Elle les verra au contraire diminuer de jour en jour, et plus elle fera d'efforts pour les étendre , plus il se resserreront. C'est un résultat infaillible. On a souvent, dans les temps de crise, pressé la Banque de France de ne pas se préoccuper de son encaisse et d'accroître davantage sa circulation fiduciaire, qui est, dit-on, suffisamment garantie par les valeurs de commerce qu'elle a reçues en échange de ses billets, valeurs portant les meilleures signatures et reposant sur des produits. Nous verrons tout à l'heure ce que peut

devenir cette (j^arantie; en attendant, nous dirons qu'on conseille à la Banque de faire, non pas ce qu'elle ne veut pas, mais ce qu'elle ne peut pas faire. On lui dit d'émettre un plus grand nombre de billets au porteur; mais a-t-on im moyen de les faire accepter du public s'il s'y refuse? Et il s'y refusera d'autant plus qu'il sentira la réserve métallique diminuée et la Banque embarrassée. Le billet qu'il aura reçu à un guichet, il ira immédiatement le chauffer à un autre. C'est là un fait qui se produit constamment dans les temps de crise. En janvier 1857, avant la crise violente qui devait éclater à la fin de l'année , la circulation fiduciaire de la Banque de France était de 612 millions: elle n'était plus que de 581 millions au mois de décembre, au plus fort des embarras, lorsque la Banque était obli(jée d'élever le taux de l'escompte à 8 et 10 pour 100, et qu'elle aurait eu tant d'intérêt à se créer des ressources extraordinaires. Dans l'année 1861, les choses se sont encore passées de la même manière. Les billets au porteur de la Banque de France, qui, au bilan du mois de janvier, s'élevaient à 779 millions, étaient descendus à 729 au mois de novembre suivant. Il est donc bien certain qu'on ne peut pas émettre de billets à volonté, et que, tant que la conversion en espèces reste facultative, c'est le public , et non la Banque, qui û\e la quantité qui peut rester en circulation.

Quel remède propose-t-on? L'émission des coupures de 50 fr., autorisée par la loi du 9 juin 1857, et à laquelle on n'a pas eu recours encore jus-

qu'à ce jour \ Nous n'avons pas de (grandes objections à faire contre l'émission des billets de 50 francs ; cependant il faut se garder des illusions : cette émission n'augmenterait sans doute que très-faiblement la masse de la circulation fiduciaire. Les billets de 50 francs auraient pu être utiles autrefois , lorsqu'on était en présence d'une circulation métallique en argent dont le poids était incommode. Un billet de cette nature , venant remplacer dix pièces de 5 francs pesant 1/4 de kilogramme, était un avantage; mais cet avantage a beaucoup diminué , s'il n'a pas complètement disparu, depuis que l'or est devenu l'instrument principal de la circulation métallique ^^. Dans tous les cas, il faudrait bien se garder d'émettre les billets de 50 francs dans les temps de crise, d'abord parce que ce serait montrer quelques inquiétudes sur la possibilité du remboursement et que le public viendrait le demander d'autant plus vite, ensuite parce que, dans ces moments-là, c'est du numéraire qu'on réclame et non des billets. De deux choses l'une : ou la crise a pour cause des différences à solder au dehors; alors le numéraire est la seule monnaie qui passe la frontière et qui soit acceptée des étrangers, on ne peut donc pas s'en passer; ou elle a simplement pour cause

^ Je le répète, ceci a été pLiblie en 1863, alors que les billets tle 50 francs n'étaient pas encore en circulation.

^ Il est vrai qu'en maintenant le double étalon, on peut levenir encore à la monnaie d'argent, dans ce cas, le billet de 50 francs se trouverait justifié. — En Allemagne, par une loi récente, on vient de décider qu'il n'y aurait pas de billets au-dessous de 100 niarcs ou 123 francs.

des embarras intérieurs, comme en 1857; alors on veut également des espèces, parce que c'est la seule valeur qui ne se déprécie pas en temps de crise, et qui gag^ne au contraire en proportion de ce que les autres perdent. Vous me dites que votre papier de banque porte d'excellentes signatures et repose sur des produits : cela est possible \ mais on a vu des signatures excellentes faillir, et des produits même d'une consommation assez générale se déprécier tout à coup de 50 pour 100 et plus ', ce qui fait que, dans les circonstances difficiles, le public ne veut plus que des espèces. Sa disposition est toute différente de celle des faiseurs de systèmes : plus on lui propose du papier, et plus il rechercbe le numéraire.

On a proposé encore, pour écarter le remboursement en espèces , la création de billets portant intérêts ou payables à un mois ou deux de date. On ne réfléchit pas que c'est le renversement complet du système de la monnaie fiduciaire. La monnaie fiduciaire ne vaut et ne reste en circulation pour remplacer la monnaie ordinaire qu'autant qu'elle est échangeable contre celle-ci , à la volonté de celui qui la possède. Du moment que les billets ont une échéance et ne sont plus payables à vue , ce sont des obligations plus ou moins valables qui peuvent entrer en concurrence avec les billets à ordre, les lettres de change, etc. ; mais ce n'est pas de la monnaie fiduciaire, et le commerce ne s'en arrangerait pa^

• Voir ce qui a été dit à la uolc 1, pa^cs 56 ci 57.

pour l'escompte de son papier. Autrement il ne serait pas nécessaire de recourir à la Banque de France ; il y a aujourd'hui en circulation une masse de valeurs portant intérêt, jouissant d'un grand crédit et parfaitement acceptées du public ; — telles que les obligations de chemins de fer. — Pourquoi ne s'en sert-on pas pour escompter le papier de commerce? Personne n'y songe. C'est qu'en effet, l'obligation de chemin de fer, quelque bonne qu'elle soit, n'est pas de la monnaie, c'est-à-dire un instrument d'échange, un signe représentatif de toutes les valeurs.

Le propre de la monnaie, c'est encore de pouvoir circuler aisément. Pour cela il faut qu'elle ait une valeur fixe, aisée à connaître, de façon qu'on sache toujours au premier moment ce qu'on doit en donner ou ce qu'on doit en recevoir. Si vous y ajoutez des intérêts à calculer jour par jour, d'après l'époque de l'émission ou selon certaines échéances , elle cesse d'être fixe , personne ne sait plus exactement ce qu'il doit en donner ou en recevoir, les comptes sont embarrassés et la circulation de la prétendue monnaie devient très-difficile.

Donc, puisqu'il n'y a rien en pareil cas qui puisse suppléer la monnaie métallique, que faire, lorsque le taux de l'escompte s'élève sur le marché plus haut qu'à la Banque et que le capital devient rare par rapport aux besoins? Il n'y a qu'une façon d'agir, c'est de le faire payer cher : comme la Banque ne peut pas étendre ses ressources au gré des demandeurs, elle doit s'appliquer à diminuer

la demande, et elle la diminue en élevant le taux de son escompte, d'après ce principe que plus une marchandise est chère, moins elle trouve de consommateurs. — Mais, dit-on, il y a une exception pour l'argent : jamais les portefeuilles des banques privilégiées ne sont plus garnis qu'au moment de la hausse du taux de l'escompte; c'est à ce moment-là surtout qu'ils grossissent. Cela s'explique. Si les portefeuilles des banques privilégiées sont plus garnis au moment de l'élévation du taux de l'escompte qu'à tout autre, c'est parce que les besoins sont plus grands, l'élévation même dn taux de l'escompte "en est la preuve, et il est tout simple qu'on s'adresse à la Banque plus qu'à d'autres époques. En outre, la Banque a beau élever le taux de son escompte : comme elle n'est jamais entièrement libre de son action et qu'il y a toujours une pression plus ou moins forte pour retarder le recours aux mesures restrictives , il est probable, ou qu'elle ne l'a pas élevé assez vite, ou qu'elle ne l'a pas élevé suffisamment. Le commerce et la spéculation, n'ayant point reçu à temps un avertissement utile, n'ont pas liquidé ce qu'il y avait d'excessif dans leurs opérations , et le portefeuille de la Banque s'en ressent. Cependant on peut être sûr que l'effet ne tardera pas à se produire, et que les demandes d'escompte se ralentiront pour l une ou l'autre de ces deux raisons : ou le taux fixé par la Banque sera trop élevé eu égard à celui du marché, alors les escomptes se feronl en dehors d'elle avec les capitaux des banquiers, du public, et

pendant ce temps la Banque pourra rétablir T équilibre et revenir à un état normal ; ou ce taux sera bien celui du marché, et, s'il est très-haut, il paralysera la spéculation et empêchera que le capital soit autant demandé. Chacun se tiendra sur la réserve pour ne pas payer de trop gros intérêts, et l'équilibre se j'établira encore par la diminution de la demande.

Quand on veut juger de l'efficacité de l'élévation du taux de l'escompte pour liquider une situation embarrassée, on n'a qu'à se figurer l'ensemble des opérations sur lesquelles elle porte. Supposons que cet ensemble d'opérations ayant besoin de crédit soit de 8 à 10 milliards, et ce chiffre n'a rien d'exagéré; si l'élévation du taux de l'escompte parvient à en retrancher pour 2 ou 3, et que ces 2 ou 3 milliards représentent l'excédant de nos engagements sur nos ressources, immédiatement l'équilibre se trouve rétabli; le capital, rare hier, devient tout de suite abondant.

On présente ce ralentissement dans la demande comme un inconvénient des plus graves ; il a , dit-on, pour conséquence d'arrêter le travail et de paralyser le mouvement industriel et commercial. Nous pourrions déjà répondre que la situation dont on se plaint est dans la force des choses. Etant admis qu'on ne peut pas créer de capital à volonté, du moment que celui qui existe est rare ou, ce qui revient au même , plus recherché qu'offert, il faut bien le payer cher; mais il est facile de démontrer encore que ce capital cher n'est pas toujours un obstacle au progrès de la richesse publique. Quel est le pays qui , jusqu'à ces derniers

temps, a prospéré le plus rapidement? C'est incontestablement l'Amérique du Nord, et cependant le loyer du capital y est rarement au-dessous de 10 pour 100, souvent à 12 et à 15 pour 100. En Angleterre aussi, l'élévation du taux de l'intérêt à 5 et G pour 100, où il a été en moyenne en 1855 et 1856, a coïncidé avec un mouvement d'affaires tel qu'on l'avait jamais vu auparavant. Il en a été de même chez nous aux mêmes époques ; les années 1855 et 1856 sont assurément les plus brillantes de la dernière période décennale , et le taux de l'escompte s'y est élevé de 3 à 5 et à 6 pour 100. Cela ne veut pas dire que le développement des affaires se trouve bien de l'élévation du taux de l'escompte. Mieux vaut assurément l'argent à 3 qu'à 6 ; cela prouve seulement qu'une fois le mouvement commencé , il ne s'arrête pas toujours pour une différence de 2 et même de 3 pour 100 dans le prix du capital.

Sait-on, en effet, quelle est la surcharge que fait peser sur une transaction commerciale de 1,000 fr. une différence dans le taux de l'escompte de 3 pour 100? Si cette différence se maintient pendant trois mois , le porteur d'un billet de commerce de 1,000 francs qui voudra le faire escompter pour quatre-vingt-dix jours payera 15 d'intérêt au lieu de 7 50. et si la différence n'est que de 1 pour 100 (6 au heu de 5), il payera 15 au lieu de 12 50. Ce n'est pas là une surcharge qui puisse empêcher une transaction sérieuse. Ce qui l'empêcherait, ce serait que la Banque en vînt à reslroindro la durée des échéances

comme elle faisait avant 1857, lorsqu'elle n'avait pas la faculté d'élever l'escompte au delà de 6 pour 100. Alors le commerçant qui avait besoin d'un crédit de quatre-vingt-dix jours, et qui n'en trouvait plus qu'un de cinquante ou soixante jours , était obligé de s'arrêter tout court; cette restriction paraissait très-dure. En abrogeant la loi de 1807 en ce qui concerne la Banque de France , et en laissant à celle-ci la faculté d'élever le taux de son escompte autant qu'elle le voudrait et chaque fois qu'elle le croirait utile , on a cherché précisément à éviter qu'elle recourût trop souvent aux mesures beaucoup plus graves de la restriction dans la durée des échéances. Les affaires qui se trouvent principalement arrêtées par l'élévation du taux de l'escompte, ce sont les spéculations aventureuses ou celles qui reposent sur un crédit trop facile. Celles-là souffrent d'une élévation du taux de l'escompte, parce que, les capitaux se resserrant, les renouvellements sont difficiles , et qu'il faut arriver à une liquidation. Mais quel inconvénient y a-t-il? Ce qui est utile au progrès de la richesse , ce sont les spéculations sérieuses : les crédits donnés dans la mesure où ils peuvent être soutenus; le reste constitue un danger permanent, et plus tôt la liquidation arrive, mieux cela vaut. C est grâce au trop long maintien de l'escompte à 3 pour 100 que se sont organisées les affaires véreuses dont le dénoûiiient se fait tous les jours en police correctionnelle , et qui ont gaspillé tant de capitaux qui auraient pu être mieux employés. En résumé, il

n'y a pas d'autre alternative; ou l'on a des ressources infinies, un capital inépuisable pour répondre à une demande illimitée , alors on est maître de la situation et l'on peut décréter la fixité du taux de l'escompte; ou bien l'on n'a pas ces ressources infinies, et il arrive un jour où, la demande dépassant l'offre, il n'y a que l'élévation du taux de l'escompte qui puisse entraver la demande et rétablir l'équilibre.

Quand on réclame le taux de l'escompte invariable, on ne se donne pas la peine de jeter les yeux au dehors et de chercher ce qui se passe dans les pays qui peuvent le mieux nous éclairer à cet égard. Est-ce qu'en Angleterre par exemple le taux de l'escompte est invariable? Non-seulement il varie à tout moment, selon les circonstances, mais il y a des gens qui prétendent qu'il ne varie pas encore assez, et qu'il devrait suivre toutes les fluctuations du marché. Cette théorie est excessive : un établissement public ne peut pas se conduire comme un simple particulier, il doit avoir plus de fixité dans ses allures ; néanmoins elle est plus conforme aux véritables principes que celle qui demande l'invariabilité du taux de l'escompte. L'invariabiHté du taux de l'escompte, c'est tout simplement le rétablissement de la loi du maximum sous une nouvelle forme et sous celle qui est la plus dangereuse. Qu'on applique le maximum à une marchandise qui n'est pas d'une indispensable nécessité, cela est fâcheux assurément; mais si cette marchandise vaut })lus que le maximum, on cesse de la produire, et tout est dit : le

mal n'est que partiel, Féconomie générale du pays n'en est pas troublée. Il n'en est pas de même en matière de crédit. Si l'on oblige la Banque de France à prêter au-dessous du cours, ses ressources seront vite épuisées, et elle ne pourra plus continuer ses opérations. On retombera alors sous les fourches caudines des particuliers qui, n'étant plus gênés par la concurrence et n'étant pas soumis au maximum imposé à la Banque, élèveront d'autant leurs prétentions. Le commerce subira une crise des plus violentes. Il se produira ce qui arriverait si on appliquait le maximum à des denrées de première nécessité^ comme le blé. On pourrait bien approvisionner le marché, tant qu'il y aurait des réserves dans les greniers publics , mais le jour où ces réserves seraient épuisées, il n'y aurait plus personne pour vendre^ et la famine serait effroyable .

H est avantageux sans doute que le taux de l'escompte soit bas. Le loyer du capital figure dans les frais de revient de tout produit, et moins la production est chère, plus la consommation a de moyens de se développer : c'est un axiome économique incontestable; cependant le taux de l'escompte ne peut s'abaisser utilement que si cet abaissement est justifié par l'abondance du capital. Autrement on est la dupe d'une illusion qui peut avoir les conséquences les plus lâcheuses. Supposez par exemple qu'une banque privilégiée comme la Banque de France, obéissant à des influences gouvernementales ou autres , s'obstine à maintenir le taux de son escompte

au-dessous du cours réel et qu'elle soutienne cette situation pendant quelque temps. Le pays n'a plus la mesure des capitaux dont il peut disposer; il les croit plus abondants qu'ils ne sont en réalité; il s'engage en conséquence , fait des affaires qu'il ne devrait pas faire, et un beau jour, ne trouvant plus à renouveler ses engagements, parce que les ressources sont épuisées, il se réveille en pleine crise, et il est obligé, comme en 1857, de payer Targent 8 et 10 pour 100, heureux encore si , à ce prix , il en obtient. Voilà les illusions que fait naître l'abaissement du taux de l'intérêt, lorsqu'il n'est pas justifié par l'abondance du capital, et les dangers auxquels il conduit.

Mais, dira-t-on, si une banque privilégée n'a pas pour effet de rendre le prix de l'argent bon marché, quelle est donc so^ utilité, quels sont donc les services qu'elle rend en retour du monopole dont elle jouit? Sans doute, l'action d'une banque privilégiée consiste à modérer le prix de l'argent, et elle atteint ce but, non-seulement parce qu'elle dispose d'un capital exceptionnel qui ne lui coûte rien et dont elle se sert utilement pour peser sur l'offre, mais encore parce qu'elle est placée sous le contrôle du gouvernement, dirigée par un gouverneur nommé par lui, et qu'il ne lui serait pas possible, le voulûtelle, de se livrer aux exactions que peuvent se permettre des banquiers ou des établissements libres qui ne sont soumis à aucun contrôle. Gela est si vrai que , partout où une banque privilégiée s'établit, le taux de l'intérêt baisse immédiatement. Ce

n'est pas le seul service qu'elle rende. En émettant pour un chiffre plus ou moins considérable de billets au porteur qui sont acceptés comme de la monnaie, elle fait faire au pays l'économie des espèces métalliques que ces billets remplacent. Si elle en émet pour 400 millions de plus qu'elle n'a d'espèces, c'est 400 millions d'économisés sur un métal qu'on ne se procure pas pour rien, et qui, rendu disponible, peut s'échanger au dehors contre d'autres marchandises utiles au pays. Non-seulement l'économie du numéraire a lieu dans la proportion où les billets sont appelés à le remplacer, mais dans une proportion plus forte encore , eu égard aux facilités nouvelles qu'ils donnent à la circulation. Supposez, par exemple, que le billet au porteur passe dans dix mains plus vite que la somme qu'il représente en numéraire ne passerait dans cinq, les 400 millions se trouvent en valoir 800 pour les services qu'ils rendent, et ce sont 800 millions de numéraire qui sont ainsi économisés. On a beaucoup critiqué notamment l'élévation du taux de l'escompte qui eut lieu à la fin de septembre 1861. On ne voyait rien dans la situation qui justifiât cette mesure. Cependant l'encaisse de la Banque de France avait baissé pendant ce même mois de 80 millions et le portefeuille augmenté de 74. La Banque avait 305 milhons d'espèces métalliques pour répondre non-seulement de 776 millions de billets au porteur, mais de 203 miUions de dépôts, en tout, 969 millions. Devait-elle, en présence de cette situation, rester impassible, et ne prendre aucune précau-

tion, au risque de ce qui pouvait arriver? Ce ne fut pas son avis ; elle éleva d'abord le taux de l'escompte à 5 1/2, puis à 6 pour 100, et elle crut devoir en outre se procurer pour 50 millions de traites sur Londres , de façon à empêcher d'autant les exportations de numéraire vers le royaume -uni. Malgré cela, son encaisse perdit encore 20 millions pendant le mois d'octobre, et son portefeuille aug^menta de nouveau de 27. C'était une preuve, a-t-on dit, de l'inefficacité de la mesure, puisque, la situation ne changeait pas, et que le numéraire continuait de baisser et le portefeuille d'augmenter. On ajouta même que la situation devait d'autant moins changer qu'il s'agissait d'exporter du numéraire pour payer une denrée de première nécessité qu'il fallait se procurer à tout prix, et que la Banque contribuait à renchérir en augmentant le taux de son escompte, ce qui aggravait encore la crise. Sans doute l'élévation du taux de l'escompte n'a pas mis fin immédiatement aux embarras. Les affaires engagées ne s'arrêtent pas ainsi du jour au lendemain; mais ce qui prouve que la mesure a été efficace , c'est d'abord que la diminution de l'encaisse et l'augmentation du portefeuille ont été beaucoup moindres en octobre que le mois précédent, et ensuite que l'équilibre a fini par se rétabhr à peu près complètement, puisque la Banque s'est sentie assez à l'aise pour ramener le 21 novembre le taux de l'escompte à 5 pour 100.

En élevant le taux de l'escompte, la Banque sollicite le numéraire (pii est dans d'autres mains que

les siennes à s'employer par l'appât d'inie prime pins élevée, ce qui diminne d'autant les demandes qu'on peut lui adresser à elle-même; puis, et c'est la considération la plus importante, elle refrène les spéculations un peu aventureuses. Or, dans toute opération commerciale , surtout dans celle qui , en temps de crise, a pour objet des acquisitions de céréales , il y a toujours la part de la spéculation aventureuse, de celle qui achète au delà des besoins, et qui, après avoir provoqué des hausses exagérées, finit par subir des dépréciations considérables et amener des catastrophes.

En 1847, par suite d'approvisionnements excessifs, le prix du blé, qui s'était élevé en mai à 37 h*. 98 c. riiectohtre, n'était plus au mois d'août suivant qu'à 23 fr. 59 c. De même encore à la fin de 1862, le prix des céréales tendait à rétrograder, trois mois après la récolte et lorsque le déficit n'était pas coml)Ié. Ce prix rétrogradait tout simplement parce que la spéculation qui avait pris part aux acquisitions se trouvait trop chargée. A la fin d'octobre 1861, selon le Moiiileur, 6,669,000 quintaux métriques de froment, soit 8,336,000 hectolitres, étaient arrivés déjà dans nos entrepôts ; c'était environ la moitié du déficit tel qu'on le supposait. Eh bien, il y avait dans ces arrivages précipités un excès de spéculation, et quand 1 élévation subite du taux de l'escompte aurait eu pour effet de l'empêcher, nous ne voyons pas où serait le mal ; les prix n'en seraient que plus réguliers, plus conformes aux besoins véritables, et on ne verrait pas ces hausses

excessives suivies de baisses non moins considérables, ce qui est désastreux pour tout le monde, pour le commerce exposé à des soubresauts , qui amènent toujours des ruines, et pour le consommateur luimême, qui, en présence de ces fluctuations, dont il ne se rend pas compte, est toujours tenté de crier aux accaparements. D'ailleurs, nous ne pouvons trop le répéter, cette différence de 1 pour 100 dans le taux de l'escompte , qui suffit quelquefois à sauvegarder la situation de la Banque, n'est rien pour le commerce sérieux ; elle ne peut arrêter aucune transaction fondée sur un besoin réel. Qui oserait soutenir, par exemple, que les approvisionnements de céréales vont manquer parce qu'on payera 1 pour 100 de plus pour 1 escompte des billets? Comparez la gêne que cette mesure impose à ce que pourrait être pour la Banque de France la suite d'une imprévoyance, si, se laissant aller à accorder des crédits trop faciles, elle en arrivait à ne plus pouvoir rembourser ni ses billets, ni ses dépôts !

En définitive , qui se plaint de cette élévation du taux de l'escompte? Est-ce le commerce? — Il est évident que, si l'escompte devait rester à un taux élevé, quelle que soit l'abondance des capitaux, il y aurait de graves inconvénients , les affaires ne trouveraient pas le stimulant que leur donne le capital à bon marché ; mais, lorsqu'il s'agit d'une mesure toute temporaire, qui souvent n'a pas même la durée d'une échéance commerciale , et qui a pour effet de conserver des ressources pour tous les moments; lorsqu'il

s'agit pour le porteur d'un billet de 1,000 francs de payer (le taux de l'escompte étant porté à 6 au lieu de 5) 15 francs d'escompte au lieu de 12 fr. 50 c, et même une différence moindre si l'échéance du billet est inférieure à quatre-vingt-dix jours, il n y a pas lieu à des plaintes sérieuses. Aussi n'est-ce pas le commerce qui se plaint. Ceux qui se plaignent sont des gens qui usent d'un crédit qui est en dehors des attributions de la Banque, et qui n'a été établi depuis 1852 que par une dérogation aux statuts de cet établissement; ce sont ceux qui lui demandent des avances sur des valeurs de bourse , afin de couvrir le plus souvent des excès de spéculation. Pour ces genslà, toute élévation du taux de l'escompte est en effet un coup qui les atteint , car non-seulement ils ont à payer l'argent plus cher, ce qui nuit à leurs opérations, mais encore ils ne trouvent plus les mêmes facilités auprès de la Banque qui, voyant ses ressources diminuer, les réserve exclusivement au commerce, et restreint le maximum de ses avances : de là des liquidations forcées. L'élévation du taux de l'escompte atteint encore ceux qui ont donné un développement, exagéré aux constructions des villes , et notamment de la capitale, et qui ne se soutiennent que par un crédit abusif. Mais quel inconvénient y a-t-il à ce que les gens qui sont trop chargés de valeurs soient obligés de se liquider, et que les travaux marchent un peu moins vite à Paris? L'exagération de ces travaux est regrettable, aussi bien au point de vue politique qu'au point de vue économique , — au

point (le vue politique, parce qu'elle amène clans la capitale une population flottante considérable dont il sera difficile de se débarrasser, et à laquelle on sera toujours obligé de fournir du travail, — au point de vue économique, parce que cette spéculation exagérée sur les constrctions produit un renchérissement anormal de toutes choses, de la main-d'œuvre comme des loyers , renchérissement qui ne pourra pas toujours durer, et dont la réaction amènera des catastrophes \

Quant à nous, qui considérons la Banque de France comme la clef de voûte du crédit, nous aimons mieux qu'elle pèche par un excès de prudence que par l'excès contraire. Il faut que, comme la vertu de la femme de César, son crédit ne puisse pas être soupçonné, et quand on voit des systèmes se produire qui ne tendent à rien moins qu'à la ruine de ce crédit , et ces systèmes obtenir une certaine créance dans le pidDlic , on doit le déplorer profondément, et se dire qu'il y a beaucoup à faire encore pour vulgariser en France les saines notions de l'économie financière.

' Om a ])ii voir (jiie nos précisions se sont réalisées. — La Coninnme de 1871 est un peu la fille des grands travaux de Paris.

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