‹ Crédit et les banques d'émissionChapitre 26 sur 29 · LES AVANCES A L'ÉTAT · texte numérisé non relu

LES AVANCES A L'ÉTAT

mesure pour les transports de l'État, elles les élèveront d'autant plus pour ceux du public. C'est une conséquence forcée ; car il faut, je le répète^ qu'elles aient la rémunération de leur capital. C'est donc le public en définitive qui fait les frais de ce que l'État exige des Compagnies de chemins de fer, et personne ne s'en plaint

Pourquoi n'en serait-il pas de même avec le monopole des banques d'émission? L'État, c'est tout le monde, chacun profite des services qu'il obtient. Le commerce payera un peu plus cher l'escompte de son papier, c'est possible ; mais sans la création de ces banques, il lui en aurait coûté bien davantage encore et il n'aurait pas toujours été sûr de trouver les ressources nécessaires. Il faut voir aussi l'autre côté de la question. Comment r Autriche aurait-elle soutenu la guerre de 1859 en Italie, celle de 1866 en Allemagne, sans le concours de la banque privilégiée? Comment aurait fait également l'Italie dans les mêmes circonstances, et comment nous-mêmes aurions-nous trouvé des ressources en 1870 pour continuer nos opérations militaires après l'épuisement d'un premier emprunt, si nous n'avions pas eu recours à la Banque de France? Tout a failli autour de nous, une seule chose est restée debout et intacte : le crédit de la France. Et à qui le devons-nous, sinon à l'assistance de notre principal établissement financier? Ce sont là par parenthèse des services dont il faudra se souvenir, quand on parlera dorénavant de créer une concurrence à la Banque de France,

Je m'empresse d'ajouter cependant qu'il ne faudrait pas prendre ces services pour règle de l'assistance que les banques d'émission doivent toujours à l'État. Si la Banque de France a pu maintenir son crédit intact, malgré une avance de 1,500 millions au gouvernement, d'autres banques, celles de l'Autriche et de l'Italie, ont été moins heureuses et ont vu leurs billets dépréciés pour une assistance beaucoup moindre. Ce sont là des services exceptionnels comme les circonstances qui les ont rendus nécessaires. — En temps ordinaire, le concours de la banque en faveur de l'Etat doit être plus restreint. Mais il est indispensable. — Le gouvernement en a besoin pour la négociation de ses emprunts, pour couvrir certaines dépenses en attendant la rentrée des impôts et pour rendre plus faciles ses opérations de trésorerie. Cela se passe ainsi dans tous les pays de l'Europe, et partout où Ton n'en abuse pas, on s'en trouve bien.

Non-seulement les banques d'émission doivent leurs services à l'État dans certains cas et dans une certaine mesure ; il est bon aussi qu'elles les accordent quelquefois aux grandes entreprises industrielles et financières. Nous venons d'avoir la preuve de l'utilité que cela peut avoir. Après la guerre de 1870 lorsque toutes les ressources du pays étaient consacrées aux emprunts qui avaient pour but la libération du territoire, les Compagnies de chemins de fer ne pouvaient plus placer d'obligations. Elles auraient dû cesser leurs travaux si la Banque de France ne leur

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