‹ Crête-rougeChapitre 4 sur 7 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

QÂh ! le chauvinisme, tu vas t'en moquer maintenant, toi. le philosophe humanitaire qui, dans la préface de l'Homme qui tue, rêves de fraternité des peuples <S? de République universelle, & pourtant ce chauvinisme a eu du bon, il a fait jadis la grandeur de la France, il a créé naguère l'unité de V Italie & celle de VoAllemagne. Ce n'est point là, je le sais , la formule de l'avenir, mais c'est la religion du passé. Dans la guerre de i8jo-ji, le paysan français avait perdu la religion & n'avait pas trouvé la formule. oAussi ce sentiment patriotique fut-il de courte durée : on ne change pas ainsi du soir au lendemain, à l'aide d'un simple récit, un naturel de vingt ans. Vingt ans d'accoutumance, c'est une lourde chaîne. C'est pourquoi le paysan, aidé bientôt d'une partie de la bourgeoisie, qui dès le premier moment s'était tenue coite, se reprit-il bientôt à souhaiter la paix, dut-elle être achetée à prix d'argent, au prix

de la honte. « De l'argent, disait-il. nous en donnerons tant qu'on voudra; mais que cela finisse. Nous sommes vaincus, il faut en prendre son parti; qu'on les paye ces Prussiens de malheur, & qu ils s'en aillent au diable ! » Le clergé, craignant le triomphe de la République, exploitait contre elle ces sentiments-là.

Le clergé!., chacun sait qu'il a joué un rôle très-actif pendant ce temps de défense nationale! D'abord il annonce que la victoire viendra d'en haut; il parle de prédictions, de visions, que sais-je! il frappe l'esprit superstitieux des simples. Plus tard, il organise, sous la dénomination de Société de secours aux blessés, des comités où son influence domine & qui font une réaction implacable au gouvernement de Gambetta. Les journaux discutaient chaque jour, à toute heure, les pouvoirs dictatoriaux du ministre de Vintérieur & de la guerre. « Pourquoi M. Gambetta, clamaient la Gazette de France & la Liberté,

plutôt que M. Janicot ou M. Détroyal? » De qui tenait-il son pouvoir, ce faiseur de décrets? Lui devait-on l'obéissance? au nom de qui? au nom de quoi ? » QÂ cela que pouvait-on répondre ? Clore le bec à ces chouettes sinistres, c'eût été le plus tôt fait ; mais on n'osait pas. & le chœur reprenait de plus belle : « Q/l quoi bon. disait-il. avoir critiqué violemment le pouvoir absolu de César pour en user à sa manière? & César, certes, avait pour sanctionner ses actes arbitraires V acquiescement du suffrage universel; vous, au contraire... » etc., etc.. des colonnes de etc. Un seul moyen restait pour définitivement affermir ce pouvoir contesté : le plébiscite. Mais dans les derniers jours de l'Empire. Gambetta avait fait un grand discours contre les plébiscites ; il ne pouvait de sitôt se déjuger. J'ignore si jamais Gambetta n'a songé à ce moyen in extremis, employé par le gouvernement de Paris après les journées d'octobre ; je

ne sais s'il eût été de son goût, alors même qu'il n'eût point prononcé son discours de 186g; quoi qu'il en soit, on ne parla point de consultation populaire par oui & par non. &. tandis que le gouvernement de la Défense faisait appel au patriotisme de la nation & s'efforçait de rallier autour du drapeau aux trois couleurs, troué de balles ennemies, tous les fils de la France, c'était l'esprit de parti qui répondait à l'appel. OÂu surplus, la réaction seule était logique.

C'avait été une première faute de ne pas avoir fait les élections en septembre . ainsi que le voulait Grévy. Ce fut une faute plus grande d'hésiter à convoquer les électeurs en octobre . une très-grande faute que nous n'avons pas encore expiée. L'oAssemblée d'alors eût été certainement républicaine . & le paysan l'eût nommée telle. par la même raison qu'il la voulait plus tard légitimiste & cléricale, c ' est-à-dire par amour de la paix. Le paysan crut un instant que la procla-

mat ion de la République devait amener la fin de la guerre. &. d'un autre coté. l'Empire avait en tombant excité de tels dégoûts, que nul n'osait plus le soutenir ouvertement . Or. la nomination d' une oAssemblée pouvait, dès la première heure. sauver la France & consolider la République ; elle nous eût épargné tout au moins & la Commune & le Sénat, elle ?ious eût évité dix ans de luttes, de perplexités, de troubles & d angoisses . mais sic voluere fata. Je ne suis pas de ceux qui aiment à recompter les faux pas qu'on a faits en arrière, pas plus qu'à moraliser les gens après coup. On crut bien faire sans doute en retardant une seconde fois la publication du décret de convocation des collèges électoraux. Gambetta surtout avait foi en la victoire : « oAyons la victoire d'abord, disait-il . & la République est à jamais fondée en France. -

C'était jouer là le tout pour le tout.

La partie a failli être doublement perdue.

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