EBERNBURG L'ASILE DE LA JUSTICE
Près du confluent de l’Alsenz et de la Nahe, dans un site où tout sourit, en face du Rhingrafenstein et du Rothenfels, l'Ebernburg dresse sa ruine historique. Au sommet d'un roc dont l’aridité se dérobe sous une parure de vignobles et de prairies étoilées de fleurs, le vieux donjon étale majestueusement ses noires murailles et se réfléchissant dans la Nahe qui coule à ses pieds, grave son ombre comme un camée immense dans le cristal de la petite rivière. Il est là pantelant et déchiré, silencieux comme la mort, mais l'oubli ne l’a pas atteint ; le malheur et la gloire défendaient le vieux burg contre lui. Au vent des batailles sa grandeur matérielle s'est évanouie, mais sa grandeur morale lui fait une auréole qui rayonnera à travers les siècles. Tant que les hommes aimeront la justice, l'honneur et la liberté, 1ls tourneront un regard attendri vers cette ruine où vécut un des plus nobles enfants de l’Allemagne. |
CHGOAE
C'est là que naquit et grandit François de Sikingen, c'est là qu'il lutta pour la liberté religieuse, c'est de là qu'il partit, sans retour hélas! pour la défendre les armes à la main. Son souvenir vit toujours dans les cœurs allemands et de toutes parts on vient, comme en un pieux pelérinage, honorer sa mémoire dans cette demeure dévastée où tout vous parle encore du glorieux soldat.
Les origines de l'Ébernburg se perdent comme celles du Rhingrafenstein dans des lointains légendaires ; on ne sait quand 1l naït, oi pourquoi il porte le nom étrange de château du sanglier. Ceux qui aiment les récits de guerre racontent qu'un jour la forteresse était si étroitement serrée par une nombreuse armée d'assiégeants, qu'elle éprouvait toutes les horreurs de la famine. Le seigneur voyait s'avancer à grands pas l'heure de la reddition, quand un ingénieux stratagème se présenta à son esprit. Îl fit conduire sur les remparts un énorme sanglier (Eber), le seul qui lui restât encore, et là, on renversa à la vue de l'ennemi et l’on feignit d'égorger l'animal qui poussait des cris affreux. Chaque jour le même sanglier servit à reproduire la même scène et le chef assiégeant voyant ses adversaires si bien pourvus encore, leva le siége, désespérant de les affamer Jamais.
Comme un témoignage de reconnaissance envers l'animal sauveur, le seigneur fit graver une hure au fronton du château et lui donna le nom d'Ébernburg.
Dans ce pays de ballades et de vergist mein nicht, cette légende guerrière devait avoir un pendant où l'amour jouait son rôle. Le voici:
Un seigneur d'Ébernburg, le comte Rupert, s’éprit un
jour d’une châtelaine de Montfort, mais ses vœux ne ne furent pas agréés, la belle Hedwige, lui préférait son compagnon d'enfance le Rhingrave Henri. Le comte Rupert, blessé de ce refus, nourrissait contre son rival une haine qu'il espérait assouvir. Mais le destin en avait décidé autrement. Chassant un jour aux environs du Rhingrafenstein, Rupert aperçut le plus monstrueux sanglier qu'il eût jamais rencontré. Il l'attaqua, le poursuivit et l’accabla de ses traits, mais la bête restait invulnérable; rendue furieuse, elle se précipita sur son agresseur et le renversa. Rupert se sentait perdu, quand tout à coup le sanglier s’affaisse et meurt. Au même instant le Rhingrave Henri apparaît; 1l avait assisté aux péripéties de cette chasse et c'était de sa main qu'était parti le coup qui venait de sauver Rupert. Cette scène émouvante fit oublier aux deux gentilshommes leur rancune et Rupert, voulant consacrer le souvenir de cette réconciliation, fit graver une hure au-dessus de la grande porte de son château, qui prit bientôt le nom d’Ebernburg.
Voilà ce que chantèrent les troubadours; mais ce n'est pas dans ces poétiques fictions d'amour ou de guerre qu'il nous faut rechercher les origines d'Ebernburg.
Ce nom remonte aux vieilles légendes germaniques. Le sanglier aux poils d’or joue un rôle important dans la mythologie allemande, où :l figurait comme Île symbole du soleil. Et il semble bien probable que c'est l'astre du jour plutôt que le sanglier qui a donné son nom à ce fameux château dont nous voyons encore les ruines imposautes.
Ce que les vieilles chroniques nous assurent, c'est